Le sondage d’opinion : entre illusion et réalité, un moyen de légitimation maléable

L’histoire des sondages est assez récente, elle prend vie dans les années 60, loin de la forme qu’ils prennent actuellement, et se démocratisent de manière exponentielle à partir des années 70 à partir de l’accès massif à la télévision.

Le sondage d’opinion est aujourd’hui, dans le monde politique et journalistique, l’assise permettant de dire tout et n’importe quoi. Pour cela il faut lire la complexité du processus de consultation afin d’en démentir le coté « scientifique ».

Premièrement, le sondage est à l’origine une commande. Elle émane d’une personne souhaitant avoir des résultats sur un sujet donné et ayant les moyens de financer la dite recherche. C’est l’une des première composante du l’orientation du regard. En effet, si l’on écoute un sondage sur un débat dit « de société » (c’est à dire un sujet suffisamment bateau pour que tout le monde puisse s’y intéresser et amené de toute pièce dans l’opinion publique par le milieu de l’argent, car cela produit des ventes) comme celui qui a eu lieu récemment sur la cigarette électronique ; il est évident qu’un sondage commandé par Malboro ou l’Organisation Mondiale de la Santé n’aura pas la même coloration dans un cas ou dans l’autre.

Secondement, et découlant de ces faits, la seconde composante de l’orientation du regard est la forme même du sondage. D’une part, les échantillons de populations sont ridicules (en moyenne 600 personnes) et par essence ne peuvent représenter ce que « le peuple » ou « le pays » pense sur un sujet donné, d’autre part, la composition sociale de ces échantillons est faussée : elle tente de rassembler chaque case de population mais en nombre égal, ce qui est, admettons le, un regard extrêmement naïf sur la composition sociale du pays. L’échantillon n’a donc, la plupart du temps, aucun rapport avec la réalité.

Dans la forme, il y a aussi la manière de poser les questions, l’art de « poser les bonnes questions ». C’est à dire une tournure suffisamment simple (pour des sujets parfois complexes) qui colorise le sens de la question et oriente inévitablement la réponse. Il y a donc la manière de poser la question, mais également la nature des réponses : elles sont parfois imposées et le sondé doit « choisir » (le « choix » des réponses proposé étant évidemment décidé finement par des personnes qualifiées) et ne respecte que peu le potentiel avis divergeant. Quand elles sont libres, le nombre de caractères est limité, ce qui est un frein évident à l’expression. On peut également observer le déséquilibre du nombre de choix (pour une question « oui ou non ») entre négation et approbation, le sondé a parfois le « choix » entre 2 réponses positives et 8 négatives par exemple, ou inversement selon la question, et la couleur politique de la personne commanditant le sondage.

Troisièmement, l’interprétation de ces sondages constitue la touche finale. Elle est réalisée par des personnes vendant leur services aux médias ou directement par eux mêmes. Un exemple suffit : le 3 mars 1989, un même sondage de la SOFRES permettait au Monde de titrer :  » L’inquiétude des Français s’accroît de jour en jour face à la construction de l’Europe et de Libération de titrer : « Deux français sur trois voient l’Europe en rose ». Cet exemple est certes daté mais il pourrait tout à fait avoir lieu aujourd’hui. La boucle est bouclée, le sondage a donc servi à appuyer deux avis totalement divergeants par simple interprétation de celui-ci.

On peut donc observer que le résultat d’un sondage d’opinion passe par plusieurs étapes, qui le travaillent, le modifient et le façonnent avant sa parution au grand jour. Ces différentes étapes sont sociales, politiques mais en aucun cas scientifiques. La volonté même de démarche scientifique est orientée par un regard politique et social spécifique qui lui ôte toute crédibilité. L’interprétation d’un sondage est un peu comme une « Inception » massive, qui a lieu continuellement, quotidiennement et participe au façonnage de notre pensée. L’information n’est plus livrée en tant que telle, c’est un avis sur celle-ci, que l’on fait le choix de s’approprier ou de réfuter, mais qui finit par déconstruire progressivement notre avis critique.

« Les instituts de sondages prétendent, comme les sociologues, mesurer scientifiquement l’ « opinion publique » alors qu’ils ne font que lui donner, avec la caution de la science, une plus grande existence sociale. »

Patrick Champagne, Faire l’opinion – le nouveau jeu politique, les éditions de minuit, 1990.

Les médias de masse, le dessous des tables : http://www.acrimed.org/

S’informer, sans passer par le monde de l’argent : http://www.legrandsoir.info/

Benkhelifa Feissal / Kansoussi Elias / Pesche Lucas 

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