Le phénomène cinématographique de la ville

Le phénomène cinématographique de la ville

Le cinéma est une machine convertissant les images vues en photos transposées. Il nous montre le réel tel qu’il est, tel que nous ne l’avons jamais perçu. Le mouvement mécanique qui dessine cette réalité capte le regard du spectateur. Le réalisateur s’absente de ces réalités pour mieux transmettre au spectateur un spectacle inédit. La pellicule se fait impartiale seul le jeu du réalisateur permet au film de trouver son caractère ultime. André Bazin dit à ce propos « le cinéma apparaît comme l’achèvement dans le temps de l’objectivité photographique » l’homme se fait oublié pour être l’égal de ce qui l’entoure. Notre perception de ce réel reste tout de même guidée par la volonté de celui qui la réalisé et son interprétation est marqué d’avance par l’institution, les dispositifs mentaux intériorisés.

Si l’on y regarde de plus près l’avènement du cinéma est lié à celle de la métropole moderne. Le cinéma se tourné vers la ville et la rue depuis que celle-ci s’est métamorphosé avec la révolution industrielle et urbaine. La structure urbaine se fait alors le lieu d’expression des cinéastes. Ils mettent en scène la ville et se font les témoins de l’histoire. Le mécanisme cinématographique nous expose le paysage urbain dans son état physique et esthétique.  Le cinéma prend alors une place importante dans la culture urbaine, le spectateur aborde la ville d’un regarde nouveaux, elle se synthétise dans une succession d’image. Selon la pensé de Deleuze le cinéma transcrit et présente la réalité sous une forme spécifique, il ne la représente pas.

Un décor réel

La plupart des films sont d’ailleurs tournés non pas à partir d’un décor comme c’est le cas pour Metropolis (Maquette) ou Blade Runner (images de synthèse) mais à partir d’une architecture bien réelle comme celle de Brazil qui fut en partie réalisé dans le bâtiment de Ricardo Bofill à Noisy le Grand. La ville filmée se fait alors tel un  trajet expérientiel, le territoire s’explore à travers la figuration du quotidien dans un espace-temps précis. La sensibilité de la ville est exacerbée, sa perception mentale est directement liée à l’image d’une scène d’un rythme ou d’une ambiance. Elle se fait grâce au trajet effectué par la caméra qui décompose l’architecture et les lieux en une série de plans et de séquences. Le spectateur expérimente le paysage urbain au travers de la déambulation de la caméra comme dans le film After hours (1985) de Martin Scorsese.  Ce film noir donne une approche théâtrale de la ville la nuit. Elle devient un univers mystérieux propice aux stupeurs et a l’insécurité qu’engendre la vision. L’histoire est celle d’une chasse à l’homme le temps d’une nuit dans les rues New York. Le quotidien de cet homme se trouve alors basculé dans un univers sombre et mystérieux. La pluie joue un rôle important dans le récit puisque qu’elle accentue le contraste lumineux, entre ombre et éblouissement l’effet de suspense est maintenu. Elle amène aussi une ampleur temporelle au film pour rappeler au spectateur le rapport réel du décor. Par l’esthétique de la nuit noire et scintillante la ville n’est jamais donnée avoir complètement. Par des effet de densité d’éclairage certaines zones restent plongées dans l’obscurité totale et sont invisibles ce qui serait impossible dans une perception urbaine nocturne réel. C’est ce jeu de lumière délimitant l’espace qui donne toute sa théâtralité au cinéma. 

 

Un décor construit

L’imaginaire permit par le cinéma influence la pensée humaine, elle permet de nombreuse référence et a parfois inspiré l’architecture et l’urbanisme. Jean nouvel par exemple a présenté des scènes de Blade Runner comme des images de référence pour ses projets de tours à la Défense afin de montrer l’impact d’une architecture nouvelle sur la ville.

« La fabrication d’un film ressemble sensiblement à la réalisation d’une architecture. Sa composition à travers une série de séquences temporelles a également été appliquée en architecture. Les projets ne sont plus fixés selon des lieux qu’on considère de façon intrinsèque, dorénavant l’architecture est composée tel un parcours. Il y a une linéarité avec la composition qui devient cinématographique, que cela concerne l’architecture ou la ville. »1

Le carnet de croquis est à l’architecte ce que le story-board est au cinéaste, Il y a des similitudes mais les enjeux reste différents. Le passage à la réalité pour l’architecte est essentiel avec la question de l’échelle : échelle des espaces, espaces de vie et d’harmonie.

En effet, au cinéma de beaux concepts de mondes fantastiques peuvent s’avérer invivables. C’est le message principal de Metropolis et des films ultérieurs néo noirs qui s’en sont inspirés comme Blade Runner de Ridley Scott. Ces films soulèvent les préoccupations d’une cohabitation avec une puissance oligarchique dirigeante et possédant le pouvoir absolu par son appropriation d’une technologie coercitive exclusive. On retrouve dans tous ces films la verticalité avec ville haute et ville basse et la répartition sociale des castes :

– les riches inatteignables, en altitude dominant sur les trois domaines : social, économique et technologique,

– les pauvres, fourmilière grouillante au sol en surpopulation et en anarchie apparente,

– la police, dans une tranche fine naviguant entre les deux univers, garantissant le maintien de l’ordre, la répartition des habitats et la barrière de mixité sociale.

Les points de vue successifs sur la ville en plongée puis en contre plongée lui donnent tout son aspect monumental et imposant. Le cinéma tout comme un visiteur a une vision personnelle et non objective de l’architecture.

Les plus grands cinéastes se sont amusés à filmer la ville en relation avec leur sensibilité et leur sujet, c’est le cas de Fritz Lang pour Metropolis ou de Ridley Scott pour Blade Runner. L’expérience de la ville au cinéma est déjà fortement influencée par le point de vue du cinéaste. Le spectateur est habilité à ressentir et interpréter ce paysage urbain avec les seules clés que lui a laissé le réalisateur.

La phénoménologie de la ville

Peupier-Lemerle Emmanuelle

Audouin Muriel

Mallet Noémie

Chambrin Darius

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