Catégorie: Infra-exclusion

L’infra exclusion ou l’utopie de l’homogénéité sociétale

Synthèse sur l’exclusion

Qu’entendons-nous par infra-exclusion ? C’est le lien intime entre l’individu et sont environnement : l’exclusion suggère un processus à grande échelle, institutionnalisé et théorisé. L’infra-exclusion a une dimension individuelle : c’est l’accumulation des préjugés et des actes qui tend à éloigner les individus les uns des autres. C’est la faculté de chacun d’entre nous de prendre un recul vis-à-vis des autres ou de les mettre à l’écart de soi et des siens. L’utopie est un fantasme onirique qui pourtant participe à la construction de la société. Elle est la base du modèle républicain français, c’est la mère de toute valeur. Y a-t-il donc un accord entre l’exclusion et l’homogénéité sociétale ? De manière générale oui, si l’on prend le cas extrême : la prison. C’est le moyen organique de défence des valeurs de l’état contre les individus jugés déviants. C’est donc par correction d’une mauvaise pondération de la société que la prime exclusion fut mise en place. Dans sa dimension macrosociétale, ce lien existe. Qu’en est-il de l’infra exclusion – celle qui relève plus de l’individu que de l’état ?

I. L’individu vecteur majeur de l’exclusion

L’époque libérale contemporaine voit croître la philosophie individualiste (en tant que conception sociétale de la primauté de l’individu, de son libre arbitre et de son autonomie). Ce courant de pensée apporte avec lui la volonté de la destruction de l’Etat (de la communauté du peuple) au profil de l’individu. Depuis la révolution, l’Etat se porte garant de la bonne gestion du pays ainsi que de la bonne mise en œuvre des lois. C’est lui qui rend le jugement lorsqu’une infraction est commise, et tous doivent s’y soumettre. Le processus de lente destruction de ce dernier (peut-on parler d’une progression vers l’anarchisme ?) ne voit-il pas apparaître dans chacun l’orgueil de pouvoir rendre jugement ? La métamorphose de Kafka s’articule autour de ce sujet : comment le jugement de sa famille, et de son employeur, arrive à la destruction du personnage principal. La question de la productivité est ici essentielle, et l’on a tendance à mal juger une personne peu productive. Partant du principe qu’il est un poids pour la société : réflexion paradoxale puisqu’elle relève d’un jugement privé, découlant de l’individualisme grandissant, or si la société présume qu’un individu est une menace, elle possède toute une batterie d’armes pour l’éliminer (obligation de paiements de dettes, suppression des aides publiques, prison…). Il y a donc chez chacun d’entre nous une infinité de petits jugements qui tendent à participer à ce que nous appellons des infra-exclusions : ce n’en est pas une perpétré par l’état, mais plutôt par tout le coprs social , qui le constitu, sur lui-même.

Il y a dans cette histoire du développement du rapport entre individu et société, un recul de l’individu sur la masse : ce recul ne peut-il être considéré comme une exclusion ? Une exclusion par ailleurs volontaire, puisqu’il découle du choix propre à chacun. Il y a donc une volonté d’extraction chez chacun de chez nous : nous le voyons bien en ce moment, lorsque chacun se refuse à se faire qualifier de « normal » ou de « banal », si bien que l’on privilégie l’aspect original chez l’individu. Ce refus du normal est paradoxal. Dans les faits nous voyons depuis la fin de la seconde guerre mondiale ne normalisation des styles de vies à l’échelle du pays : la suburbanisation en est le symbole architectural et urbain le plus flagrant ! Il y a derrière la volonté de posséder un patrimoine construit un désir d’ »avoir ce que les autres ont ». Cette suburbia est cependant le cri de ce libéralisme : elle montre la capacité (ou non) de l’individu à pouvoir créer de manière quasi spontanée une ville. Rien n’est pensé pour une quelconque interraction sociale (espaces publics accueillants ou un contrôle de la densité, des services), mais dans la seule optique de laisser à chacun son lopin de terre privé. Il y a donc la volonté d’appartenir à une classe sans appartenir à un groupe. Les Otaku au Japon on finalement la réflexion inverse : c’est celle de transcander les classes pour former un groupe autour d’une passion commune. Le moyen n’en est pas moins marginalisant : ils s’extirpent de ce que nous pourrions appeler la « société normale » (c’est-à-dire celle de la norme) dans le désir de former une communauté virtuelle.

Peut-être pourrions nous lier ce constat à ce que dit Foucault :  « l’assujettissement réel naît mécaniquement d’une relation fictive » (p.236 Surveiller et punir)

II. De l’infra exclusion à la méta-société

La société normale. Pouvons-nous encore considérer la société comme une et indivisible ? N’est-elle pas après tout constituée d’une miriade d’infra-sociétés (celles des prisons, des hôpitaux, des banlieues, des rappeurs, des geeks…). En somme, l’infra exclusion (l’exclusion à l’échelle de l’individu) ne construit-elle pas des infa-sociétés constitutives d’une méta société ? L’exemple des gated communities va dans ce sens : en quoi les personnes qui s’y réfugient ne sont elles plus partie de la société ? Et pourtant, il y a une volonté fortement marquée de leurs parts pour s’en extraire. Ce n’est cependant que pour un laps de temps minime dans la journée : cette autoexclusion n’est effective qu’en dehors des heures de travail, puisque ces communautés dépendent des emplois extérieurs. Ne pouvons-nous donc pas considérer ce phénomène, finalement minime dans l’impacte sur la méta-société (puisqu’il ne construit pas de sociétés à part) comme une infra-exclusion ? L’exclusion de l’autre n’’est-il finalement pas un moyen de mieux se ressourcer pour mieux apprécier son contact par la suite ? Dans logique de l’exclusion, l’exemple plus radical des deux communautés est significatif. Bien qu’elles ne favorisent pas une cohésion d’ensemble, elles ne sont pas néanmoins indépendante de la société. Ce sont deux infra-sociétés constitutives de la méta-société. N’entrevoyons-nous là donc pas une évolution possible ? Pourquoi se borner à penser la société comme unitaire, alors qu’elle est de plus en plus fragmentée en strates et en épaisseurs (une vision en trois dimensions de la société).

III. Que reste-t-il de l’universalisme républicain ?

Les logiques dépeignent donc un modèle contre-républicain. Plutôt que d’assimiler la population arrivant pour le « bien public », la première communauté préfère s’en référer à ses propres jugements (à ses propres lois ?) et dans un élan individualiste refuse une intégration. L’intégration : n’est-ce pas là encore un fantasme colonial décrédibilisé par toute l’actualité (la question est de savoir s’il faut un concept pour diriger les vies ou si les vies peuvent se dirigées toutes seules : aujourd’hui profondément individualiste, la pensée commune tend à se considérer d’une maturité nécessaire pour assumer ces propres choix de vies). De nos jours, la volonté politique d’une société divisée n’est pas présente. Il y a néanmoins quelques changements qui vont dans ce sens. Ce fut le cas de la carte scolaire, instaurée pour plus d’égalité, assouplie par demande populaire. C’est un des outils mis en place pour conserver un semblant de cohésion sociétale qui tend cependant à disparaitre. Il y a en back ground l’idéal de la mixité sociale : est-elle souhaitable, est-elle faisable ? Intégration, carte scolaire, mixité : ce sont donc des armes brandies aujourd’hui par un état (agonisant ?) pour préserver le mythe de l’universalisme républicain.

La société se divise donc en classes, elles-mêmes le sont en communautés et ces dernières en individus. Nous arrivons donc à un paradoxe : comment concilier aujourd’hui la volonté libérale à l’intégration des parties dans un tout ?

Thomas Havet, Solange Montigny, Alix Sportich, Marion Prévoteau

Maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau…

Marginalité et/ou exclusion volontaire – paradoxes

bateliers-blocus-denisgrèves des bateliers sur le canal de la Deûle

Les bateliers (profession que l’on oublie aujourd’hui) faisaient parler d’eux en 2010 en bloquant la Seine, la Deûle près de Lille…, protestant ainsi contre leur précarisation dans l’indifférence générale.

Article libération : http://www.liberation.fr/economie/2010/05/05/contre-la-loi-de-la-jungle-les-bateliers-bloquent-la-seine_624403

Progressivement les notions d’individualisme, d’entre-soi, et d’exclusion sociale se font écho. De l’habitat pavillonnaire aux gated-communities, il n’y a qu’un pas, certaines cités pavillonnaires se replient de plus en plus sur elle-mêmes jusqu’à dresser des barricades et ériger des caméras de surveillance devant alors gated-community. C’est la notion d’entre-soi qui est au coeur du phénomène d’exclusion volontaire.

Essayons de regarder cette question d’entre-soi selon un autre angle; prenons le cas des bateliers.
Progressivement au cours de l’histoire la profession des bateliers à beaucoup évoluée, leur nombre à beaucoup diminué reduisant par conséquent la vivacité de leur «confrérie». Peu considérés, souvent oubliés, les bateliers semblent à la marge de la société.

En effet, le mode de vie des bateliers est caractérisé par une itinérance le long des fleuves et peu de halte sur la terre ferme, engendrant une pratique de l’espace et des liens sociaux particuliers. On peut dire qu’ils occupent et parcourent des espaces en marge de la vie urbaine mais sont pourtant intimement liés à la ville de part le lien marchand et logistique entre la ville et son fleuve. Ils ne s’approprient pas les espaces qu’ils traversent, ils n’en sont pas habitants, aucune adresse fixe, un seul domicile flottant, leur péniche, leur embarcation, un peu leur pavillon à eux.

La pratique de leur métier a énormément évoluée, ils doivent comme de nombreux autres artisans acheter leur outil de travail et de production. Leur maison c’est leur outil de production, c’est par le travail, la multiplication des trajets qu’ils vont pouvoir rentabiliser leur investissement. Un lien très fort se tisse alors avec leur embarcation. Le batelier l’habite en général avec sa famille et leur destin est forcément lié à la péniche. Cet «entre-soi» familial est alors très fort, conséquence directe des nécessités de la profession batelière.

Peut-on parler d’exclusion volontaire ?

Par passion, par choix d’une profession, par destin familial, les mariniers bateliers sont nomades, déterritorialisés par conséquent en marge de la société. Ces marginaux vus de la terre ferme semble s’être exclus de la société. La situation batelière questionne la place laissée par les sociétés urbaines aux populations itinérantes, et aux espaces marginaux qu’elles pratiquent. Pourtant le batelier et sa péniche comme son pavillon isolé renvoie drôlement à l’utopie libérale de la recherche de propriété. Qui est alors le plus isolé, le plus marginal, celui qui c’est le plus exclu volontairement : le batelier sur le fleuve où l’habitant de l’étalement urbain pavillonnaire ?

documentaire sur les Femmes Bateliers et leur famille

Référence : article très complet de Charlotte Paul et Nicolas Raimbault sur «espace temps» [En Ligne]
http://www.espacestemps.net/articles/habiter-le-fleuve-la-flurbanite-des-bateliers-du-bassin-de-la-seine/

Alix Sportich, Solange Montigny, Thomas Havet, Marion Prévoteau

Avec ou sans la carte scolaire ?

Ceci, c’est ce qui se passe ! A Paris ou ailleurs. Et là (http://www.youtube.com/watch?v=jxKKU3g2iXg), c’est « un outil formidable de mixité sociale et de rapprochement des élèves »

La carte scolaire, c’est ce qui, depuis les années 60, répartit les élèves dans les différents établissments en fonction de la capacité d’accueil et de la situation géographique. Peut à peu, ce système purement « utile » est devenu un outil de mixité social. En dirigeant les élèves vers tel ou tel établissement, on essayait, principalement dans les agglomérations, de mélanger l’origine sociale. Mais depuis les années 2000, de nombreuses personnes se sont levées contre ce mode de fonctionnement, arguant que, confiner les élèves dans un établissement donnée favorisait le phénomène de ghetto des quartiers les plus difficiles.

Une des premières mesures a été d’accorder une dérogation à la carte scolaire pour les élèves de ZEP ayant eu une mention au brevet. Mais cette « fuite » des bon élèves n’a fait que renforcer l’image négative des « mauvais lycées ». Et même si, sur le papier, la carte est « assouplie » depuis 2007, ce ne sont en fait qu’une dizaine de dérogations qui sont possibles, et des centaines de « fraude » à la carte scolaire chaque année.

A l’image de ces parents qui n’hésitent pas à s’endetter pour une fausse adresse, jusqu’où peut on aller pour une école ? L’infra exclusion passe-t-elle par là ? Doit on mettre les enfants dans des classes d’élèves « comme eux » (éducation, niveau scolaire) pour qu’ils reussissent ? Les politiques parlent de la ghettoïsation des quartiers pauvres, mais qu’en est-il des quartiers riches ? Comme cet homme dans le reportage, est-ce une exclusion volontaire et sécuritaire face au système en place ?

Dans son ouvrage  » L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire », Marco Oberti observe deux communes politiquement et socialement opposées ‘Rueil-Malmaison et Nanterre) et met en avant la reflexion des parents dès le choix du quartier lors de l’installation.

« Trois logiques différentes, qui s’inspirent du modèle de la sociologie de l’expérience de François Dubet, apparaissent à partir de ces interviews : des logiques de protection, de performance, et de retrait. La logique de protection relève, non d’une stratégie mais d’une véritable logique d’intégration. Certains enquêtés appartenant aux classes moyennes ne se déclarent pas en effet opposés à la mixité sociale, excepté dans le cas où les ségrégations sociales et ethno-raciales leur semblent préjudiciables à l’épanouissement de leur enfant. »

Lorsque ce n’est pas un système (rigide) qui crée une exclusion des classes les plus pauvres, c’est un assouplissement qui permet aux plus aisés de s’auto exclure.

Références

http://www.youtube.com/watch?v=jxKKU3g2iXg Enjeux de campagne 2002 la carte scolaire

http://www.paris.fr/pratique/education-cours-pour-adultes/colleges-lycees/sectorisation-de-quel-college-depend-votre-enfant/rub_120_stand_20290_port_4217
Sectorisation de l’enseignement secondaire à Paris

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/pages/dossierlacartescolaireendebat.aspx Réflexions sur la carte scolaire

Séverine Chauvel, « Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2008, mis en ligne le 01 février 2008

Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire, Presses de Sciences Po, coll. « Sociétés en mouvement », 2007, 299 p

Alix Sportich, Solange Montigny, Thomas Havet, Marion Prévoteau

L’individualisme comme processus de l’exclusion : l’exemple de l’habitat pavillonnaire.

Depuis plus d’un siècle, les Français développent un intérêt grandissant pour l’habitat individuel. La forme privilégiée est celle du pavillon. Ce dernier représente à la fois une forme architecturale mais aussi un mode de vie.
Le pavillon est donc une construction individuelle, bénéficiant d’un recul par rapport à la voirie, d’un jardin à l’avant du bâtiment, d’un terrain important à l’arrière et surtout (SURTOUT) le pavillon répond à la contrainte de la mitoyenneté : pas de vis à vis, pas ou peu de proximité avec ses voisins. La cellule habitée apparaît alors protégée.

La création des villes nouvelles en France, à la fin des années 60 (Melun Sénart, Marne La Vallée, …) a vraiment contribué à ce que la forme pavillonnaire soit définitivement marquée par l’individualisme. La zone pavillonnaire, appelée lotissement (parce que c’est plus joli) incarne un idéal fondé sur l’hygiène, la sécurité, le culte de la marchandise et de la propriété privée. Le pavillon fait donc preuve d’un désir et d’un besoin d’identification, d’affirmation de soi.

L’individualisme que représente alors ce mode de vie, autant formellement que psychologiquement, nous avons choisis, dans cet article, de le voir comme un processus conduisant à l’exclusion :

1 – « J’habite en ville mais je souhaite être propriétaire » : la première étape relève plutôt d’une envie, d’une pensée.
2 – « Je décide de quitter la ville pour un endroit moins dense où prendra place mon chez moi, ma propre maison » : la deuxième étape consiste à chercher un lieu où l’on pourra être le plus tranquille possible, hors du centre ville évidemment.
3 – « Je fais construire un pavillon car il correspond à la forme architecturale que je recherche : du calme, de l’espace, pas de mitoyenneté » : la troisième étape consiste donc à mettre en forme la pensée individualiste de la première étape.
4 – « Mon désir d’individualité me conduit à m’exclure, à exclure ma famille des autres et d’une vie sociale constituée de rencontres » : la quatrième étape est donc finalement le résultat de tout ce processus.

Cette exclusion volontaire que représente le pavillon enferme finalement l’imaginaire, accentue le repli sur soi et appauvrit la vie sociale. L’expression d’une relation à l’autre ne se réduit-elle pas finalement au désir mimétique de posséder les mêmes signes de la relation individuelle, ici le pavillon ?

En choisissant un mode d’habitat individuel mais que tout le monde convoite et possède, ne contribuons nous pas à créer une société paradoxale à la fois marquée la volonté d’individualisme et donc d’exclusion mais également un monde où tout le monde détient la même chose …

– Pour aller plus loin :
“Suburbia, une utopie libérale” – Jean Taricat – Paris, éditions de la Villette, 2013 – 160 p.
« Le cauchemar pavillonnaire » – Jean Luc Debry – Paris, éditions l’Échapée, 2012 – 133 p.

Thomas Havet – Solange Montigny – Marion Prévoteau – Alix Sportich

MON monde vs. VOTRE monde

Que se passe-t-il quand on prend la décision, seul, de ne plus appartenir à la société qui nous entoure ?

A l’image des Hotaku, ce phénomène, parti du Japon dans les années 80, qui caractérise les personnes vivant leurs hobbit comme une passion. Souvent montré comme des fanatiques de jeux vidéos ou de manga, ces jeunes adultes, selon Etienne Barral*, refusent de grandir et d’entrer dans la société ultra collective du Japon de la fin du XXe siècle.

On ne peut nier leur exculsion volontaire de la société mais est ce pour autant une forme ultime d’individualisme ? Ne quittent-ils pas une société pour en intégrer une autre ? Car au final, ce qu’ils recherchent, c’est la reconnaissance de leurs pairs, même si, à pars quelques events, il vivent leur passion enfermés derrière leurs écrans.

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Dans le reportage de Jean-Jacques Beineix, présenté dans Envoyé spécial en mai 1994, il présente une société exacerbée en opposition totale avec celle de leurs parents. Il présente les Otaku comme des produits « crées » par la socité qui les entoure

Il faut taper sur la tête de tout clou qui dépasse. Voilà une formule qui traduit bien la volonté de faire rentrer l’individu dans le rang, coûte que coûte. C’est en partie de cette intransigeance de la société nippone qu’est né l’Otaku, produit d’une éducation dépersonnalisante, fasciné par les réseaux et la consommation. C’est une espèce évoluée – ou décadente, du collectionneur. Il compile patiemment des objets fétiches, investissant pour eux argent, temps et énergie. Tout ce que l’immense et surpeuplée Tokyo rend presque impossible, c’est-à-dire une vie sociale et affective normale, est ainsi transféré sur des objets qui, eux, ne décevront jamais.

Références /

Jean-Jacques Beineix, Otaku : fils de l’empire vituel, documentaire, diffusion TV : 19 Mai 1994 (Envoyé Spécial – France 2)

Etienne BARRAL, Otaku,  Les enfants du virtuel, édition J’ai Lu, 30 novembre 2001, 318 pages.

http://www.youtube.com/watch?v=3pgef_yU6Rw (extrait Otaku)

http://www.youtube.com/watch?v=JWiAEThmnGk (documentaire complet _ Allemand)

Article « Qu’est ce qu’un Otaku », mars 2013, http://www.asianmood.net/2013/03/quest-ce-quun-otaku.html

Alix Sportich, Thomas Havet, Solange Montigny, Marion Prévoteau

Chacun chez soi et…. !

Peut-on alors dissocier le terme d’exclusion de l’idée de refus de relation ?

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Les gated communities sont apparues aux Etats-Unis depuis plus de vingt ans, elles se sont développées au Moyen-Orient, en Afrique du Sud mais également sur le continent européen.

Les gateds communities sont selon le chercheur américain J. Blakely, « des quartiers résidentiels dont l’accès est contrôlé, et dans lesquels l’espace public est privatisé. Leurs infrastructures de sécurité, généralement des murs ou grilles et une entrée gardée, protègent contre l’accès des non-résidents. Il peut s’agir de nouveaux quartiers ou de zones plus anciennes qui se sont clôturées, et qui sont localisés dans les zones urbaines et périurbaines, dans les zones les plus riches comme les plus pauvres ».

En France apparaissent depuis les années 2000 de nombreuses résidences fermées répondant aux caractéristiques de gated community. Cet enclavement résidentiel est issu d’un processus par lequel des groupes s’approprient de manière exclusive des espaces, en se détachant de la société globale. Ce processus est révélateur d’un phénomène d’entre-soi : volontairement se mettre à l’écart dans un but sécuritaire, se protéger des autres et refuser alors les notions de «vivre ensemble» source d’urbanité (et pas seulement grosse tarte à la crème de la convivialité ! ).

Les résidence fermées permettent d’éviter les classes que l’on aura définies comme «indésirables» tout en se recréant un petit monde de maison idéale (voiture, chien, desperate housewives….etc).

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 Money buys freedom – Andy Singer

L’entre-soi comme refus de relation, comme protection sécuritaire des autres, comme barrière physique au reste de la société, comme psychose sécuritaire, comme manifestation visible d’une fracture sociale (fragmentation, individualisme et communautarisme de nos sociétés postindustrielles). À ce titre, les discours sécuritaires légitiment et assoient ces stratégies d’exclusion sociale et de ségrégation résidentielle.

De quel droit peut-on privatiser l’espace public ? Un nouvel apartheid urbain est-il en cours, la question peut réellement se poser en Afrique du Sud par exemple (sic), mais aussi dans de nombreuses métropoles à double vitesse, où les classes moyennes et supérieures tendent à s’isoler le plus possible, traduisant la puissance de leur ascension sociale.Mais la problématique commence à se poser à moindre mesure dans nos villes françaises, où l’exclusion volontaire résidentielle se traduit par un émiettement des villes. Réagissons, comme l’un de nos maîtres, David Mangin, dans une Tribune publiée dans Libé, «Toulouse n’est pas Bogota»

«  elles [les gated communities] fabriquent une société en miettes, des environnements artificiels et des voisinages sociaux limités. Ainsi, enclavement social, évitement scolaire et espacement résidentiel se conjuguent dans les périphéries contemporaines. (…) Voter pour l’environnement, voter pour une sécurité publique mais surtout voter pour une ville ouverte à tous, c’est voter contre les diverses formes d’environnements sécurisés là où ils sont parfaitement illégitimes. »

Edward J. Blakely et Mary Gail Snyder, Fortress America: Gated Communities in the United States, Washington DC, Brookings Institution Press, 1997

Low, Setha (2001), « The Edge and the Center : Gated Communities and the Discourse of Urban Fear » American Anthropologist Vol. 103, No. 1 (Mar., 2001) : 45-58. [En ligne] : http://www.jstor.org/stable/683921

David Mangin, architecte, , « Toulouse n’est pas Bogota » Libération 29 janvier 2002, [En ligne] : http://www.liberation.fr/tribune/2002/01/29/toulouse-n-est-pas-bogota_391959

Solange Montigny, Marion Prévoteau, Alix Sportich, Thomas Havet

TRAVAIL! On famille-patriera plus tard.

 » Je croyais vous connaître comme un homme calme et raisonnable et voilà que tout à coup vous sembler vouloir vous faire remarquer par vos extravagances. Le directeur suggérait bien, ce matin, une explication possible de votre absence – il s’agit des encaissements qu’on vous a confiés depuis quelques temps -, mais je lui ai presque donné ma parole que cette explication ne pouvait pas être la bonne. Mais maintenant, je suis témoin de votre incompréhensible entêtement et cela m’ôte tout désir de prendre en quoi que ce soit votre défense. Et votre situation n’est pas du tout des plus solides. J’avais d’abord l’intention de vous dire cela en tête à tête, mais, puisque vous me faites perdre mon temps inutilement, je ne vois plus pourquoi monsieur votre père et madame votre mère ne l’entendrait pas, eux aussi. Sachez donc que vos résultats n’ont pas été satisfaisants ces derniers temps; ce n’est pas évidemment une saison propice aux affaires, nous sommes tous prêts à le reconnaître. Mais une saison sans affaires du tout, cela n’existe pas, monsieur Samsa, cela ne doit pas exister » Kafka Franz, La Métamorphose, Paris, éd. Gallimard, coll. « folio classique », 2000 (1915), 121p.

Cet extrait retranscrit une part de la discussion entre le fondé de pouvoir et Gregor Samsa (personnage principal) alors transformé en cancrelat. Une exclusion comme processus? Le travail ne fait-il pas parti des bases dudit processus? Ici l’incapacité de Gregor à aller travailler (pour cause de métamorphose, nous sommes bien loin de nos petites grippes!) est le déclencheur de sa propre décadence! Le grotesque de cette situation reste d’actualité: la part de chaque personne dans la production des richesses nationales devient prétexte à l’exclusion. Les romanichels en France ne souhaitent pas travailler (il semblerait que ce soit bien connu) alors pourquoi donc les intégrer? Les assistés sociaux ne seraient pas de « bons français ». Même le concept d’égalité des « chances » suit cette idée (l’état te donne la même chance que tout le monde, si tu ne travailles pas pour la saisir, alors tu mérites la misère! Ne faut-il pas une égalité tout court?). N’aurions-nous pas une exclusion des minorités par la masse qui commence avec une spéculation sur la rentabilité des individus?