Le graffiti comme moyen d’expression

Présenté comme une simple expression, anonyme ou collective, de sentiments : cris de cœur divers, joie, déclaration d’amour « I love you Obama » ou de haine « fuck you ! », le graffiti est l’exutoire des laissés pour compte, des gens qui se considèrent en marge du système. C’est, pour ainsi dire, la tribune des plus faibles.

Et c’est pourquoi, dans l’optique de se faire connaître les jeunes de quartiers populaires, très souvent déshérités, utilisent les graffitis comme moyen de publicité. Les sociologues présentent le graffiti ou le tag comme une manière d’affirmer l’existence de l’auteur à l’autre qui l’ignore, de lui donner la preuve matérielle de son existence.

Il peut symboliser une appartenance à un territoire, à un « crew ». Le graffiti agit également comme moyen d’expression d’une protestation, d’un soutien, ou au contraire d’un rejet…

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Sa force réside dans son pouvoir de diffusion. Comme un panneau publicitaire, le graffiti qui occupe l’espace urbain est destiné à être vu par les masses.

Le graffiti a d’ailleurs joué un rôle majeur dans les révolutions du « printemps arabe » :

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« Si de tout temps l’homme a entaillé la pierre ou le bois pour y marquer sa trace, on situe souvent l’apparition du graffiti dans l’antiquité, en Grèce notamment, d’où nous sont parvenus quelques « pubs » pour prostituées, slogans politiques ou messages d’amour. C’est leur dimension clandestine qui donne à ces mots, à ces dessins, leur qualité de réels « graffitis », à l’inverse des peintures rupestres, par exemple, qui étaient peut-être voulues par l’ensemble de la communauté. 
Clandestins, illégaux, rebelles, les graffitis ont proliféré dans les villes en périodes de tensions ou de crise : à la Révolution française, pendant la Seconde Guerre mondiale – avec le fameux V de la victoire proposé par l’ancien ministre belge Victor de Laveleye – sur les murs de Paris, à la Sorbone, en mai ’68 ou celui de Berlin, côté ouest s’entend, de 1961 à 1989. 
Mais c’est aux États-Unis, à Philadelphie dès 1969 puis rapidement à New York que les graffitis se sont inscrits en polychromie dans la ville, à coups de bombes de peintures aérosol, initialement destinées à la carrosserie. Mais leur second printemps pourrait bien être arabe, et replonger dans les racines du mouvement : la contestation politique.

Révolution graffiti

C’est en Tunisie que le vaste mouvement de protestation a pris naissance après que Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, se fut immolé par le feu le 17 décembre 2010 devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid. Pourquoi là ? Sociologues et politologues auront à cœur d’identifier les causes. Reste que sur le plan de la contestation culturelle, la Tunisie était l’un des pays les plus en retrait de la région. Peu de bars, guère de scène alternative, et pas vraiment de tradition du graffiti, en dehors de quelques rares artistes underground et des célèbres tags que les supporters de foot peignaient sur les murs pour marquer leur territoire. […] Six ans plus tard, les murs de la ville se sont trouvés littéralement repeints, sans aucune économie de couleurs. Les graffitis ont envahi toutes les surfaces et abordé toutes les thématiques : la dictature, bien entendu, mais aussi le chômage, l’isolement des jeunes, l’opposition entre laïcs et religieux. Et nombre de ces tags ont évolué vers des graffitis complexes et colorés, intégrant des éléments de calligraphie arabesque qui leur donnent aujourd’hui leur originalité, et renforce l’intérêt des marchands d’art. […]
En Égypte aussi, où le printemps s’est rapidement propagé, le « street art » était quasi inexistant sous Moubarak en dehors des noyaux durs de supporters de foot. Et en Égypte les graffitis s’y sont déployés aussi dès les premiers jours de la révolte.

On garde en souvenir les tags audacieux que des manifestants peignaient sur les blindés arrêtés sur la place Tahrir au Caire. Certes, dans un premier temps, les militaires ont eu à cœur de recouvrir les tags du jour sous une couche de peinture blanche, mais les graffeurs étaient plus nombreux, plus inventifs, utilisant le pochoir pour travailler plus vite et reproduire leur message à l’envi. Et puis, les manifestants ont su mobiliser les réseaux sociaux.

Photographiés à l’aide de téléphones portables, les graffitis ont circulé sur la toile, pour être vus par un maximum de personnes alors que souvent, par souci de sécurité, leurs auteurs restaient anonymes… un comble pour des graffeurs ! 
La prudence s’est même imposée comme condition de survie pour bien des graffeurs libyens. […] « L’art de la révolution de la rue reflète les courants sociaux qui datent d’avant le soulèvement » analysait très justement le New York Times.

Reste que l’espoir constitue un autre fil rouge des tags libyens, pendant la révolte et bien après encore. Espoir, dans la ville sinistrée de Yefren où quelques habitants ont transformé les ruines de l’ancienne « maison du peuple » en musée de la liberté, dont les graffitis ornent les murs intérieurs et extérieurs. Et à Benghazi, où en novembre, Handicap international a lancé un concours de graffitis pour sensibiliser à l’utilisation des armes qui bien après les affrontements entre forces gouvernementales et rebelles ont continué à faire morts et blessés. À Tripoli, enfin, où en mars dernier, une première exposition consacrée au «street art» a été organisée à la galerie d’art Dar Al-Fagi, rassemblant quarante oeuvres et autant de messages de liberté et de démocratie. » (source)

 

Tristan Bazot, J-F Thierry, Charles Allainmat, Geoffroy Lomet

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