La Ville panoptique

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La ville panoptique

Samedi 30 Novembre 2013 le journal Libération se projetait 40 ans dans le futur à l’occasion d’un numéro spécial week-end. Il était question d’imaginer ce que serait notre quotidien dans quatre décennies. Selon la une, le samedi 30 Novembre 2053 sera marqué par un gigantesque black-out d’internet, entraînant une panique générale à travers le monde. D’autre part on pouvait lire que Paris deviendra une ville régulièrement inondée à partir de 2027, que le festival de Cannes se déroulera à Dubaï, que le centre névralgique du cinéma mondial se déplacera de Hollywood à Lagos au Nigéria, ou encore qu’avec la dépénalisation du cannabis les quartiers Nord de Marseille deviendront prospères. Un article « Paris, la vue mode d’emploi », a particulièrement retenu notre attention. Son auteur Philippe Vasset, s’inspirant du roman de Georges Perec « La vie mode d’emploi », dépeint la manière dont Paris s’offre en spectacle à travers de grandes baies vitrées. « Apparemment frustrés des demi-mesures qu’imposaient les réseaux sociaux, les Parisiens ont voulu exposer leur vie 24 heures sur 24, et plus seulement par intermittence ». Les façades d’immeubles remplaceraient alors les écrans, les habitants joueraient en permanence un rôle sachant pertinemment qu’ils sont observés. La référence à « Playtime » de Jacques Tati nous semble ici inévitable. Dans ce film tourné il y a 46 ans (ou 96) la société moderne était décrite comme froide, distante au travers d’une architecture de verre. Dans le même esprit, le Paris de Vasset imagine les gens tels des robots s’activant derrière des immeubles vitrines, ne laissant aucune intimité. Le spectacle n’est plus dans la rue mais dans les appartements, tout le monde s’observe, une société hollandaise poussé à son paroxysme. En 1922, dans son roman de science-fiction « Nous autres », l’auteur soviétique Eugène Zamiatine imaginait déjà une ville entièrement faite de bâtiments de verre. Du sol au plafond les immeubles étaient transparents, par conséquent les hommes s’observaient, se copiaient, perdaient leur identité et finalement ne devenaient que des numéros. Dans l’article de Vasset, cette perte d’identité de l’homme se traduit par « un accord avec une ou plusieurs marques – de vêtement, de meuble ou d’ustensiles ménagers – dont il fait la promotion dans son appartement ». Les parisiens deviendraient de véritables publicités vivantes. Le film « The Truman Show » interroge ce même rapport entre vie privée et marketing au travers de la vie de Truman Burkank. De notre point de vue, ce voyeurisme banalisé est inévitablement lié à la question de la transparence. Colin Rowe et Robert Slutsky dans “Transparency : litteral and phenomenal” avaient soulevé l’opposition qu’il pouvait exister entre une transparence pure, cristalline, une transparence littérale et une transparence perçue dans l’espace, plus subtile, une transparence phénoménale. Cet article de Libération annonce la victoire déjà amorcée au XXème par la transparence « apollonienne » sur une transparence plus « dionysiaque ».

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Vincent Macquart, Goulven Le Corre et Félix Gautherot

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