L’infra exclusion ou l’utopie de l’homogénéité sociétale

Synthèse sur l’exclusion

Qu’entendons-nous par infra-exclusion ? C’est le lien intime entre l’individu et sont environnement : l’exclusion suggère un processus à grande échelle, institutionnalisé et théorisé. L’infra-exclusion a une dimension individuelle : c’est l’accumulation des préjugés et des actes qui tend à éloigner les individus les uns des autres. C’est la faculté de chacun d’entre nous de prendre un recul vis-à-vis des autres ou de les mettre à l’écart de soi et des siens. L’utopie est un fantasme onirique qui pourtant participe à la construction de la société. Elle est la base du modèle républicain français, c’est la mère de toute valeur. Y a-t-il donc un accord entre l’exclusion et l’homogénéité sociétale ? De manière générale oui, si l’on prend le cas extrême : la prison. C’est le moyen organique de défence des valeurs de l’état contre les individus jugés déviants. C’est donc par correction d’une mauvaise pondération de la société que la prime exclusion fut mise en place. Dans sa dimension macrosociétale, ce lien existe. Qu’en est-il de l’infra exclusion – celle qui relève plus de l’individu que de l’état ?

I. L’individu vecteur majeur de l’exclusion

L’époque libérale contemporaine voit croître la philosophie individualiste (en tant que conception sociétale de la primauté de l’individu, de son libre arbitre et de son autonomie). Ce courant de pensée apporte avec lui la volonté de la destruction de l’Etat (de la communauté du peuple) au profil de l’individu. Depuis la révolution, l’Etat se porte garant de la bonne gestion du pays ainsi que de la bonne mise en œuvre des lois. C’est lui qui rend le jugement lorsqu’une infraction est commise, et tous doivent s’y soumettre. Le processus de lente destruction de ce dernier (peut-on parler d’une progression vers l’anarchisme ?) ne voit-il pas apparaître dans chacun l’orgueil de pouvoir rendre jugement ? La métamorphose de Kafka s’articule autour de ce sujet : comment le jugement de sa famille, et de son employeur, arrive à la destruction du personnage principal. La question de la productivité est ici essentielle, et l’on a tendance à mal juger une personne peu productive. Partant du principe qu’il est un poids pour la société : réflexion paradoxale puisqu’elle relève d’un jugement privé, découlant de l’individualisme grandissant, or si la société présume qu’un individu est une menace, elle possède toute une batterie d’armes pour l’éliminer (obligation de paiements de dettes, suppression des aides publiques, prison…). Il y a donc chez chacun d’entre nous une infinité de petits jugements qui tendent à participer à ce que nous appellons des infra-exclusions : ce n’en est pas une perpétré par l’état, mais plutôt par tout le coprs social , qui le constitu, sur lui-même.

Il y a dans cette histoire du développement du rapport entre individu et société, un recul de l’individu sur la masse : ce recul ne peut-il être considéré comme une exclusion ? Une exclusion par ailleurs volontaire, puisqu’il découle du choix propre à chacun. Il y a donc une volonté d’extraction chez chacun de chez nous : nous le voyons bien en ce moment, lorsque chacun se refuse à se faire qualifier de « normal » ou de « banal », si bien que l’on privilégie l’aspect original chez l’individu. Ce refus du normal est paradoxal. Dans les faits nous voyons depuis la fin de la seconde guerre mondiale ne normalisation des styles de vies à l’échelle du pays : la suburbanisation en est le symbole architectural et urbain le plus flagrant ! Il y a derrière la volonté de posséder un patrimoine construit un désir d’ »avoir ce que les autres ont ». Cette suburbia est cependant le cri de ce libéralisme : elle montre la capacité (ou non) de l’individu à pouvoir créer de manière quasi spontanée une ville. Rien n’est pensé pour une quelconque interraction sociale (espaces publics accueillants ou un contrôle de la densité, des services), mais dans la seule optique de laisser à chacun son lopin de terre privé. Il y a donc la volonté d’appartenir à une classe sans appartenir à un groupe. Les Otaku au Japon on finalement la réflexion inverse : c’est celle de transcander les classes pour former un groupe autour d’une passion commune. Le moyen n’en est pas moins marginalisant : ils s’extirpent de ce que nous pourrions appeler la « société normale » (c’est-à-dire celle de la norme) dans le désir de former une communauté virtuelle.

Peut-être pourrions nous lier ce constat à ce que dit Foucault :  « l’assujettissement réel naît mécaniquement d’une relation fictive » (p.236 Surveiller et punir)

II. De l’infra exclusion à la méta-société

La société normale. Pouvons-nous encore considérer la société comme une et indivisible ? N’est-elle pas après tout constituée d’une miriade d’infra-sociétés (celles des prisons, des hôpitaux, des banlieues, des rappeurs, des geeks…). En somme, l’infra exclusion (l’exclusion à l’échelle de l’individu) ne construit-elle pas des infa-sociétés constitutives d’une méta société ? L’exemple des gated communities va dans ce sens : en quoi les personnes qui s’y réfugient ne sont elles plus partie de la société ? Et pourtant, il y a une volonté fortement marquée de leurs parts pour s’en extraire. Ce n’est cependant que pour un laps de temps minime dans la journée : cette autoexclusion n’est effective qu’en dehors des heures de travail, puisque ces communautés dépendent des emplois extérieurs. Ne pouvons-nous donc pas considérer ce phénomène, finalement minime dans l’impacte sur la méta-société (puisqu’il ne construit pas de sociétés à part) comme une infra-exclusion ? L’exclusion de l’autre n’’est-il finalement pas un moyen de mieux se ressourcer pour mieux apprécier son contact par la suite ? Dans logique de l’exclusion, l’exemple plus radical des deux communautés est significatif. Bien qu’elles ne favorisent pas une cohésion d’ensemble, elles ne sont pas néanmoins indépendante de la société. Ce sont deux infra-sociétés constitutives de la méta-société. N’entrevoyons-nous là donc pas une évolution possible ? Pourquoi se borner à penser la société comme unitaire, alors qu’elle est de plus en plus fragmentée en strates et en épaisseurs (une vision en trois dimensions de la société).

III. Que reste-t-il de l’universalisme républicain ?

Les logiques dépeignent donc un modèle contre-républicain. Plutôt que d’assimiler la population arrivant pour le « bien public », la première communauté préfère s’en référer à ses propres jugements (à ses propres lois ?) et dans un élan individualiste refuse une intégration. L’intégration : n’est-ce pas là encore un fantasme colonial décrédibilisé par toute l’actualité (la question est de savoir s’il faut un concept pour diriger les vies ou si les vies peuvent se dirigées toutes seules : aujourd’hui profondément individualiste, la pensée commune tend à se considérer d’une maturité nécessaire pour assumer ces propres choix de vies). De nos jours, la volonté politique d’une société divisée n’est pas présente. Il y a néanmoins quelques changements qui vont dans ce sens. Ce fut le cas de la carte scolaire, instaurée pour plus d’égalité, assouplie par demande populaire. C’est un des outils mis en place pour conserver un semblant de cohésion sociétale qui tend cependant à disparaitre. Il y a en back ground l’idéal de la mixité sociale : est-elle souhaitable, est-elle faisable ? Intégration, carte scolaire, mixité : ce sont donc des armes brandies aujourd’hui par un état (agonisant ?) pour préserver le mythe de l’universalisme républicain.

La société se divise donc en classes, elles-mêmes le sont en communautés et ces dernières en individus. Nous arrivons donc à un paradoxe : comment concilier aujourd’hui la volonté libérale à l’intégration des parties dans un tout ?

Thomas Havet, Solange Montigny, Alix Sportich, Marion Prévoteau

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