LANGAGE ET PENSEE 1

Comment bien communiquer sa pensée par le langage ?

 

Jean Piaget (1896-1980) est un psychologue, biologiste, logicien et épistémologue suisse connu pour ses travaux en psychologie du développement et en épistémologie à travers ce qu’il a appelé l’épistémologie génétique.


L’éclairage qu’il apporte sur l’« intelligence », comprise comme une forme spécifique de l’adaptation du vivant à son milieu, sur les stades d’évolution de celle-ci chez l’enfant et sa théorie de l’apprentissage exerceront une influence notable sur la pédagogie et les méthodes éducatives.

 

L’épistémologie (du grec ancien epistếmê « connaissance, science » et lógos « discours ») désigne soit le domaine de la philosophie des sciences qui étudie les sciences particulières, soit la théorie de la connaissance en général.

 

Sa théorie est inspirée par la philosophie évolutionniste de Spencer et la philosophie de Kant. Elle est aussi une théorie constructiviste originale de la genèse de l’intelligence et des connaissances humaines qui permet à Piaget d’établir des liens étroits entre la problématique biologique de l’évolution et de l’adaptation des espèces et la problématique psychologique du développement de l’intelligence.

Selon Piaget, l’origine de la pensée humaine ne naît pas de la simple sensation, elle n’est pas non plus un élément inné. Elle se construit progressivement lorsque l’individu, et en particulier l’enfant, entre en contact avec le monde. Grâce à ces contacts répétés l’enfant développe des unités élémentaires de l’activité intellectuelle, appelés schèmes.

 

Dans sa théorie, il introduit la notion de schèmes, qui sont un ensemble organisé de mouvements (sucer, tirer, pousser…) ou d’opérations (sérier, classer, mesurer…) dont l’enfant dispose (dans le premier cas), ou qu’il acquiert et développe par son interaction avec le monde environnant.

Ces schèmes s’ancrent dans l’esprit, lorsque l’expérience les conforte, ou se modifient lorsqu’ils sont contredits par les faits (il nomme abstraction réfléchissante, cette abstraction, si celle-ci s’appuie sur des schèmes acquis précédemment dans un contexte différent).

À chaque fois que l’individu perçoit un objet (qui peut être physique ou une idée), il essaie de l’assimiler.

Si cette assimilation, c’est-à-dire l’intégration de l’objet à un schème psychologique préexistant échoue, alors commence un processus d’accommodation. En d’autres termes l’assimilation est un mécanisme consistant à intégrer un nouvel objet ou une nouvelle situation à un ensemble d’objets ou à une situation pour lesquels il existe déjà un schème, alors que l’accommodation est un mécanisme consistant à modifier un schème existant afin de pouvoir intégrer un nouvel objet ou une nouvelle situation.

 

Piaget tente de modéliser le développement de l’intelligence sur la base de principes logiques. L’enfant est un logicien en herbe, qui donne un sens aux objets en faisant émerger leurs propriétés et fonctions. Il réinvente le monde physique (constructivisme). Piaget parle d’actions extériorisées et intériorisées. Tout cela sont des conceptions physiques.

 

La logique et les mathématiques sont le raisonnement. Le raisonnement est la forme optimale de l’adaptation biologique, donc du cerveau.

 

(Source : Wikipédia)

 

 

Piaget divise le développement psychologique de l’enfant en plusieurs périodes, chacune elle-même divisée en stades, conditionnant le suivant. Les différents moments du développement sont :

  • La période de l’intelligence sensorimotrice (de la naissance à 2 ans), divisée en 6 stades.
  • La période de l’intelligence préopératoire (de 2 à 6 ans), divisée en 2 stades.
  • La période des opérations concrètes ou de l’intelligence opératoire (de 6 à 10 ans).
  • La période des opérations formelles (de 10 à 16 ans)

 

Les âges qui voient le passage d’un stade à l’autre sont indicatifs et basés sur une moyenne. Certains enfants peuvent commencer le passage du troisième au quatrième stade dès 10 ans alors que d’autres y parviendront vers 12 ans.

 

La fin de la première période est marquée par l’accès à la fonction symbolique. Lorsqu’il acquiert la fonction symbolique, le bébé est capable de se représenter des objets et situations non directement perceptibles à l’aide de signes (mots) ou de symboles (dessins). La fonction symbolique est tenue pour acquise lorsqu’on observe chez le bébé cinq types de conduites : l’imitation différée, le jeu symbolique, le dessin, l’image mentale et le langage.

 

La période de l’intelligence préopératoire (de 2 à 6 ans), est celle qui nous intéresse particulièrement si l’on tente d’établir un lien entre la pensée et le langage.

C’est à cette période que l’enfant développe fortement ses capacités langagières. Il est capable peu à peu de dialoguer.

Le langage et la pensée chez l’enfant Jean Piaget, première édition 1923

Extrait du chapitre 1 : Les fonctions du langage de deux enfants de 6 ans

« 23. Pie (à Ez qui dessine un tramway et sa remorque) : Mais ils n’ont pas de pavillons les trams qui sont accrochés derrière. (Pas de réponse)

24. (Parlant de son tram) : Ils n’ont pas de wagons accrochés… (Ne s’adressait à personne. Personne ne répond)

25. (A Béa) : C’t un tram qui a pas de wagons. (Pas de réponse)

26. (A Hei) : Ce tram a pas de wagons, Hei, tu comprends, tu comprends, il est rouge, tu comprends… (Pas de réponse)

27. (Lev dit à haute voix : « Un monsieur qui est drôle », à une certaine distance et sans s’adresser à Pie ni à personne).

Pie : Un monsieur qui est drôle ! (Il continue à dessiner son tram)

28. Pie : Le tram je le laisse blanc.

29. (Ez qui dessine de son côté dit : « Je le fais jaune »).

Pie : Non, y faut pas le faire tout jaune.

30. Pie : Je fais l’escalier, regarde. (Béa répond : « je peux pas venir cette après-midi, j’ai le cours de rythmique. »)

31. Pie : Qu’est-ce que tu dis ? (Béa répète la même phrase)

32. Pie : Qu’est-ce que tu dis ? (Béa ne répond pas. Elle a oublié ce qu’elle a dit et pousse Ro)

33. (A Béa) : Mais laisse-le.

34. (Mlle B. demande à Ez s’il veut la suivre). Ez, viens, c’est pas fini.

34 bis. Ez a pas fini, mademoiselle.

35. (Sans s’adresser à personne) : Je fais des cailloux noirs…

36. (Toujours sans s’adresser à personne) : Jolis… ces cailloux.

37. (A Ez) : Mieux que toi, hein ? (Pas de réponse : Ez n’a pas entendu la phrase précédente). »

On peut tirer de cet échange verbal entre enfants de 6 ans plusieurs fonctions au langage. Piaget en distingue 6 principales :

–       Le monologue, qui consiste à parler pour soi à voix haute, sans se croire/savoir écouté, sans s’adresser à personne.

–       Le monologue collectif, qui consiste également à parler pour soi, mais cette fois-ci avec la croyance et la satisfaction d’être entendu par un public indifférencié. Ici le point de vie de l’auditeur ne compte pas, sa seule présence et écoute suffit à combler celui qui parle.

–       L’information adaptée : c’est ce type de propos qui relie la pensée et le langage, puisque celui qui parle s’adresse à un interlocuteur désigné, et parle pour être compris. Cf. Phrases 23 et 34 bis.

–       Les critiques ou les ordres qui sont des échanges de nature plus subjective ou impérative.

–       Les questions et les réponses

–       Les répétitions dépourvues de sens

Il y a donc bien une manière d’exprimer la fonction de communication de la pensée chez l’enfant, par opposition aux fonctions diverses des catégories égocentriques.

Ce que Piaget note et qu’il est intéressant de remarquer à propos de l’information adaptée, c’est tout d’abord que c’est là qu’il y a véritablement dialogue.

On peut parler de dialogue lorsque « l’interlocuteur répond à une proposition, en parlant de l’objet dont il est question dans cette proposition ».

Une seconde remarque intéressante à faire concernant les propositions qui ont pour but de communiquer la pensée, c’est que les phrases prononcées dans ce but sont généralement beaucoup plus courtes que les autres phrases énoncées au cours d’un monologue, collectif ou non.

Il y aurait donc une corrélation à faire entre la concision des propos tenus et l’objectif de faire entendre et comprendre à autrui une pensée intellectuelle.

Enfin, Piaget relève que les informations adaptées ne touchent jamais à la causalité, c’est-à-dire à l’explication causale. L’enfant qui communique sa pensée dans un dialogue ne répond jamais à la question du « pourquoi », quand bien même il aurait une connaissance étendue de ces liens de causalités.

« Les relations causales restent inexprimées et pensées individuellement, probablement parce que la pensée enfantine se les représente par images plus que par mots ». Les images se passent d’explication, tandis que les mots appellent toujours un « pourquoi ».

On peut tenter de faire un parallèle entre la concision d’un propos et l’absence d’explications de causalités, et de les considérer comme des critères de communication de la pensée.

Autrement dit, pour bien communiquer une pensée par le langage, mieux vaut la faire courte et les images parleront d’elles-mêmes.

Un mode d’emploi pour votre prochain rendu … ?

 

Christina, Juliette, Misia, Muriel.

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