L’épistémologie ou la sociologie de la science – Regard critique n°3

Regard critique 3

L’expertise d’un sociologue. Bertrand Pulman, le clonage scientifique.

Voir extrait du livre le clonage scientifique : http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RFS_463_0413&DocId=138239&Index=%2Fcairn2Idx%2Fcairn&TypeID=226&BAL=angWqf51iZa3g&HitCount=2&hits=3b57+2dfd+0&fileext=html

Bertrand Pulman est un sociologue français, auteur de textes traitant des méthodes de procréations assistées, du clonage, et des questions que posent ces pratiques dans notre société. Pulman parle dans ce texte des enjeux du clonage par rapport à la bioéthique.

Il est important de comprendre dès le départ la difficulté que l’on peut avoir à se positionner par rapport a ce sujet – Tout ce qu’on peut faire au niveau biomédical doit il être nécessairement autorisé ? Comment faut-il aborder cette question sur le plan éthique ? – en faisant abstraction de ses convictions, de la religion et des lois (qui sont elles mêmes vouées à évoluer).

Le domaine scientifique, et en particulier biomédical est celui ou se posent les questions les plus cruciales, dès lors qu’elles concernent la naissance et la mort. La bioéthique parle plus généralement des pratiques controversées en médecine (la contraception et l’avortement, la transplantation et le don d’organes, la procréation assistée, l’euthanasie). Le sociologue possède un rôle clef dans ce débat : « Cette évolution extrêmement rapide illustre la course-poursuite qui s’est engagée entre les avancées scientifiques, la réflexion éthique et l’élaboration de normes juridiques. À notre sens, elle appelle une réflexion de nature sociologique. »

Pulman se positionne dans la lignée d’autres sociologues tels que François-A. Isambert, Paul Ladrière et Jean-Paul Terrenoire, qui considèrent que l’avancée de la science provoque un accroissement de la sphère éthique dans le sens ou les progrès de la science suscitent des situations inédites pour lesquelles les critères disponibles sont inadéquats.

L’éthique n’évolue pas au même rythme que la science, et c’est cette latence qu’essaye de combler le sociologue.

D’après Pulman, avec l’accélération des avancées scientifiques,  les dilemmes moraux vont se multiplier dans notre société pluraliste et le thème de l’ éthique biomédicale  va prendre de plus en plus d’ampleur dans les années à venir. La bioéthique » constitue un véritable laboratoire à ciel ouvert pour qui veut observer et étudier des normes en train de se faire ». Le clonage dans notre société est en effet instantanément associé à des idées qui impliquent moralement chacun d’entre nous : le fait que ce soit un mode de reproduction asexué, que la descendance soit identique à l’être qui lui à donné naissance, et plus généralement, de l’intervention humaine sur la nature. Pulman nous met en garde contre les peurs et fantasmes que le clonage peut engendrer. D’ après lui, « La réflexion doit prendre appui sur des faits avérés. »

Il est vrai que nous sommes trop souvent tenté de réagir de manière émotionnelle  face aux faits divers que relaient les médias. Le sociologue prend par exemple le cas de la secte raëlienne qui annonçait la naissance présumée de bébés humains issus d’opérations de clonage. Cet événement avait fait grand bruit et suscité plus de réactions indignées que de débats fructueux. Ce dernier souhaite aborder le sujet de manière très pragmatique, voire scolaire, poser le pour et le contre, argumenter, envisager tous les paramètres qui entrent en jeu pour en dégager, si ce n’est des réponses, au moins une réflexion dont tous les paramètres seraient pris en compte, afin d’ éluder la subjectivité. Pulman explique que son rôle n’est pas de trancher le débat mais de le clarifier et l’énoncer.

Il propose pour cela de dégager des thèmes précis, dont des dialogues peuvent naître.

  • D’abord, celui de la définition du clonage : quelles sont les différentes acceptions du terme ? Quelles sont les médiations entre les travaux scientifiques et la perception du clonage dans la culture populaire ? À travers quelles étapes le clonage est-il devenu l’objet d’un débat public ?
  • Ensuite, celui des arguments déployés : qui a pris la parole au sujet du clonage ? Quels ont été les principaux arguments émis en faveur et surtout à l’encontre du clonage humain ? Comment les différents niveaux d’argumentation se situent-ils les uns par rapport aux autres ?
  • Enfin, celui de la formulation de l’interdit : comment une norme sociale ayant pris naissance sur un fort socle émotionnel en est-elle venue à trouver une traduction juridique ? Quels sont les problèmes que soulève l’hétérogénéité des formulations actuelles notamment au plan international ?

Un point soulevé par ces questions, et qui semble important et très intéressant est le rapport entre les positions des acteurs qui entrent en compte, et les strates de la vie sociale, ou comment un sujet peut mettre en lumière des relations entre des points de vue et des catégories de personnes . Un prêtre n’aura sans doute pas la même opinion sur la question qu’un scientifique, mais aux yeux du sociologue leurs avis ont la même valeur. Il sera alors d’autant plus important de prendre en compte des avis divergents qu’ils sont nombreux et opposés.

Le problème lié au clonage, selon Pulman, est la fascination et la répulsion que son application à l’espèce humaine engendre. La forte couverture des médias, qui s’emparent du thème, oblige alors les autorités à réagir dans la précipitation alors que les pouvoirs publics doivent prendre des décisions rapides. Selon ce dernier, le fantasme prends le pas sur l’utilité thérapeutique qui pourrait découler du clonage ( traiter la maladie de Parkinson, des cardiomyocytes pour réparer le tissu cardiaque après un infarctus, ou des cellules pancréatiques pour soigner le diabète).  Ainsi, le généticien français Axel Kahn déclarait : « Mon pronostic est qu’on annoncera la naissance d’un enfant cloné avant la guérison de quiconque par clonage thérapeutique. », ce qui reflète bien la situation paradoxale du monde scientifique dans ce domaine.

Selon le biologiste Henri Atlan, une des conséquences de la démocratisation du clonage serait la dissociation totale entre sexualité et reproduction. D’après lui, cet aspect reste à la libre appréciation de chacun, et de ses propres convictions. Dans ces conditions, une collaboration accrue entre les sciences sociales et les sciences de la vie sur les questions de bioéthique nous semble nécessaire.

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont

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