#Jeff Wall – Rapport au réel

Une photographie est toujours un fragment du réel capturé sur un morceau de papier. Ce réel peut être fictif, ou pas. Les photographies de Jeff Wall nous semblent au premier abord prises sur le vif, telles des photographies documentaires. Or, elles sont toujours le résultat d’un travail en amont colossal. Tel un peintre, Jeff Wall réalise des dessins préparatoires pour trouver la bonne composition, et les prises de vues s’étalent sur plusieurs jours. Ses tirages sont donc des fictions, des mises en scène qui nous trompent puisqu’on a la sensation d’avoir devant nous un fragment du réel pris “sur le motif” (expression couramment employé pour les Impressionnistes qui, pour la première fois cessaient de peindre en atelier, mais sortaient leurs chevalets dehors et peignaient devant le sujet). Chez Jeff Wall, les sujets photographiés sont souvent en mouvement ou indiquent qu’il va ou qu’il vient juste de se passer quelque chose : chambre dévastée, personnes en train de marcher, verre de lait en train de se renverser, etc. C’est cela qui nous pousse à croire qu’il s’agit d’une photographie documentaire et non un tableau.

Pourquoi cette démarche ?

Ce photographe contemporain est important, car il renouvelle le mode de fabrication de la photographie documentaire et amène le spectateur à remettre en cause et à modifier sa perception de la réalité.1

démontrer que toute image est une fabrication avec ses enjeux et ses discours.2

Le travail du photographe consiste donc à nous rappeler que la photographie est un filtre avec lequel nous devons prendre des distances (problématique soulevée dans chacun de nos articles).

Jeff Wall semble s’inspirer à chaque fois de la peinture classique pour la composition, mais aussi pour les petits indices que plaçaient les peintres dans leurs toiles pour nous rappeler que ce que nous voyons n’est pas la réalité, mais une représentation (cf. Daniel Arasse, On n’y voit rien)2. Ainsi, dans ses photos, un miroir, un reflet dans une vitre, révèlent les coulisses de la prise de vue (lumière des projecteurs, appareil photo, etc.). Ces indices sont toujours là pour nous rappeler que ce que l’on voit est une construction, une représentation et nous permettent de nous mettre à la place du photographe. C’est à partir de ce moment que les questions se posent.

Jeff Wall pose toujours la question du rôle du photographe par rapport à la scène capturée. En effet on est toujours face à des situations très intimes, qu’il s’agisse d’un employé se faisant réprimander par son supérieur, un couple discutant, une bagarre, on comprend toujours que lin est est face à une mise en scène, puisque dans la réalité, ces personnes n’accepteraient pas que le photographe pénètre cette sphère privée. Ainsi Jeff Wall refabrique une réalité consciente du fait que c’est une représentation. Ainsi de nos jours, en regardant le travail de cet artiste, comment ne pas se poser la question du rôle que joue le la personne qui photographie une scène de bagarre pour la publier sur les réseaux sociaux et faire le « buzz », ne devrait-il pas aider plutôt que de s’exclure et photographier.

Références :

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeff_Wall
  2. http://phototrend.fr/2012/01/zoom-photographe-6-jeff-wall/

Pour aller plus loin :

Morgane BESSE & Clément BILLAQUOIS

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