Manhattan Transfert John Dos Pasos

Les odeurs de la ville, de l’alcool qui s’échappe des pubs, de l’haleine des gars qui luttent pour trouver de l’ouvrage, de l’ambition, la sueur des travailleurs et des marins, le charbon qui s’échappe des cheminées et vient alourdir l’air.

 

La couleur noire du cambouis qui suinte, se dépose sur les parois de la ville.  Les lumières jaunâtres de la ville qui s’endort, celles du port où rôdent les débarqués, et celles donnent naissance aux ombres qui rôdent.  L’éclairage bleuté du clair de lune parsemé des fumées de cigarettes, la fumée grise des trains à vapeur, et la noire de l’incendie dévorant un immeuble d’habitation. Et bien sûr l’image mystique et intemporelle de la fumée des sous sol s’échappant des bouches d’aération.

 

Les sons des ragots de trottoir, des gens se pressant autour d’une animation, « avez vous vu ce qu’il vient de se passer ? » « Mon Dieu on dit que l’incendiaire rôde toujours », le tohu bohu de la ville qui s’émeut et se presse. Les sons indissociables de la foule se pressant dans les portes tournantes des immeubles et ce mouvement perpétuelle, qui tourne qui tourne et nous donne le tournis. Les bruits des docks, du bateau qui s’arrime et décharge ses marchandises, et les soupirs des matelots qui rêveraient de pouvoir débarquer pour de bon et commencer une nouvelle vie, comme Emile.  Le bruit du mouvement d’une façon général, qui nous emmène et nous porte, nous fait parcourir la ville à travers les lignes de l’ouvrage : le tram aérien, les voitures à chevaux, les sirènes des bateaux, les talons de ces messieurs dames qui claquent sur le macadam.

 

Le goût de l’alcool, brûlant la trachée des hommes ruinés et anéantis, par la malchance ou l’excès d’optimisme. L’alcool, celui aussi qui accompagne les soirées et la grande vie de succès. Le goût de l’argent, de goût de l’ambition, le goût de l’envie et celui de l’inconnu qui accompagne l’aventure.

 

 

Le roman de John Dos Pasos s’inscrit fortement dans une époque et dans une ambiance. Il est impossible, en parcourant ces pages de ne pas de représenter ce qu’était New York dans les années 20. A travers une lecture quasiment cinématographique du livre, l’auteur nous emmène prodigieusement, via des descriptions précises suscitant notre imagination, dans une ballade sensorielle. De la même façon que l’architecture peut être définie par une ressenti de l’espace, la création d’un plein, ou d’un vide et d’une composition.

 

J’aime penser que l’architecture est, au même titre d’un film ou d’une photographie, une composition de plusieurs  éléments menant à un ressenti personnel. Cette œuvre peut aussi être vu comme le scénario d’un film, presque un documentaire retraçant la vie de plusieurs personnes, des anonymes, à la façon d’un témoignage. Des séquences rapides, saccadées. De la même façon que Dos Pasos rédige ce roman, en suivant le rythme de l’écriture, la caméra se laisse entrainer par le mouvement de la ville. Un traveling perpétuel, d’un plan passant à un autre, par le croisement de deux histoires.

 

Finalement ce roman ce lie à l’architecture car il illustre la façon de se déplacer dans la ville. A la façon d’un guide, il nous apprend que Riverside Drive était le quartier des riches, Broadway constituait déjà le théâtre de la ville et Central Park son poumon vert. On se représente le plan quadrillé de Manhattan à travers le déplacement des personnages, Ellen Oglethorpe marchant plusieurs blocs pour rejoindre son appartement. Dès la première page, John Dos Pasos nous donne les outils pour comprendre l’espace de la ville et sa constitution. Les mots sont en italiques, block est introduit ici a la première page : « Marchez l’espace d’un block, dans la direction de l’est puis tournez dans Broadway et vous arriverez en plein centre si vous marchez assez longtemps ». On remarque que les bâtiments sont très peu décrits, mis à part l’aspect sensoriel relevé plus haut que l’on pourrait en avoir. La ville, et l’espace, l’architecture en soit sont relevées ici par les histoires qui les animent.

 

La Ville Phénomène.          Muriel Audouin, Darius Chambrin, Noémie Mallet, Emmanuelle Peupier 

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