De l’art considéré comme système social. Observations sur la sociologie de Niklas Luhmann

Qu’est-ce la sociologie de l’art ? La réponse la plus évidente à cette question la caractériserait comme l’étude des institutions de production, de distribution et de consommation de l’art. Une telle définition fait certes référence aux travaux bien connus de sociologues tels que Pierre Bourdieu et Alain Darbel,Howard Becker ou Nathalie Heinich, mais elle n’est pas complète. Dans cet article, je considérerai une tout autre perspective : celle du sociologue allemand Niklas Luhmann (1927-1998) pour qui la sociologie n’est pas l’analyse des institutions sociales mais bien plutôt l’étude des systèmes sociaux communicationnels.

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Considérant la théorie sociologique comme l’expression même de la modernité, Luhmann interroge l’épistémologie de la sociologie qui opère, selon Luhmann, sur base de quatre axiomes : 1er la société est constituée d’êtres humains concrets et des relations qui existent entre eux ; 2e la société est le produit d’un consensus entre les membres qui la constituent ; 3e les sociétés sont délimitées dans l’espace ; 4e les sociétés peuvent être observées de l’extérieur.

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Le principe de base de la sociologie de l’art telle que l’ébauche Luhmann est que l’art, de même que le droit, l’économie, la politique et la science, constitue un système social, et qu’il s’agit ainsi d’un système d’opérations communicationnelles qui s’auto-définit.

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Luhmann nous propose en revanche de voir le monde de l’art (ou le système social de l’art) en termes fonctionnels, c’est-à-dire comme une opération d’événements particuliers de communication qui se définit. La question alors n’est plus « qui fait partie du monde de l’art ? », mais plutôt « quelles sont les communications qui constituent le système de l’art ? » Et la réponse à cette question ne se fait pas en référence à une liste de critères ou de normes, mais bien plutôt de la manière suivante : les communications qui constituent le système de l’art sont celles-là même qui initient ou répondent à des opérations antérieures du système de l’art, et auxquelles les opérations suivantes du système répondent.

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Les opérations du système de l’art dépassent donc la simple production d’œuvres d’art. La communication par les œuvres d’art reste la base de tout système d’art Luhmann écrit : « L’œuvre d’art se distingue des autres productions car c’est un objet qui peut être perçu, imaginé (ou décrit en littérature). Cette distinction est ce qui constitue l’art, et implique d’emblée un observateur qui utilise cette distinction même et pas une autre.[ Cependant, un système d’art différencié et fonctionnant de manière autonome ne peut naître que lorsque l’œuvre d’art individuelle se distingue d’autres œuvres d’art (et pas seulement d’autres produits qui pourraient être achetés au même titre). L’art devient alors le « musée imaginaire » de Malraux.

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En règle générale, Luhmann affirme que ce qui distingue les œuvres d’art n’est pas tant leurs propriétés physiques, formelles ou matérielles, mais plutôt leur rôle communicationnel au sein du système de communication de l’art.

 

Matthew Rampley « De l’art considéré comme système social. Observations sur la sociologie de Niklas Luhmann », Sociologie de l’Art 2/2005 (OPuS 7), p. 157-185.

 

Lucie Girardot, Isotta Lercari, Thaddée Tiberghien

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