La liberté de circulation

La liberté de circulation des personnes et des biens, peut nous amener  à nous poser diverses questions  :

  • Quelle est la légitimité d’un État pour la possession d’un territoire, ainsi que pour la souveraineté sur la population qui y vit? Quelle est la légitimité du contrôle de l’immigration puisque la liberté de circulation est inscrite dans les droits de l’homme ? Résultant d’une longue évolution historique, les logiques étatiques ont surement leurs racines dans la nécessité de répondre aux besoins de la population – besoin de protection, d’accès aux ressources.

A l’heure de la mondialisation de l’économie, n’y a t’il pas une contradiction entre la logique des Etats  et la réponse aux besoins qui s’inscrit aujourd’hui sur une échelle planétaire.  Nous vivons sur une planète « finie » avec des ressources limitées en matières premières, en énergie etc. Le besoin de réglementation a l’échelle mondiale est donc de plus en plus évident. La cohabitation des populations demande donc l’établissement de règles communes.

  • Les Etats et les pouvoirs internationaux (économiques et politiques) interfèrent de plus en plus sur les personnes. On a en tête les récentes atteintes aux libertés individuelles via internet. Quelle place est laissée  pour l’expression et l’épanouissement des  l’individus dans ces fonctionnements ? Les contraintes pesant sur les personnes semblent de plus en plus prégrantes, même si cela est parfois à leur insu. Il y a également une problématique d’échelle car les citoyens se trouvent très loin des centres de décision et donc dépossédés d’un rôle d’acteur.

            L’augmentation des déterminismes et des contraintes ne va pas dans le sens des  besoins microsociaux. La société est en perpétuelle évolution, elle se renouvelle. On peut penser qu’à l’image des êtres  humains  qui la constituent, la société a, dans son développement, le  besoin de tester  ses limites , d’expérimenter par elle-même, de remettre en question les règles établies, de façon à les comprendre ou bien à les changer.

            Prenons pour exemple le quartier autogéré de Christiania a Copenhague. Un groupe de personnes, influencé par la pensée anarchiste, a eu pour projet de créer une communauté libertaire, rejetant les valeurs de la société dans laquelle il vivait. Au fil des années, des problèmes, des conflits  liés à la vie en communauté et aux compromis faits pour cette cohabitation, se sont posés. Christiania a aujourd’hui adopté beaucoup de règles. Les drogues dures, armes, voitures, les gilets pare-balles  sont interdits, le camping aussi. La prise de photos et même courir sont interdits  dans certaines  rues. Il est intéressant d’observer que des personnes avides d’une vie autonome mettent en place des règles dont certaines sont très   critiquables. Bien loin des principes fondateurs hostiles au système capitaliste, certaines règles adoptées aujourd’hui semblent s’en inspirer. Ainsi, la propriété individuelle des maisons a été réintroduite. Les règles rejetées au départ sont aujourd’hui acceptées parcequ’elles ont fait l’objet d’un lent processus d’élaboration collective.

            Un autre exemple est celui, de la ville de Drachten au Pays bas, ou la signalisation  routière a été supprimée  au profit d’une plus grande responsabilisation des usagers (piétons et automobilistes) ; ce programme a pris le nom de « share space ». Le résultat est un renforcement de l’autodiscipline, et un système qui fait ses preuves et  fonctionne si bien qu’il est étendu aujourd’hui à 100 villes  du pays.

            Le message que nous pouvons  voir dans l’évolution de Christiania ou de Drachten, plus qu’une demande de liberté ou d’anarchisme, est plutôt l’expression d’un besoin de se sentir acteur de son propre  environnement, une demande de responsabilité. La question de l’échelle dans les prises de décision et dans l’élaboration de règles communes n’est-elle donc pas essentielle ?

            Un État qui multiplie les lois et les normes, même dans une logique bienveillante,  tel que l’on peut le voir aujourd’hui, peut-il vraiment nous mener vers un épanouissement de l’individu, d’une société? La figure de l’État est sur le plan psychique une figure paternelle. L’inflation législative et normative peut-elle mener à un comportement adulte des citoyens ou plutôt vers une crise d’adolescence continuelle ? Aujourd’hui, les  citoyens  ne sont pas tentés  de réfléchir à ce qu’ils  peuvent faire pour notre environnement, ils préfèrent penser à ce que ce dernier peut leur apporter. Cette aspiration est visible pendant les campagnes électorales. Les candidats promettent des prestations élevées, des services publics offrant l’école gratuite, les transports… tout cela avec un minimum d’effort contributif. Comme le disait pourtant le président d’un pays ou l’individu a été privilégié,  «Ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country.» John F. Kennedy

            Les questions de gouvernance, aujourd’hui, sont traitées à un niveau négligeant totalement l’échelle humaine. Le sentiment « d’utilité» est pourtant extrêmement important pour le développement de l’individu et de la  société  (les deux n’étant pas dissociables). Même si les réseaux sociaux et l’internet aident à fédérer des citoyens indivuels, on peut déplorer l’affaiblissement de corps intermédiaires, de groupes (syndicats, partis politiques, associations) dans lesquelles les individus peuvent s’intégrer et  trouver les espaces d’apprentissage de la responsabilité.

            « Si vous traitez quelqu’un comme en idiot, il se comporte conformément au règlement, et c’est tout. Mais si vous lui donnez des responsabilités, il saura s’en servir » Hans Monderman

 

Piere Levesque

Lorenzo Tarquini

Carla Mas

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