Catégorie: Conditionnement

LANGAGE ET PENSEE 4

De l’usage du langage dans nos sociétés post-industrielles

  • Orwell, Georges, 1984, Paris, Gallimard, 1972, [1949]
  • Illich, Ivan, La Convivialité, Paris, Seuil, 1973
  • Illich, Ivan, Œuvres complètes, Volume 2, Paris, Fayard, 2005

Le Travail fantôme, [1981]

Le Genre vernaculaire, [1983]

Si le langage et la pensée se construisent ensemble, comme l’explique Jean Piaget, on peut alors se demander jusqu’à quel point le langage que nous apprenons nous influence dans notre relation au monde. Le langage est-il un outil vierge permettant à un individu de construire de manière autonome sa pensée, ou est-il au contraire un moyen de conformer un individu et de le contrôler jusque dans son expérience directe et quotidienne du monde ?

Un exemple explicite d’un possible diktat par le langage est développé dans le roman 1984, une fiction anti-utopique, de Georges Orwell. Il y est décrit une société totalitaire future inspirée du modèle soviétique où règne une police de la pensée et une nouvelle langue, la novlangue, dont les principes ne sont fondés que sur des buts politiques. Au service d’un monde parfaitement totalitaire, ce nouveau langage est créé à partir de notre langue actuelle modifiée et épurée.

La novlangue s’attaque directement à la pensée. En réduisant son vocabulaire et en se restreignant sémantiquement, elle prive les individus de la capacité de conceptualiser et de réfléchir par eux-mêmes. La novlangue va jusqu’à inverser certains sens des mots, avec par exemple les slogans « l’esclavage, c’est la liberté » ou encore « la guerre, c’est la paix ». D’autre part, toutes les façons de penser qui sont contraires à la philosophie du parti ne sont représentées que par un seul terme novlangue : « crimepensé ».

Syme, un collègue de Winston (le personnage principal), en charge du dictionnaire novlangue, explique le but du novlangue : « Ne voyez-vous pas que le véritable but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. »

Cette fiction montre que notre représentation du monde permise par le langage est fragile et qu’elle peut facilement être ébranlée. En effet, la manipulation du langage permet d’aboutir à une société homogène dont l’évolution est freinée et censurée, et devant laquelle l’individu s’efface. Le langage permet de véhiculer une idéologie donnée et c’est la construction de la pensée même des individus qui en est altérée.

Ce roman pose donc la question de notre véritable capacité à penser librement et des effets que celle-ci provoque sur la construction d’une société donnée. Devrions-nous craindre d’être intellectuellement réduit par notre propre langue ? Sommes-nous en proie à ce totalitarisme linguistique ?

Ces questions sont soulevées par Ivan Illich, philosophe et sociologue autrichien né en 1926, qui s’attache à montrer les failles d’un système pernicieux qui se met en place depuis le début du XXème siècle dans les sociétés occidentales. Il nous expose comment les institutions, outils sociaux de l’homme, se retournent peu à peu contre leurs objectifs. Les monopoles et les ambitions de celles-ci finissent par conditionner l’homme et lui nuire. Pour lui, le langage a lui aussi pâti du système capitaliste industriel au même titre que les institutions politiques.

Le Travail fantôme écrit en 1981, est constitué de cinq essais qui découlent des ses expériences passées en Amérique latine. Il développe alors les valeurs vernaculaires qu’il a pu observer et oppose la répression du domaine vernaculaire à la recherche des conditions d’une société conviviale qu’il cherche à définir.

Ivan Illich explique son choix d’utiliser la notion de « vernaculaire » par son étymologie :

« Le mot « vernaculaire », emprunté au latin, ne nous sert plus qu’à qualifier la langue que nous avons acquise sans l’intervention d’enseignants rétribués. A Rome, il fut employé de 500 av. J.-C. à 6OO ap. J.-C. pour désigner toute valeur engendrée, faite dans l’espace domestique, tirée de ce que l’on possédait, et que l’on se devait de protéger et de défendre bien qu’elle ne pût être un objet de commerce, d’achat ou de vente. Je propose que nous réactivions ce terme simple, vernaculaire, par opposition aux marchandises et à leur ombre. »


 

Il s’intéresse ensuite à la nature même du langage et oppose la « langue vernaculaire » qui s’acquiert progressivement par une relation matérielle directe aux choses et aux gens, à la « langue maternelle », qui désigne la langue inculquée qui s’acquiert par l’intermédiaire des institutions.

Il développe pour cela l’exemple de Nebrija, « créateur » de la langue et de la grammaire castillane, au service de la puissance royale et chrétienne de la couronne espagnole. Comme dans 1984, le pouvoir est affermi par l’abolition des patois locaux et l’uniformisation du langage. L’analyse de cet exemple constitue pour l’auteur la métaphore et le point de départ de l’inculcation d’une langue maternelle industrielle.

« Ce passage du vernaculaire à une langue maternelle officiellement enseignée est peut-être l’événement le plus important –et pourtant le moins étudié- dans l’avènement d’une société hyperdépendante de biens marchands. » 



Selon Ivan Illich, la langue maternelle inculquée est donc dès lors un langage tronqué qui véhicule une idéologie marchande, où les mots sont détachés des valeurs intrinsèques des objets ou des concepts qu’ils désignent. Le langage officiel aurait ainsi pour conséquence de restreindre le champ de notre perception et de nous plier aux conditions de la société post-industrielle dans laquelle nous vivons.

Dans La Convivialité, Ivan Illich évoquait déjà le problème du langage, dans une partie intitulée La redécouverte du langage. Le « recouvrement du langage » lui semble une condition importante pour sortir de ce qu’il lui paraît être le totalitarisme de l’industrie. « Le langage réfléchit la matérialisation de la conscience », et donc en parlant le langage industriel, nous véhiculons non seulement son paradigme, mais exprimons aussi le fait que nous portons ce paradigme en nous : « L’homme lui-même est industrialisé ».

Sortir de ce système aliénant et destructeur exige que l’on use d’un langage qui échappe à sa logique, comme le langage vernaculaire qui n’a pas encore été « dégradé » par la perversion du système industriel.

Le langage pourrait constituer un outils primordial pour libérer le champs d’action dont les individus ont été privé :

« Si nous n’accédons pas à un nouveau degré de conscience, qui nous permette de retrouver la fonction conviviale du langage, nous ne parviendrons jamais à inverser ce processus d’industrialisation de l’homme. Mais si chacun se sert du langage pour revendiquer son droit à l’action sociale plutôt qu’à la consommation, le langage deviendra le moyen de rendre sa transparence à la relation de l’homme avec l’outil. »

C’est en rédigeant une critique sur le genre intitulée Sexisme et croissance économique, dans le discours du Genre vernaculaire, qu’Ivan Illich se sent véritablement lui-même piégé par le langage.

« Il m’a été difficile de formuler ma pensée. Beaucoup plus que je ne l’imaginais au départ, le parler ordinaire de l’ère industrielle tout à la fois ignore le genre et est sexiste. Je savais que le genre est dual, mais mes idées étaient constamment faussées par la perspective hors genre qu’impose nécessairement le langage industrialisé ».

 

Il ajoute plus loin : « Aussi, en entreprenant cet essai, je me suis trouvé, linguistiquement, dans un double ghetto : ne pouvant pas employer des mots dans leur “résonance” traditionnelle du “genre”, ne voulant pas les prendre dans leur sens sexiste actuel. »

Il s’efforce d’éviter les « mots-clés » tels que « travail », « sexe », « énergie », « production », « développement », termes caractéristiques du langage moderne qui ont une apparence de sens commun et ont une grande force d’évocation, sans renvoyer à rien de concret dont on puisse faire l’expérience.

La pensée d’Ivan Illich est déformée par le langage moderne qui porte en lui-même une idéologie technologique et politique.

Christina, Juliette, Misia, Muriel.

Synthèse : le conditionnement et son impact sur le comportement des individus

Ces recherches sur le conditionnement et son impact sur le comportement des individus, nous  amènent à formuler des hypothèses quant aux conséquences sur les interactions sociales.

Hypothèse 1 : amalgame ?

Après nos recherches, il nous parait évident que le conditionnement est un phénomène indépendant de notre volonté. Les individus soumis à une phase de conditionnement n’en sont pas conscients. Nous pourrions dire qu’ils la subissent. Si nous prenons le cas de la jeunesse hitlérienne, dès l’école, les idées nazies leur étaient inculqués. Toutes activités renforcent leur modelage selon les normes imposées par Hitler. Leur conditionnement est facilité par leur jeune âge. En effet, les enfants se construisent et fabriquent leur monde sur l’idéologie du nazisme. De plus, les béhavioristes parlaient «d’apprentissage». On peut alors se demander si le choix de ce terme était un moyen pour ces théoriciens de faire accepter au sein de la communauté scientifique ou des institutions gouvernementales, leur idéologie. Selon la définition du CNTRL, l’apprentissage appartient au domaine de l’enseignement ou de la formation. C’est l’action d’apprendre un métier en particulier formation professionnelle organisée permettant d’acquérir une qualification pour un métier. En psychologie, en parlant d’une personne, d’un enfant ou même d’un animal, modification adaptative du comportement au cours d’épreuves répétées. 

Il aurait alors un amalgame entre la notion d’apprentissage et celle du conditionnement. Ou, l’apprentissage serait une sorte de conditionnement nuancé ou plus acceptable pour garantir une vie en société.

Hypothèse 2 : Conditionnement et Société

Le conditionnement de l’individu serait au service de la société et non la société au service de l ‘individu. La dystopie Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley traite la question du conditionnement comme la base d’une société stable. L’assurance d’une société pérenne et harmonieuse et d’un système économique prospère basé sur la consommation sont donc leur fin, leur raison de vivre, cela au détriment des libertés et de l’intégrité de chacun. L’individu est déshumanisé, il n’éprouve plus de réels sentiments, il est reformaté tel un ordinateur, il se présente plus comme une machine que comme un être humain.

Dans Orange mécanique, le personnage d’Alex devient un objet d’intérêt pour la société en devenant cobaye d’expériences destinées à soigner par conditionnement les individus au comportement déviant. Aussi les jeunesses hitlériennes étaient, à la base,destinées à devenir des futurs surhommes « aryens » et des soldats prêts à servir le 3° Reich. Enfin, nous pouvons citer comme ultime exemple de l’asservissement de l’individu à une société perverse le film The Truman Show de Peter Weir (1998). Contrairement aux exemples précédents, nous ne sommes plus dans le cas d’une majorité au service d’une minorité dirigeante, mais dans le cas inverse. La vie et la conscience d’un homme a été assujetti au divertissement de toute une société. Pour une émission de téléréalité, un homme, Truman Burbank, a été élevé et continu à vivre dans un monde de décor ou tout, jusqu’au moindre détail de sa vie, a été scénarisé. Cela bien sur à son insu. Il a été complètement conditionné dans ce décor de cinéma depuis sa naissance. Un exemple fort de ce conditionnement est la mise en scène de la « fausse disparition » de son « faux père » par noyade. Traumatisé depuis par la mer, il n’a jamais essayé d’aller au-delà, où se trouve en fait la sortie du studio.

Mais à travers tous ces exemples, le processus de conditionnement a présenté ses limites, et notamment les failles de l’utopie lorsqu’elle est appliquée et est mise à l’épreuve de la nature humaine. Cet échec renvoie à la quête inévitable de la vérité et de la liberté chez l’être humain.L’ évènement libérateur est le retour de l’individu à sa propre nature. Dans Le meilleur des mondes, John Le Sauvage n’arrivant pas à s’adapter et à comprendre cette société complètement aliénée se retrouve piégé par ses pulsions et ses sentiments d’être humain. Devant une telle frustration, il fini par se libérer de ce profond mal-être par le suicide. Les deux autres personnages principaux, Bernard Marx et Helmholtz Watson, dont le conditionnement n’a pas totalement réussi, sont quant à eux, envoyés en exil, sur une île devenue le repaire d’érudits dont la conscience échappe à la société. Il s’agit donc pour eux d’une certaine libération. Orange Mécanique traite également des deux moyens possibles de libération, le suicide ayant échoué, Alex revient à sa nature d’homme violant, il n’a donc pas été guéri ou alors il est guéri de son conditionnement. Enfin, la quête de vérité étant plus forte que son conditionnement, Truman décide de prendre le risque de découvrir une vie plus difficile au nom de la liberté. Il décide donc de se confronter au monde extérieur et retrouve sa vraie conscience et sa vraie nature d’être humain qui lui avait été enlevé depuis sa naissance.

Hypothèse 3 : Conditionnement et marginalité

Partons du postulat que le conditionnement est indissociable du vivre en société et que l’homme ne nait pas conditionné mais le devient au fur et à mesure qu’il fait son entrée dans le monde civilisé.  

Dans le meilleur des mondes de Aldous Huxley, les deux personnages Bernard Marx et Helmholtz Watson sont en marge de ce monde parfait. Bernard Marx fait partie de l’élite, pourtant il n’en a pas le physique. Il se pose alors des questions. Son conditionnement échoue. Il est envoyé sur une des îles réservées aux exclus. Helmholtz Watson lui aussi faisant partie de l’élite, a une intelligence et une conscience particulièrement développée. Scientifique, il se pose des questions et remet en cause le système. A son tour, il est envoyé sur une autre île. A travers son personnage, Aldous Huxley se moque du béhavioriste John Watson qui soutenait que le conditionnement pourrait être thérapeutique et utile pour l’édification d’une société meilleure.

Ensuite parlons des tenues vestimentaires décalées d’une certaine jeunesse nippone. Les concours sélectifs pour rentrer dans le monde des études supérieures, font que dès leur enfance, ils doivent suivre des schémas pré-établis. Leur tenue vestimentaire excentrique ne serait-elle pas un moyen de s’exprimer en tant qu’individu sans être influencé par les attentes de leur société ?

De plus, la culture punk rejette la société et ses valeurs. Ce mouvement aux tenus et musiques décalées s’opposerait au système pour réclamer une totale liberté de pensée et d’expression. Ils rejettent l’apprentissage ou le conditionnement de la société dans laquelle ils vivent, prenant ainsi le statut d’exclu de la société, ou le statut d’individu en marge du système.

On pourrait alors rapprocher le rejet du conditionnement avec le rejet de la société.

Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse

Le comportement de l’individu induit dans la vie quotidienne

Nous avons vu précédemment que le conditionnement pouvait être un outil de contrôle pour les régimes totalitaires ou la mise en place d’idéologies utopiques. Dans ce dernier cas il s’agit d’un conditionnement au service d’une volonté forte de puissance et de stabilité.Le conditionnement s’observe au cours de notre quotidien, le plus insignifiant soit-il. En effet, notre pensée est façonnée et induite par notre appartenance socio-culturelle. Notre manière de vivre est profondément assujettie à des réflexes et à des acquis, assimilés au cours des générations.

 Pensée hygiéniste et les normes en architecture

Les principes hygiénistes issues du XIX° siècles en réaction aux problèmes d’insalubrité ont également eut un impact majeur sur les typologies d’habitat, dont certaines normes en gardent encore les traces. Un des aspects de cette idéologie, s’intéressant principalement aux classes les plus pauvres, est de socialiser l’individu par l’éducation. Cette éducation passe par l’Hygiène et la propreté. L’hygiénisme sous-tend une dimension programmatique. Le logement, d’après Monique Eleb, « est considéré par les possédants et les décideurs, comme l’outil éducatif par excellence » (L’invention de l’habitation moderne, Paris 1880-1914). Ainsi, la présence d’équipements de propreté donnerait conscience à l’homme de la façon dont il traite son corps et lui permettrait d’accéder au respect. Ces idées ont été le support expérimental de typologies de logements ouvriers, tel la tripartition de l’immeuble du boulevard Bessières des frères Feine (….), dont le plan présente les W.C., le vidoir et les postes d’eau regroupés dans un appendice technique, ouvert sur un balcon-dégagement et extérieur aux logements pour mieux isoler les activités salissantes de la salle commune. Les auteurs des traités d’hygiène ont également incité les architectes à adopter des implantations salubres du logement, cela par des préoccupations liées à l’ensoleillement, l’orientation des pièces en fonction de leur destination et la ventilation naturelle.

Autour de la notion de salubrité s’établissent des normes afin de contrôler les pratiques. Ainsi, des minima pour le volume des pièces sont fixés, où encore, on limite les dimensions des cabinets de toilette (à 1,25m x 1,8m) « en vue d’empêcher la transformation ultérieure des locaux accessoires en logements de nuit nécessairement insalubre ».

Les programmes des Habitations à Bon Marché (H.B.M) ont également fait l’objet des premières règles portant sur le volume et l’implantation de l’immeuble. L’hygiène étant une loi inconditionnelle, ces règles prévoient de remplacer les courettes par un élargissement des cours devenant des rues intérieures avec des jardins, afin d’améliorer l’aération et la pénétration de la lumière.

Enfin, l’instauration de normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite (PMR) a nécessité la réadaptation des typologies d’habitat. Ces normes tendent à intégrer un progrès social dans les mœurs et dans la vie quotidienne. Il s’agit de ne tolérer aucune ségrégation entre les personnes valides er les personnes handicapées, en partant du principe que le projet doit être adapté à tous les usagers.

Certaines typologies ont donc émergées et d’autres tendent à disparaitre, comme par exemple les appartements en duplex plus onéreux au niveau de l’accessibilité.

Les problématiques sociales, appuyées par des avancées techniques majeures, comme les salles de bain et de l’eau courante dans les logements, ont donc considérablement influencé les pratiques et idéaux, allant même jusqu’à instaurer des normes au sein de l’habitation. Ces normes, dont certaines sont encore d’actualité, sont ainsi peu à peu devenues des habitudes profondément ancrées dans notre société.

L’obsolescence programmée

Ce phénomène a induit un comportement de surconsommation, pour la stabilité du système économique. Bien que les faits soient différents, on constate une certaine similitude avec la manière de stabiliser le système économique dans Le meilleur des mondes d’ Aldous Huxley. Dans cet ouvrage, l’individu est conditionné à ne pas apprécier la nature. De cette façon, il est amené à choisir des activités plus coûteuses, nécessitant une consommation plus importante. Le système économique est donc assuré.

Avec l’obsolescence programmée, la méthode est différente mais le but reste le même : susciter le besoin de consommer. Au début du 20ème siècle, le matériel et les outils de la vie quotidienne étant toujours plus performants, le besoin de les renouveler diminua. Aussi pour répondre au besoin de croissance économique, à partir des années 1920, les industriels demandèrent aux ingénieurs de revoir la composition des produits afin diminuer leur performance sur le long terme. Pour contrebalancer ces défauts volontaires, on en est arrivé à proposer des objets de plus en plus équipés, pour susciter également chez le consommateur l’envie de changer et de toujours racheter. De cette façon, la sensation de frustration du consommateur est camouflée par l’envie de toujours plus. L’enseigne Apple est un exemple de ce procédé  très présent dans notre quotidien, où tout est anticipé pour susciter le désir de consommation. Cela en partant d’une simple batterie inéchangeable sur un Ipod jusqu’à la commercialisation d’un produit en fait obsolète, le suivant étant déjà programmé.

Pour aller plus loin voici un reportage d’Arte : ARTE+7 – Prêt à jeter Obsolescence programmé

Ces phénomènes sont profondément ancrés dans notre inconscient, que se soit dans l’intérêt d’un système économique ou à travers des habitudes héritées d’anciennes normes tels que les normes hygiénistes.

Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse

Le conditionnement : outil de contrôle des individus au sein de la société

Précédemment dans l’article Orange Mécanique ou l’expérience du Behaviorisme, nous nous sommes interrogées sur les possibles illustrations d’une application de certaines idéologies des behavioristes. Rappelons nous ce que Skinner avait dit : «le conditionnement opérant est la clef d’une société idéale», ce qui nous a amené à comparer ses propos, aux idéologies totalitaires et l’application des utopies.

Régimes totalitaires

Définition : (Rey Alain, Dictionnaire Historique de la langue française)

L’adjectif totalitaire (1927) qui s’est répandu à la fin des années 30 pour qualifier les régimes et mouvements autoritaires nés au cours de la décennie précédente (d’abord le fascisme italien). (…) La valeur politique est de loin la plus usuelle ; c’est elle qui suscite plusieurs dérivés et composés, notamment le dérivé totalitarisme (1936, J.Maritain), passé dans l’usage courant après 1945, et souvent pris comme synonyme soit de « dictature », soit d’ « autoritarisme ». Véritable symbole du contrôle et de la mobilisation des masses.Parmi les méthodes employées par des régimes certaines renvoient très clairement au conditionnement.

Le contrôle de la jeunesse :

L’instauration des jeunesses Hitlériennes (Hitlerjugend) dans l’Allemagne Nazie est un exemple de contrôle et de façonnage de la pensée de l’individu, destiné à devenir un futur surhomme « aryen » et le soldat prêt à servir le 3° Reich. Cela notamment par l’endoctrinement antisémite et l’embrigadement obligatoire d’après la loi du 1er décembre 1936.

« Cette jeunesse doit apprendre uniquement à penser allemand et à agir en allemand . (…) Et, si (…) ils ne sont pas encore devenus de vrais nationaux – socialistes, alors nous les soumettrons au service du travail obligatoire afin qu’ ils soient en six ou sept mois remodelés à l’ enseigne d’ un unique symbole, la bêche allemande . Et si après six ou sept mois subsiste çà et là un peu de conscience de groupe, I’ armée aura pour mission de la traiter durant deux autres années . Ainsi quand, après deux, trois ou quatre ans ils en sortiront, ils rentreront immédiatement dans la S.A ou la S.S., car nous n’ avons en aucun cas de récidive, ainsi ils ne seront jamais libres pour toute leur vie . » A. Hitler. Discours de Reichenberg, 2 Décembre 1938.

Les propos de Benito Mussolini témoignent également de cet embrigadement moral et social, « Je prends l’homme au berceau et je ne le rends au pape qu’après sa mort »

Voici un court-métrage ironique des studios Walt Disney sorti en 1943, dénonçant le conditionnement des jeunesses Hitlériennes. Cette vidéo est en elle-même est un message de propagande à l’intention du public américain.

Education for Death (Éducation à la Mort)

le contrôle du quotidien et des espaces publics – urbanisme du quotidien

Que ce soit les régimes totalitaires communistes, fascistes ou le nazisme, leur idéologie consiste notamment à organiser le quotidien des Individus, dans le but de façonner « l’homme nouveau ». Pour cela, l’aménagement des espaces publics est devenu un outil de contrôle de la société.

La partie de l’ouvrage L’Architecture des régimes totalitaires face à la démocratisation (dirigé par Ioana Iosa) intitulée « L’urbanisme quotidien face au totalitarisme » de Véronique germain, montre le potentiel endoctrinant des espaces publics par les régimes totalitaires. Ces espaces sont devenus des lieux où la mémoire et la pensée sont modelées (notamment avec l’importance de la propagande) mais aussi permettant d’induire de nouvelles pratiques comportementales ( comme par exemple de larges avenues linéaires permettent de mieux mater et contrôler les masses). Jean-Marie Le Breton, ambassadeur de France en Roumanie sous l’époque de Ceausescu, à écrit à propos de ce dernier « Influencé par les philosophes et architectes français de la fin du XVIII°s et du début du XIX°s comme Ledoux (…) il s’agissait de créer un homme nouveau, l’homme communiste (…) voulait transformer les mentalités par une modification de l’environnement, fabriquer du prolétaire par le conditionnement des modes de vie ».

Dans le cas du contrôle d’une communauté pour imposer une idéologie sociale, on  constate certaines similitudes entre l’application du totalitarisme et d’une utopie.

Le Familistère de Guise de Godin

Il s’agit de l’application de l’utopie de Phalanstère de Fournier où les ouvriers vivent en communauté, dans un micro-système. Son concepteur, Godin, y voyait des vertus éducatrices. L’idée est que l’environnement conditionne le développement de l’individu. Les valeurs fondatrices étaient donc l’éducation, l’hygiène, l’égalité et l’ordre. Les usagers logeaient tous dans des habitats identiques, assez luxueux pour l’époque car ils disposaient de l’eau courante. L’éducation se faisait par une sensibilisation à l’hygiène mais aussi par la présence d’une école pour les enfants.

Mais si cette forme de conditionnement des individus par un environnement propice à l’épanouissement part d’une certaine bien vaillance de son concepteur, le modèle présente des limites étant victime de son propres système. Le fait de vivre en communauté imposait un règlement intérieur strict à respecter. Pour son bon fonctionnement, la société était donc contrôlée. La solidité de cette structure à donc était très largement affaiblis par les nombreuses dénonciations entre les individus amenés à se surveiller entre eux.

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Aussi l’ouvrage Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932) est une critique forte du conditionnement de l’individu. Il peut être présenté comme une synthèse des critiques et déviance du totalitarisme, des utopies et de manière générale, du contrôle de la pensée et de l’environnement de l’individu.

Cette contre-utopie traite certains thèmes directement liés au totalitarisme et utopies. L’éducation de la jeunesse se fait par conditionnement hypnopédique, enseignement pendant le sommeil.

Le conditionnement des individus de cette société se présente comme la solution à la recherche de stabilité au sein de la société. Pour qu’il y est stabilité, la société doit être organisée pour son bon fonctionnement économique. Elle est donc organisée en un système de castes sociales ( allant des alpha aux epsilon, elles-mêmes divisées en plus ou moins). Aussi, pour contrôler d’éventuelles indignations et revendications,  et assurer la pérennité de ce système, on apprend aux individus à aimer leur statut. C’est en cela qu’intervient le processus de conditionnement. C’est un conditionnement au bonheur, pour permettre une coexistence en harmonie. On inculque au plus profond de la conscience de l’individu que tout sentiment est source de problème (jalousie), comme la relation amoureuse traité comme un tabou ou une certaine indifférence à la mort, et qu’il doit accepter sa situation. Pour éviter toute tension ou mal être, l’administration va même jusqu’à distribuer un anxiolytique, sans effet secondaire (bien qu’il diminue considérablement l’espérance de vie), le soma. « L’amour de la servitude ne peut être établi, sinon comme le résultat d’une révolution profonde, personnelle, dans les esprits et les corps humains.» Aldous Huxley, préface de 1946. « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement. Faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (p.34)

Comme pour tout régime totalitaire cette société est dirigée par une minorité puissante. Ceux sont les dix administrateurs mondiaux, du groupe alpha plus. A travers la personne de Mustapha Meunier, ils sont décrits, à la différences des autres, comme des personnes dotées d’une grande connaissance des civilisations antérieures, mais prônant la stabilité apportée par le conditionnement et l’eugénisme en opposition avec la liberté trop permissive des sociétés anciennes. « les gens qui gouverne le Meilleur des monde peuvent bien ne pas être sains d’esprit, mais ce ne sont pas des fous, et leur but n’est pas l’anarchie, mais la stabilité sociale » Aldous Huxley, préface de 1946.

Les pages 43 à 47 donnent une description du processus de conditionnement hypnopédique des enfants, élevés au centre de conditionnement de l’Etat. On peut clairement assimiler la méthode au behaviorisme, avec notamment l’association de paroles moralisatrices avec les odeurs.

Le contrôle de l’individu notamment par le conditionnement de la jeunesse, l’aliénation collective et l’eugénisme au nom de la stabilité sont donc des thèmes faisant clairement référence au totalitarisme. On peut retrouver aussi le sujet de l’homme nouveau dans cet ouvrage, étant donné que l’on parle d’une civilisation nouvelle, vivant en l’an 632 de N.F (Notre Ford).

« Un état totalitaire vraiment « efficient » serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur la population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, parce qu’il auraient l’amour de leur servitude. » Aldous Huxley, préface de 1946.

Mais la fin tragique (le suicide John Le Sauvage, individu non conditionné), la sévérité à l’égard de ceux qui tentent d’échapper aux système (exil de Bernard Marx) dénonce un monde vide sans âmes, sans libertés de pensée et individuelles. Aldous Huxley fait à travers cet ouvrage une critique sévère de l’utopie, dont l’horreur extrême est d’en arriver au conditionnement de l’homme au service de la société. «la tyrannie-providence de l’utopie » Aldous Huxley, préface de 1946.

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Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse

Gestalt Theory ou la psychologie de la forme

Définition du Centre National de Ressources Littéraires et Textuelles  :

– Structure à laquelle sont subordonnées les perceptions.

– Doctrine affirmant que les « formes » sont les données premières de la psychologie

 Sans titreLa théorie de la Gestalt, traduite de l’allemand par « théorie de la forme », est aussi appelée  psychologie de la forme. Cette théorie psychologique et sociologique est née en Allemagne, peu de temps avant la Première Guerre Mondiale.

C’est une théorie sur la perception avec pour postulat premier : la perception conditionne le comportement. Les premiers gestaltistes,  Ernst Mach et Christian von Ehrenfels se basent sur les idées de Goethe et Edmund Husserl (fondateur de la phénoménologie), ainsi que des philosophes comme Jean-Paul Sartre. Ils rejettent les idées de l’associationnisme, la psychologie behavioriste et toutes autres théories basée sur les réflexes et les instincts. (cf article précédent).

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A partir de 1942 et en se basant sur cette théorie, Fritz Perls, psychiatre et psychothérapeute allemand, crée la Gestalt thérapie. C’est une psychothérapie qui tente de résoudre des troubles émotionnels et comportementaux d’individus par le changement de leur perception du monde. En effet, cette thérapie explique que le psychisme d’un individu est dynamique, c’est-à-dire qu’il est dans un processus d’adaptation constante avec son environnement. Cette adaptation passe avant tout par la perception de son environnement avant d’ajuster son comportement. Mais si cette perception est erronée, le sujet a des troubles comportementaux.

La théorie de la Gestalt prétend donc que le tout est différent de la somme de ses parties. Ainsi lorsque l’on perçoit une image, une personne, une situation ou un comportement, notre cerveau ne voit pas chaque détails mais cherche toujours à en avoir une vue synthétique et globale. Le « Context » est plus signifiant que le « Texte », les « Mots », ou les « Lettres ».

Un exemple du philosophe Jean-Paul Sartre, influencé par la théorie de la Gestalt, permet de bien comprendre cela : « J’ai rendez-vous avec Pierre à quatre heures. J’arrive en retard d’un quart d’heure […] et je dis  « Il n’est pas là. » (…) « J’ai tout de suite vu qu’il n’était pas là »… Il est certain que le café, par soi-même, avec ses consommateurs, ses tables, ses banquettes, ses glaces, sa lumière, son atmosphère enfumée, et les bruits de voix, de soucoupes heurtées, de pas qui le remplissent, est un plein d’être. Et toutes les intuitions de détail que je puis avoir sont remplies par ces odeurs, ces sons, ces couleurs… Mais il faut observer que, dans la perception, il y a toujours constitution d’une forme sur un fond. Aucun objet, aucun groupe d’objets n’est spécialement désigné pour s’organiser en fond ou en forme : tout dépend de la direction de mon attention. Lorsque j’entre dans le café, pour y chercher Pierre, il se fait une organisation synthétique de tous les objets du café en fond sur quoi Pierre est donné comme devant paraître… Chaque élément de la pièce, personne, table, chaise, tente de s’isoler, de s’enlever sur le fond constitué par la totalité des autres objets et retombe dans l’indifférenciation de ce fond, il se dilue dans ce fond. Car le fond est ce qui n’est vu que par surcroît, ce qui est l’objet d’une attention purement marginale. (…) Je suis témoin de l’évanouissement successif de tous les objets que je regarde, en particulier des visages, qui me retiennent un instant (« Si c’était Pierre ? ») et qui se décomposent aussi précisément parce qu’ils « ne sont pas » le visage de Pierre. Si, toutefois, je découvrais enfin Pierre, mon intuition serait remplie par un élément solide, je serais soudain fasciné par son visage et tout le café s’organiserait autour de lui, en présence discrète. » L’être et le Néant

Affiche-du-film-Les-AutresOn pourrait rapprocher cette conception de Sartre de la perception au film Les Autres d’ Alejandro Amenábar, réalisé en 2001.  L’histoire prend place à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans une immense demeure victorienne isolée sur l’île de Jersey, où y vivent une veuve de guerre et ses deux enfants. La famille qui vit cloîtrer dans la maison se voient hantée par les autres : des fantômes ou des esprits. Durant le visionnage, le téléspectateur suit la descente en enfer de la famille, en pensant comme elle, que les autres sont des esprits. C’est par la perception de la femme et des enfants que l’on décide de la nature des autres. Il s’avère en fait que les autres font bien partis du monde des vivants. Ils sont les nouveaux habitants de la demeure qui s’était retrouvée abandonner après l’homicide des enfants par leur mère et le suicide de cette dernière. Ainsi on comprend que le point de vu de la famille : leur subconscient refusant l’idée de leur propre mort, sur un fond de vie quotidienne, ils ne voyaient plus que l’élément de leur trouble comportemental : les esprits. C’est par une perception erronée de la réalité qu’ils ont adopté un trouble comportemental.

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Ainsi nous comprenons par cette théorie que notre cerveau nous fait voir ce qu’il veut bien voir. La perception n’est pas une expérience objective : parce qu’elle passe par notre cerveau, dans son conscient et subconscient, une image n’est pas vue telle quelle, mais est « vu comme » le cerveau l’a analysé. L’expérience de la perception est initialisée par notre capacité innée à connaitre et reconnaître le monde dans lequel nous vivons.Dans son livre La dimension Cachée, Edward T. Hall explique son théorème « la proxémie » en partant du principe que chaque espèces animales vivant sur Terre s’adapte à son environnement et se crée un espace de vie autour de lui. La proxémie est l’idée que c’est par la proximité relative entre les individus que des relations sont possibles. Donc la perception d’un autre individu, plus ou mois proche de nous, influe sur notre comportement envers lui.

Ainsi, la Gestalt nous enseigne que notre comportement est conditionné par notre perception. Peut-être que notre comportement serait différent si notre monde était différent.

Pauline Combe – Morgane Guillemin – Léa Hollier-Larousse

Orange Mécanique ou l’expérience du Behaviorisme

Ivan Petrovitch Pavlov (1849-1936), spécialiste en physiologie animale, et médecin russe, est célèbre pour ses études sur la fonction gastrique du chien. A partir de ses expériences, il déduit que l’animal a deux sortes de réflexes : des réflexes non conditionnés et des réflexes conditionnés.

Son expérience est la suivante. A la vue de la nourriture, le chien de Pavlov salive. Cette réaction est dite «naturelle» dans le sens qu’elle est innée et inscrite dans la physiologie du chien. Ces réflexes sont présents dès sa naissance. Ensuite, le médecin introduit le même stimulus sonore à chaque fois qu’il présente de la nourriture au chien. Ce son est neutre, c’est-à-dire qu’à lui seul, il ne peut déclencher la salivation de l’animal. A priori, il l’a déclenche s’il accompagne la nourriture. Cette phase correspond à ce que Pavlov appelle «la phase d’apprentissage», qui se résume au conditionnement du chien grâce à un stimulus. Après cette phase, il fait écouter au chien, le même stimulus sonore qui déclenche la salivation, alors qu’il ne voit pas de nourriture. Ce réflexe est alors un réflexe conditionné. Le stimulus provoque la salivation de l’animal. Cette réaction n’est pas «naturelle». Elle est ni volontaire, ni inné au sujet. Elle a été introduite par une phase de conditionnement.

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Après ses observations, il développe sa théorie à l’homme, sous le nom de conditionnement pavlovien ou encore conditionnement classique supposant qu’une réponse est provoquée par un stimulus qui a été préalablement déclenché.

Dans les années 1910, ces expériences vont donner naissance à un mouvement : le behaviorisme dont les principaux défenseurs sont J.B Watson et B.F Skinner. John Watson dans son article « la psychologie telle que le behavioriste la voit», explique que la psychologie doit être dégagée des «éléments d’interprétation liés à la conscience». L’étude du comportement de l’individu devrait se limiter aux événements objectifs, qui sont liés aux stimulus d’un environnement donné.

http://psychclassics.yorku.ca/Watson/views.htm  article de John Watson en anglais.

Cependant, il y a différents courants au sein du behaviorisme. B.F Skinner développe la notion de conditionnement opérant. Il part de la loi effet de Thorndike ( le comportement est en fonction de conséquences), contesté par Watson, pour expliquer «l’apprentissage par essai-erreurs». Le mot apprentissage est ici synonyme de conditionnement. Il fait diverses expériences et notamment celle de la boîte avec des pigeons pour illustrer sa théorie : the Skinner’s Box.

Le comportement dépend des conséquences aux actions de l’animal. Ces changements sont influencés par deux éléments principaux. Le principe de renforcement, après l’action, le sujet est récompensé, une récompense qui l’encourage à refaire cette même action.

A contrario, le principe de punition, consiste à ce que le sujet est réprimandé après une action et donc l’incite à ne plus la refaire. Il est important de noter que ces deux tendances peuvent être positives ou négatives mais elles ne sont pas apparentées aux notions de «bon» ou «mauvais».

Afin d’illustrer ces faits, nous avons trouvé une «expérience» plus contemporaine. Il s’agit d’un extrait en anglais d’une série télévisée américaine : the Big Bang Theory dans laquelle un des personnages récompense un autre après chaque action positive par des chocolats.

http://www.youtube.com/watch?v=Mt4N9GSBoMI

Les défenseurs du Behaviorisme pensaient que leur étude pourrait permettre de «corriger» certains comportements jugés déviants par la société ou servir de thérapie pour les phobies ou les troubles mentaux. Dans son ouvrage, Par delà la liberté et la dignité, B.F. Skinner présente le conditionnement opérant comme « la clef d’une société idéale». Leur philosophie est critiquée principalement par les psychanalystes. Ce mouvement s’épuisera dans les années 1970. Jean Piaget, s’oppose lui aussi à ce mouvement car il ne peut concevoir que l’intelligence se résout à des phases d’apprentissage.

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Image 1 : Affiche du film Orange Mécanique

Image 2 : illustration réalisée par Arnaud Decomps

Mais il nous semble que l’oeuvre la plus critique du Behaviorisme est le roman de Anthony Burgess, A clockwork Orange, publié en 1962, dont le titre français est Orange Mécanique. Adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1972, Orange Mécanique est une satire de la société moderne. Il dépeint les aventures d’Alex Delarge, un délinquant psychopathe, ne jurant que par la violence. Arrêté, il participe de son plein grès, pensant sortir ainsi plus vite de prison, à un programme scientifique basé sur les théories du Behaviorisme qui aurait pour but de le guérir de sa violence. Il subit alors le traitement «Ludivico» qui reprend les principes de l’expérience du chien de Pavlov. Il est attaché à une chaise, obligé de voir des scènes de plus en plus violentes après chaque injection de la susbtance «Ludivico» La susbtance le rend malade et au fur et à mesure du traitement, il assimile son malaise aux images de violence et à la symphonie n°9 de Beethoven (alors qu’il appréciait particulièrement cette symphonie avant le traitement).

Après la fin du programme, il est relâché dans la société. De nature violente, il est incapable de se défendre. Il est chassé et battu par ses anciens camarades.

Dans le livre de G. Marrone, Le traitement Ludivico : corps et musique dans Orange Mécanique, l’auteur explique alors que le personnage de Burgess, est transformé, «rebouté» comme une machine. Ce n’est plus un humain, mais une machine «privée de possibilité de choix», d’où le titre d’Orange Mécanique.

On peut donc supposer que Burgess fait une critique sévère des théories du behaviorisme et notamment de celles de Skinner lorsqu’il dit que «le conditionnement opérant est la clef d’une société idéale» Le traitement Ludivico, soutenu par le gouvernement afin de rééduquer les criminels, est en quelque sorte aussi violent que leurs méfaits. La scène où le personnage a les yeux écarquillés et doit subir par conséquent la projection de scènes de violence, horrifie le spectateur. Il s’agit de vaincre le mal par le mal. Alex n’est plus une personne mais un sujet quelconque, un rat de laboratoire. Il est évident que leur traitement sous-entend qu’un individu peut être réinitialiser dans son «intérêt» comme il est possible de reformater un ordinateur. Il s’agit d’une attaque violente à l’encontre du psychisme humain, de sa nature même.

Cependant, leur traitement est un échec dans la troisième partie du film. En effet, le personnage se suicide à l’écoute de la musique la symphonie 9, ne la supportant plus. D’une part, le traitement a échoué. Il était censé améliorer la vie d’Alex, lui permettant de s’intégrer selon les normes en vigueur de la société. Ce traitement était présenté comme thérapeutique, dans son intérêt et pourtant, il le mène à sa perte. L’auteur symbolise par le suicide, la capacité d’auto-guérison  de l’individu. Alex survit, et est finalement guérie du traitement de Ludivico, double échec. Il revient à son état «naturel» : la violence.

On peut donc se questionner sur les conséquences si les théories avancées par les behavioristes avaient été appliquées de manière caricaturale, amenant probablement à instaurer une société totalitaire…

Pauline Combe – Morgane Guillemin – Léa Hollier-Larousse

Conditionnement : comportement et interactions sociales

La question du conditionnement peut être traitée à travers plusieurs notions : criminel, psychanalyse, ou encore comportementalisme. Dans notre réflexion, nous souhaitons aborder le conditionnement à travers le thème du comportementalisme : une science qui s’intéresse notamment aux réactions psychosomatiques sur les réflexes.

Tout d’abord, rappelons la notion du conditionnement. Il s’agit d’un processus automatique et non conscient pour la personne conditionnée. L’individu se soumet alors à une ou plusieurs conditions. Ce processus est permis par l’élaboration de stimulus, ou de réflexes qui par automatisme, génère chez un individu un comportement donné. Les définitions suivantes sont des extraits du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales.

Stimulus : PHYSIOL.,PSYCHOL. Agent externe ou interne, opérant généralement avec soudaineté, capable de provoquer une réponse motrice ou glandulaire dans un système organique excitable à condition de l’atteindre avec une intensité suffisante.

Réflexe : PHYSIOL. Réponse automatique involontaire et immédiate d’une structure ou d’un organisme vivants à la stimulation d’un récepteur sensible déterminé.

Automatisme : PSYCH. Activité spontanée, accompagnée de troubles plus ou moins marqués de la conscience, qui se produit sans l’intervention de la volonté du sujet.

On peut se demander comment comprendre les différents processus de conditionnement pour en déchiffrer leurs impacts sur le comportement d’un individu et sur ses interactions sociales. 

La Civilisation des moeurs et La Dynamique de l’Occident sont des essais de sociologie de Norbert Elias, dont les parutions françaises datent de 1973 et de 1977. Norbert Elias, ayant une formation en philosophie, écrit des ouvrages de sociologie. Il propose notamment une théorie de la civilisation.  Dans La Civilisation des moeurs, l’auteur définit la civilisation comme consistant «en une modification de la sensibilité et du comportement humain, dans un sens bien déterminé». Un «conditionnement social» pousse l’individu à contrôler ses pulsions et à codifier son comportement. La société conditionne «l’espace mental» de l’enfant pour qu’il ait des réflexes et des automatismes autorisés par la société dans laquelle il vit. Dans la Dynamique de l’Occident, l’auteur explique que le contrôle des monopoles militaires et fiscaux par un Etat centralisé fort induit la rationalisation du comportement des individus en société. Après avoir analysé la sociogenèse de l’état français, il esquisse une théorie de la civilisation : la rationalisation du comportement d’un individu par le refoulement des pulsions pour un comportement «civilisé» en société.

Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse