Les enjeux urbains du squat

Nous tentons ici de saisir certaines logiques de squats afin de comprendre à quels défis sont confrontées les politiques urbaines. Les squatters sont des acteurs à part entière des politiques urbaines en participant à la construction des problèmes, à leur mise sur agenda et à leur mise en œuvre.

Les squats correspondent à des activités de création en marges des politiques urbaines traditionnelles et des modes d’occupation « normaux » de la ville. Squatter à paris, c’est tenter de « réinventer Paris » en inventant de nouveaux modes de vie, de nouveaux usages du territoire et de la vie locale en collectivité. Réinventer Paris c’est aussi dépasser ces politiques urbaines traditionnelles, en exigeant d’elles de nouveaux efforts en termes de politique du logement, de politiques culturelle et sociale.

 

Un maillage complexe

L’inscription dans la ville des espaces culturels ou squat est un axe de réflexion majeur au sein de ces lieux et un point soulevant de nombreuses interrogations quant au rapport qui se développe entre les différents acteurs en jeu. Les observations sont à faire tant du côté des collectifs occupant les lieux que du côté des pouvoirs publics, sans oublier les habitants, nouveaux acteurs centraux des processus de création et de développement de la ville. Une relation de plus en plus complexe se développe entre ces trois pôles, chacun ayant des objectifs qui lui sont propres et tous essayant de collaborer au mieux. Une volonté de collaboration grandissante qui s’explique par le fait que «depuis le milieu des années 1990, l’idée de la ville créative s’est progressivement immiscée dans le débat sur la gouvernance et le développement des territoires urbains, proposant un discours sur les vertus territoriales de la culture». Du fait, les politiques publiques travaillent de plus en plus sur leurs relations avec l’art et la culture, dans le but d’améliorer les qualités internes de la ville et d’assurer un rayonnement externe permettant d’intéressantes retombées. Les objectifs divergents de chacun des acteurs mènent souvent à une relation de tension entre les lieux culturels et la ville, qui se complique davantage lorsqu’il s’agit de squats artistiques souvent confrontés à l’expulsion, due à l’illégalité de leur occupation. Toutefois, il est à noter que depuis quelques années, de plus en plus de squats artistiques obtiennent des conventions d’occupation temporaire, ce qui pourrait bien annoncer un changement dans le rapport et le soutien de la Ville envers ces lieux. Une situation qui place les espaces culturels alternatifs dans une oscillation constante entre ouverture et action sur la ville, risque d’expulsion et négociations avec les pouvoirs publics.

 

Le squat, un outil de renouvellement urbain et de cohésion sociale

 Avant même de proposer de l’art au sein de la ville, les espaces culturels alternatifs sont par essence une forme de cohésion sociale et un moyen de recréer du lien puisqu’« il s’agit par la pratique du squat de reprendre la parole et de se réapproprier des espaces, tous deux usurpés par une minorité. » Recréer des relations entre les différents acteurs de la ville suppose que c’est une qualité que cette dernière a perdu et c’est précisément en réponse à cette disparition que les espaces culturels alternatifs offrent de nouvelles propositions aux habitants des villes.

 

Recoudre la ville

Pour les squatters, la ville provoquerait une inquiétante distension des liens entre ses habitants. On lui reproche sa division de par « la création de zones résidentielles, de zones industrielles, de zones tertiaires qui donne à la ville des structures rigides » et qui conduit à des « conséquences désastreuses : la multiplication des ghettos et l’absence de convivialité. » Il n’y a pas d’unité mais plusieurs villes dans la ville qui forment des zones repliées sur elles-mêmes, vouées à l’industrie, au luxe ou encore à la pauvreté. La répartition de ces zones est souvent la même : le centre est érigé comme marque de prestige de la ville, tandis que la périphérie devient le lieu de tous ceux qui ne rentrent pas dans ce cadre élitiste imposé par le centre-ville. Face à cette scission, les espaces culturels alternatifs proposent de « remettre la périphérie au centre » pour que la ville retrouve sa fonction de rassemblement, de rencontre et de mise en débat. L’accent est largement mis sur l’ouverture vers le quartier, avec l’idée que c’est en agissant localement et directement que la ville pourra retrouver un meilleur aspect. Selon les collectifs, le centre-ville est devenu une « ville-musée très nostalgique de son passé » et il faut proposer des lieux différents pour éviter le plus possible cette séparation entre l’art « sacralisé », réservé à une certaine élite du centre-ville, et un art plus « populaire », cantonné à la périphérie. L’espace culturel entend remplir des missions de « démocratisation » . La culture ne doit pas seulement être à la portée de tous mais doit être pensée et faite par tous. Le fait de réinsuffler de l’activité dans un lieu abandonné redynamise le quartier, provoque des rencontres, mène à des échanges et construit donc du lien social. Car c’est ce lien qui fait de plus en plus défaut dans les villes aujourd’hui. Les collectifs regrettent une ville où les habitants se rassemblaient sur les places, descendaient dans la rue pour se rencontrer et échanger, donnant à la ville une sensation de « village », au sens d’une communauté regroupée par le simple fait de vivre dans la même ville. Ils déplorent une ville désormais individualiste, où les populations se croisent plus qu’elles ne partagent et où la plupart ne connaissent ni leurs voisins ni les commerçants de leur rue. Pour atteindre leurs objectifs de cohésion, les espaces culturels alternatifs mettent en place des activités variées et des modes de fonctionnement basés sur la participation, le tout dans des lieux au départ souvent délabrés, isolés et rejetés par la ville et ses institutions. Se créent alors « des brèches dans les murs d’enceinte de l’art et de la cité » qui permettent de « contredire de l’intérieur le fonctionnement de la ville». 

Pour aller plus loin :

COUTANT, I., Politiques du squat : scènes de la vie populaire à Paris, Paris, La Dispute, 2000

HAYES, G., OLLITRAULT, S., La désobéissance civile, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, Paris, 2012

HAYES, G., OLLITRAULT, S., La désobéissance civile, Presses de la fondation nationale des sciences politiques, Paris, 2012

 

Quentin Bellancourt, Eda Doyduk, Alec Surat, Jérémy Toumine

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