Les clichés ont-ils le pouvoir de freiner l’intégration ?

En stylistique, on appelle cliché toute expression qui constitue un écart de style par rapport à la norme et qui se trouve banalisée par l’emploi trop courant qui en a déjà été fait. (Définition tirée du Trésor de la Langue Française, http://atilf.atilf.fr)

Cliché, Norme, Banal : ces trois termes se retrouvent dans une même définition et nous pensons que leur réunion n’est pas anodine. Ils sont en partie formateurs d’images erronées sur la société.

Qu’est-ce qu’être dans la norme ? Parle-t-on d’une norme ou de plusieurs normes ? Pour être dans la norme, devons-nous banaliser notre quotidien à l’image du plus grand nombre ? La norme n’est-elle pas formatrice de clichés en refusant ceux et celles qui ne respectent pas ses termes ?

Mais, le cliché a-t-il toujours pour ambition d’être négatif ?

Le cliché est répandu dans la communication et se veut comme une sorte de vérité générale, mais applicable à une catégorie particulière. En voilà un paradoxe : ce dernier s’apparente à faire d’un cas particulier, une généralité.

La généralisation d’un ou plusieurs cas particuliers, mais similaires, découle le plus souvent d’une méconnaissance du cas global. Le cas particulier est considéré comme un échantillon ou autrement dit une petite partie d’une plus grande partie dont il est la représentation. L’ignorance d’un sujet pourrait nous affranchir de toute réflexion à son propos. Cependant, celle-ci n’empêche pas la réflexion et encore moins l’opinion. Cet outil appelé cliché est ainsi capable de faire valoir notre avis personnel au titre d’avis fondé, car il prétend sous des airs dissimulés que nous en avons les connaissances.

Nous avons cherché à démontrer au travers des cinq clichés étudiés sur les Roms que la connaissance vient à chaque fois faire basculer nos idées préconçues.

S’il est aussi simple d’admettre ces idées comme des clichés, pourquoi est-il si difficile de les dépasser ?

Un problème de communication ?

Et si les acteurs aux pouvoirs s’informaient sur les Roms, lisaient des études portant sur leur communauté ou s’ils allaient plus souvent à leur rencontre, n’useraient-ils pas de propos ou moyens moins radicaux pour remédier au « problème des Roms » ?

Nous avons déjà pu constater qu’une première tentative avait été faite avec les « villages d’insertion ». D’après l’Atlas des Tsiganes (p. 85), le village d’insertion est une « installation de familles jugées stables dans des bungalows associés à un programme d’insertion par l’emploi. Les collectivités y voient une marque d’humanité à l’égard des plus démunis, alors que ce « tri des familles » sur critère ethnique est par définition problématique. »

Cependant, l’ultra protection de ces villages abordés davantage comme des camps (personne ne peut y entrer mis à part les habitants eux-mêmes) et la sélection des Roms dans le cadre des admissions à ces villages (tous les Roms ne peuvent pas y accéder) transforme déjà cette tentative en un échec en France. De plus, notons que l’admission dans un de ces villages ne garantissait pas aux chanceux d’obtenir un travail ensuite.

« Ils (les équilibres humains) se constituent non en fonction de taux ethniques, mais en fonction de rapports entre les individus et de la manière dont sont organisés ces rapports dans l’espace, rapports complexes eux-mêmes dépendant des rôles impartis aux individus. » On est tous dans le brouillard, Colette PETONNET, 1981, p. 56 ; l. 13-17.

La séparation et la surprotection ne peuvent être envisagées comme des solutions dans le cas de communautés qui ont déjà formés leurs repères dans les premiers espaces où ils se sont installés. Un long chemin basé sur la communication reste encore à parcourir entre les Français et les Roms si nous souhaitons nous entendre.

Nous avons besoin de victimes ?

« La conclusion est percutante : le néo-prolétariat urbain joue par rapport à la société globale le rôle de bouc émissaire. Cette hypothèse, qui choque au premier abord, est finalement convaincante car, sous des aspects différents suivant les « races », on ne conçoit pas une société sans victimes de préjugés raciaux ou simplement des préjugés sociaux. » On est tous dans le brouillard, Colette PETONNET, 1981, p. 11 ; l. 1-6.

Pourquoi cette nécessité absolue de chercher un coupable à nos problèmes sociaux dans la mentalité française ? L’identification du coupable ou du bouc-émissaire d’après Colette Pétonnet, nous est nécessaire parce qu’elle donne la sensation d’identifier le problème lui-même. Pourtant, cette identification, souvent erronée, n’est pas la solution. Elle n’est que la preuve de notre désarroi face à des inquiétudes quotidiennes que nous ne savons pas apaiser. Dans ce cas, les Roms font partie des proies faciles car en minorité et exclus de nos standards, nous ne craignons pas leurs représailles.

Combat entre la norme et la différence ?

« La perception passe sous silence les choses familières qui n’alertent pas son regard mais elle ne résume pas, elle ne généralise pas, elle sélectionne. La voie publique n’exprime rien d’autre que reconnaissance des différences. Elle dit simplement qu’une certaine communauté est en train de s’implanter ici, ou s’est depuis longtemps enracinée là, parmi les autres. » On est tous dans le brouillard, Colette PETONNET, 1981, p. 55.

Ils ne font pas partie de la « normalité », c’est donc eux que nous remarquons en premier. Il serait trop aisé de porter un regard attentif aux personnes qui nous « ressemblent » puisque notre recherche première est bien celle de « se fondre dans la masse ». Trop différents, nous condamnons les Roms à être nos cibles d’attaque. Le temps manque pour apprendre à les connaître et les occasions se font rares pour les rencontrer. À l’inverse, certains Roms ont du mal à se faire entendre.

De ce fait, nous revenons au problème de communication explicité précédemment. La différence ne reste aujourd’hui qu’un prétexte pour justifier nos accusations envers eux (dans une grande partie des cas).

Par ailleurs, c’est à travers cette recherche permanente de la différence que la marginalisation apparaît et que la question de l’intégration fait son apparition. Si nous retournions le problème : cherchons entre nous des similitudes, cherchons plutôt ce qui nous unit que ce qui nous sépare sans pour autant nier l’individualité ?

Cependant, cette attention portée aux différences entre les sociétés et au sein d’une même société, semble primordiale lorsqu’on réfléchit à l’architecture et encore plus au sein du logement.

Le logement comme solution à l’intégration ?

« Ainsi, les Ibériques sont-ils « transplantés », voire greffés sur une base qui leur permet de franchir les écueils des débuts du séjour en France, alors que les Français sont au sens propre des « déracinés ». » On est tous dans le brouillard, Colette PETONNET,  1981, p. 10 ; l. 6-9.

Le problème numéro un reste leur installation : comme toute autre communauté immigrante, ils n’arriveront pas à se construire une histoire sur le territoire français s’ils n’obtiennent pas une structure d’accueil adéquate. Le logement est l’étape fondamentale qui instaure l’installation dans un seul et même lieu et donc la mise en place d’une quotidienneté. Par quotidienneté, nous entendons le déroulement de gestes et d’actions qui répétés au cours du temps se transforment en habitudes et ainsi inscrivent les habitants dans un lieu identifié. À travers leurs habitudes, ce sont les habitants eux-mêmes qui s’identifient aux lieux et qui se découvrent une appartenance à ce lieu : « Je vis ce lieu donc j’appartiens à ce lieu ou ce lieu m’appartient. »

A notre époque, des décennies après Lévis-Strauss admettons qu’il n’existe pas de civilisation supérieure à une autre. Il n’est pas nouveau que l’étique de certaines sociétés, avec certaines prohibitions par exemple à première vue semblent choquantes et deviennent impensables en France. Ne perdons pas de vue que les habitudes se fondent sur des règles inconscientes et que pour dépasser le cliché nous pouvons commencer par mieux comprendre ces différences entre nos civilisations. Ne faudrait-il pas ré-interroger notre société française où le discours ambiant est celui d’une explosion de la violence (un domaine qui n’a jamais été aussi idéologisé qu’aujourd’hui, selon Laurent Mucchielli) et où la bouccémissarisation nous arrange ?

Emmanuelle Antoine, Florence Grillet, Marine Ferreira

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