La cohabitation : 1 – Un consensus pratique et social : entre proximité et intimité

«Le paradoxe de l’individualisme contemporaine conduit donc les adultes à rêver d’une vie qui cumule, en même temps – et non successivement – des moments de solitudes et des moments de communauté, d’une vie qui autorise à être ensemble tout en permettant à chacun d’être seul, s’il le veut.» François de Singly
La cohabitation se définit par une coexistence entre plusieurs individus, elle nécessite donc une mise en accord des différentes parties en question, et exige de part et d’autre la capacité individuel de compromis. Si dans un logement individuel, la souveraineté personnelle est totalement libre à l’intérieur de la cellule de l’habitat (il existe des confrontations avec l’extérieur, notamment dans le cadre urbain de voisinage), dans la cohabitation, la mise en commun du support matériel de vie oblige les contractants à limiter leur désirs personnels. Le degré de cette attitude conciliante peut varier selon les colocations, le rapport entre les individus, et les critères de vie communes mis en place au début.
L’acceptation qu’un autre individu puisse partagé en partie sa sphère privée, est l’élément fondateur et fondamental d’une vie en cohabitation. Le choix de la personne a donc grandement son importance dans l’atmosphère générale de la cellule de vie en formation. Ce choix s’opère selon une série de critères, projetés d’un profil idéal d’individu et de manière réciproque entre les entités mises en relation. En d’autre terme, au commencement d’une colocation, les individus choisissent les personnes avec lesquelles elles pensent pouvoir vivre convenablement, selon les critères communs : centres d’intérêts, les rythmes de vie, les habitudes…  On recherche toujours relativement un profil idéal et cette recherche est le fruit d’une confrontation à un monde inconnu. En effet, on se retrouve face à des personnes que l’on connait plus ou moins (voir pas du tout), et il s’agit de déterminer un «potentiel de compatibilité de vie commune». Ainsi, en se cherchant des correspondances, on tente de limiter les incertitudes. Il s’agit donc de trouver dans l’autre un petit peu de soi.
Ensuite, il faut expliquer que l’individu moderne, étant de plus en plus urbain, voit sa sphère privée de plus en plus réduite et assaillie par les contraintes de densités humaines. Une ville se définit par un maillage d’espaces publics linéaire ou de surfaces (rues et places), qui sont les lieux de socialisations. L’homme moderne cherche donc à avoir accès facilement à ces espaces, tout en pouvant, quand il le souhaite retrouve son confort individuel. Au sein d’une cohabitation, la même question est posée, mais à l’échelle de la cellule de vie. On veut développer une relation particulière avec un individu, partagé son quotidien, tout en ayant la possibilité de s’isoler dans son intimité. Au final, on peut aussi faire le parallèle entre cette volonté et celle de la recherche d’indépendance de l’adolescent, qui tout en restant accroché à la structure familial, souhaite plus d’intimité. On assiste donc à un partage du quotidien de plusieurs individus et qui va redéfinir le quotidien même de ces individus. Car même dans le cas d’une personne déjà amatrice de colocation, la rencontre avec un nouveau colocataire bouleverse à tous les coups notre manière de vivre en communauté, et celle-ci s’adapte selon les habitudes de l’autre.
Ce critère d’adaptabilité de l’individu est la qualité principale requise pour une cohabitation. En effet, quand on décide de partager notre cellule de vie (valable tant pour la colocation que pour le couple), il ne s’agit pas de chercher à imposer à l’autre son individualité, mais plutôt construire une collectivité à partir de plusieurs individualités. Vivre avec l’autre nécessite donc une flexibilité bidirectionnelle tant sur notre propre comportement que sur l’acceptation de celui de l’autre. Partagé son quotidien résulte d’un ensemble de compromis réalisés pour un bien commun. Il s’agit d’apprendre à faire des concessions.
En somme, de la même manière que le terme de cohabitation est reprit dans le domaine politique pour caractériser une coexistence de couleurs politiques variées au sein d’un pouvoir décisionnel, un consensus idéologique ; la cohabitation en terme de logement est un consensus social, ou plusieurs entités indépendantes s’entendent pour vivre au mieux, et placent ainsi de côté, une partie de leur attentes personnelles.
Voir La colocation, ou l’art de la proximité distante – Stéphanie Émery
«Les colocataires désirent pouvoir jouir de la présence choisie de l’autre tout en conservant leur liberté et leur autonomie, leurs aspirations se révèlent paradoxales car ils veulent vivre à la fois avec et sans l’autre.»
Adrien Marty – Vincent Trecartes – Paul Berthelot
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