Les Squats à Nouméa : une promotion urbaine ?

En Nouvelle-Calédonie, les habitats spontanés font partie du paysage. Ne nous arrêtons pas aux plages paradisiaques ! Voyons plus loin… Si l’on voulait comparer ces squats aux favelas du tiers-monde, ce ne serait pas si simple. C’est un phénomène grandissant à Nouméa, avec des conditions de vie particulières (ou juste différentes du tiers-monde) ! Les premières « cabanes », comme on les appelle localement, voient le jour en 1988 : et leur population progresse de presque 60% chaque année. La très grande majorité des squats sont installés sur des terrains appartenant au domaine public. Ces quartiers sont répartis de façon irrégulière dans la ville et « sont installés dans des enclaves volontairement protégées ou isolées du reste de Nouméa; ils sont, en effet, presque systématiquement établis sur le versant des collines qui tournent le dos à la ville, ou encore au creux des vallées où ils ne sont guère visibles » (Dussy, 1995)

On en vient à s’intéresser au mécanisme de formation de ces Squats, car tous ne représentent pas la finalité d’une pauvreté palpable. Les squatteurs de Suva et de Nouméa n’investissent pas d’immeubles abandonnés, comme en Europe ou ailleurs, mais ils aménagent eux-mêmes un terrain vague abandonné : à partir de matériaux qu’ils trouvent ici ou là (la tôle, le bois…).

« Il serait plus juste de considérer, au contraire, qu’habiter dans les squats de Nouméa représente, pour leurs occupants, une promotion par rapport à leur situation urbaine antérieure. » (Dorothée Dussy – Nouméa, ville océanienne ?, 2012)

A savoir que la majorité des squatteurs néo-calédoniens ne fait pas partie des populations les plus pauvres : un actif minimum au sein de la famille reçoit un salaire, bien que les professions recensées soient peu valorisées, les habitants subviennent à leurs besoins élémentaires.

« L’installation dans le Squat découle en partie du choix de retrouver un mode de vie qui se rapproche de la vie tribale. Pour certain, la « déshérence sociale » que la ville représente se manifeste dans la volonté de retrouver un semblant de structure et de pratiques coutumières. Aussi, malgré la précarité de l’installation, les avantages sont relativement nombreux à la vie dans ces quartiers d’habitat spontané et il est parfois ainsi difficile d’opérer un relogement des populations de squatteurs qui refusent de quitter l’environnement du squat auquel ils sont habitués pour des logements dont ils dénoncent l’inadaptation à leur mode de vie. » (François Serve – Les Squats du Grand Nouméa, 2009)

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Beaucoup de familles ont choisi ce mode d’aménagement de l’espace : soit en rejoignant un membre de leur famille, déjà installé dans un squat, soit en investissant un terrain vague. Les quartiers d’habitats spontanés sont désignés comme des communautés : car les gens se connaissent, partagent leur quotidien et sont très solidaires. C’est une façon pour de nombreux mélanésiens de continuer à « vivre en tribu », tout en étant aux portes de la ville.

« Le regroupement ethnique ou familial des cabanes n’est pas non plus exceptionnel et « bien des travaux mentionnent que dans les quartiers et les unités de voisinage se regroupent les gens d’un même village, d’une même petite région, d’un même groupe ethnique, ce qui facilite la survie des habitudes villageoises. La structure et la légitimation coutumière en pleine ville ne sont pas à mettre au compte de la spécificité kanak ; on les rencontre dans la plupart des squats africains. » (Dorothée Dussy – Nouméa, ville océanienne ?, 2012)

Même si l’on comprend que les caractéristiques des habitats spontanés d’Océanie sont différentes de celles des bidonvilles d’Amérique Latine ou des squats d’Europe, on peut se demander quel est l’avenir de ces squats ?

Christopher Barri et Rémi Preud’Homme

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