Catégorie: Marginalité

Les autres lieux de la ville : La petite ceinture, antithèse de la ville au cœur de la ville.

 Notre questionnement sur les « autres lieux » nous a amené à nous intéresser à cet espace qui semble être quasi désert alors qu’il est au cœur de la métropole parisienne. En regardant vers ses origines et grâce au travail d’un jeune photographe parisien, nous proposons de voir comment cet espace a pu se constituer en une sorte d’antithèse de la ville.

La genèse d’un espace résiduel

Les origines de la petite ceinture remontent à la deuxième moitié du XIXe siècle. Le développement du chemin de fer, et en particulier des lignes radiales au départ de Paris entraine la multiplication des grandes gares terminales (St Lazare, Austerlitz…). Ces aménagements revenant à des compagnies privées, aucun plan d’ensemble n’est envisagé pour l’interconnexion des gares, si bien que la ville devient un point de rupture de charge, les voyageurs devant emprunter une voirie urbaine déjà bien encombrée pour transiter entre les dix terminus ferroviaires.

L’Etat décide alors la construction d’une ligne de chemin de fer ceinturant Paris à l’intérieur des boulevards des Maréchaux. En plus de relier les grandes gares entre elles, cette ligne a la vocation stratégique d’assurer l’approvisionnement des nouvelles fortifications construites à partir de 1841 (Enceinte de Thiers), aussi bien en hommes qu’en ravitaillement ou en armement. La construction de l’infrastructure débute en 1852 pour s’achever en 1869. Elle forme alors une boucle de trente-deux kilomètres de long.

La guerre franco-prussienne (1870) démontre l’intérêt de cette ligne (huit cent mille hommes de troupes transportés en six mois), mais aussi ses limites avec son manque de capacité, ce qui mènera à l’aménagement en périphérie de la Grande Ceinture en 1877.

Face à la concurrence croissante du métropolitain, le trafic voyageur décline et la ligne est désaffectée au trafic de voyageurs en 1934. Laissée en friche, elle est progressivement murée, grillagée, quand elle n’est pas tout simplement amputée d’une partie de ses voies ferrées. Seul vingt-trois des trente-deux kilomètres originels subsistent de nos jours.

Cet espace ne possède aujourd’hui plus aucune fonction propre. On pourrait à première vue penser qu’il est complètement déserté, inhospitalier. Pour autant, ceux qui l’arpentent ont pu constater le contraire.

Enquête sur les « inhabitants » de la petite ceinture

Nos recherches sur cet « espace résiduel » nous ont aiguillés vers le blog du jeune photographe BBKORP (http://bbkorp.com/category/urban-ghosts/) qui arpente depuis plusieurs années cette ancienne ligne.

Nous avons souhaité faire connaitre une enquête qu’il a réalisée et publiée en 2012 dans laquelle il s’intéresse aux « inhabitants » de ce lieu : http://bbkorp.com/2012/12/15/264/.

Arpentant un tronçon de la ligne situé entre la flèche d’or (XXe arrondissement) et Tolbiac (XIIIe arrondissement), le photographe nous fait remarquer la topographie particulière des lieux : tantôt creusée comme une faille dans la ville, tantôt surélevée pour franchir d’autres voies, la petite ceinture s’inscrit dans un rapport d’isolement net de l’urbanité qui l’entoure. Elle est parfois traversée par des ponts, mais toujours les pieds l’évitent, la contournent, comme si la ville l’avait refoulée.

L’accès y est difficile (comme nous avons pu nous en rendre compte lorsque nous nous sommes rendus sur le terrain). Grillages, barbelés, parpaings… la ville a déployé tous les moyens d’évitement dont elle dispose pour isoler cet espace. Pour autant, BBKORP remarque les tôles arrachées, les barbelés découpés, et nous laisse comprendre que cet espace est habité.

Son exploration le conduit jusqu’aux abris de fortune des SDF : tentes, cabanes en planches de bois aménagées sous les ponts. Cette zone se présente comme une « ville antithétique », dans le sens ou toute une population y vit –y survit- en faisant directement face aux conditions rigoureuses de l’environnement extérieur. L’architecture de ces lieux, qui a fait l’objet d’une réappropriation, est loin d’être humanitaire. Si bien que le photographe n’hésite pas à qualifier les habitants de ce lieu inhabitable par le terme « inhabitants ».

Le travail de BBKORP nous confirme la nature « d’autre lieu » de la petite ceinture, au sens Stalkerien du terme. Espace interstitiel, abandonné, imprégné de la mémoire de son passé ferroviaire, il peut aussi être vu comme le « négatif de la ville », la « face obscure de la ville » que Paris semble refouler. Un « négatif de la ville » à plus forte raison qu’il constitue une sorte de « ville antithétique » au cœur d’une métropole de dix millions d’habitants. Si La ville est sensée produire les conditions idéales pour abriter la vie (habitat), son négatif qu’elle renferme et qu’elle refoule héberge a contrario la vie dans les conditions les plus rudes.

Louise Deguine, Amaury Lefévère, Laurane Néron

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Le mouvement marginal: un guide pour la société?

Avant de définir la marginalité on avait tous en tête une image stéréotypée d’un être marginale: comme quelqu’un d’isolé, sans domicile et cela résultant d’une perte de statut sociale et donc d’une désintégration de la société.

Le film d‘Agnès Varda Sans toit ni loi nous a aiguillée et nous a permis de définir deux types de  marginalités: la marginalité subie, et la marginalité choisie: dans le filme Sans toit ni loi l’héroïne choisie de faire la route et de vivre sans attache, c’est une réponse à un désir personnel. Ainsi c’est quelqu’un qui s’affranchi des normes de la société.

Être artiste de Nathalie Heinich nous a permis de formuler une hypothèse comme quoi : « Il est possible de faire de l’anormalité une norme », ainsi certains courants marginaux à l’origine deviennent des phénomènes de modes puis des standards. Les artistes bohèmes du XIXe siècle par l’image qu’ils renvoient inspirent l’admiration et deviennent peu à peu moins marginaux jusqu’à définir l’archétype  de l’artiste actuel. Même phénomène avec le mouvement punk que la créatrice de mode Vivienne Weswood (punk elle-même) a popularisé. Les codes vestimentaires actuels portent l’héritage de ce mouvement marginal, qui se définissait par un look « extravagant ».

Dans Les glaneurs et la glaneuse Agnès Varda nous éclaire à nouveau sur la figure du marginal à travers le personnage de Hervé qui se revendique comme modèle à suivre en réponse à une société de consommation.

On pourrait aussi citer en exemple le mouvement Hobo qui inspira le mouvement Hippie plus répandu.

Puis on a tenté de rattacher cette définition au domaine de l’architecture et de l’urbanisme.  Des figures comme le facteur Cheval ou Jean-Pierre Reynaud qui construisent des œuvres issues d’un besoin personnel inspirent la fascination de la société qui reconnait ces être comme des artistes et leur œuvre devient alors un patrimoine. En urbanisme, le phénomène de gentrification, à l’origine prôné par certains individus devient aujourd’hui un objectif pour de nombreuses politiques de la ville.

Ainsi les mouvements marginaux ne sont-ils pas des guides pour la société? 

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

Les glaneurs et la glaneuse

Le titre de se documentaire réalisé et commenté par Agnès Varda traite, comme l’indique le nom, des glaneurs. Ils ramassent les produits après la récolte. Alors que dans le passé ces ramasseurs étaient majoritairement des femmes qui glanaient en groupe, de nos jours le glanage est mixte et plutôt solitaire. Parmi les nombreuses personnalités filmées dans ce reportage, interpelle particulièrement dans le rapport qu’ils entretiennent avec la marginalité.

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« Biffer » pour exercer son art

Hervé est un  « biffin », c’est-à-dire qu’ il va «  au devant des objets encombrant dont les gens se séparent ». Pour savoir où « biffer », il se sert du plan de ramassage des encombrants délivré par les communes. Initialement prévu pour informer les gens des jours où ils peuvent se débarrasser d’objets devenus gênant, Hervé lui s’informe des jours et lieux où il peut ramasser ses objets.

Il se déplace à vélo, plutôt de nuit, piochant de tas en tas, de village en village, selon ses coups de cœur.  Il ne peut prendre avec lui que ce qu’il arrive à transporter. La concurrence l’oblige à ne pas s’attarder lors de ses tournées. Les encombrants sont pour lui des cadeaux laissés dans les rues. Les décharges sont des réserves presque infinies de biens, et non des rebus de la société.

Il stocke toutes ses trouvailles dans un hangar. Avec les années et à force de coup de cœur, ce lieu déborde d’objets de tout genre, s’accumulant de tous les côtés, de façon anarchique. Mais tous ces objets ont leur place, car comme il le dit, ces objets «  l’ont appelés pour se retrouver là ».

Son activité de biffin est associée à son travail de peintre. Il utilise les choses récupérées et les recycle pour créer des œuvres d’art. Ces objets par leur première vie, sont riches de sens. C’est cette profondeur qu’il tente de transmettre avec ces œuvres.

Hervé met en avant un modèle, le modèle à suivre dans une société de consommation où jeter abusivement est devenu courant.

Ramasser en ville par éthique

Un homme (dont on ne connait le prénom) commence par un constat : qu’ils soient riches ou pauvres tout le monde jettent. Partant de cela, lui récupère et s’en nourrit exclusivement. Depuis 15 ans il mange les aliments trouvés dans les poubelles et dit fièrement qu’il n’en est jamais tombé malade.

Qui est cet homme ? Surement, un sans domicile fixe, sans travail, en marge de la société.

Et bien non, il travail, est salarié et a un numéro de sécurité sociale. Il ne ramasse pas dans les poubelles par nécessité et par extrême pauvreté mais par souci d’éthique. Il trouve scandaleux de voir tout ce gaspillage dans les rues. Les gens jettent beaucoup trop et s’il reste autant de choses dans nos poubelles les conséquences peuvent être terrible.

En effet les catastrophes, telle que le naufrage du pétrolier Erika, le 12 décembre 1999, au large de la Bretagne et transportant 30 884 tonnes de fioul lourd ont de graves conséquences. Cette catastrophe a souillé les côtes françaises sur 400 km et a provoqué la mort de 300 000 oiseaux. Ces oiseaux sont les victimes de la société de consommation et c’est pour ça que cet homme souhaite être un agitateur.

En signe de distinction, il se promène dans les rues avec des bottes en caoutchouc vertes. Cette tenue est nécessaire pour lui, pour évoluer dans ce terrain hostile qu’est la ville. Il se voit comme le Seigneur de cette ville de fous, où tous jettent inutilement et lui rafle la mise.

Ramasser en ville par nécessité

L’homme filmé (non nommé ici aussi), passe après les marchés, avant que le personnel chargé de tout nettoyer ne passe, et ramasse ce qu’il trouve. Il dit travailler mais gagne trop peu pour survivre.

Etant végétarien, il trouve tout ce qu’il lui faut après les marchés, il picore à gauche à droite, raisins, poires, oranges, pommes, etc. Chaque jours, il fait sa tournée. Dès 6-7h, il récupère le pain dans les poubelles des boulangeries, puis va faire les marchés.

Cet homme nous apprend qu’il est diplômé de biologie.  Ce qui explique le discours qu’il tien sur les apports nutritifs quotidien. En ramassant, il cherche et parvient à avoir chaque jour, les apports suffisants.

Nous le rencontrons ensuite au travail : à la sortie d’une gare, il vend des journaux. Ces revenus ne lui permettent pas de se loger. Ainsi il vit depuis 8 ans dans un foyer, avec 50% de personnes illettrés. Ce « marginal » cultivé et diplômé côtoie d’autres marginaux, aux caractéristiques différents. Depuis 6 ans, il enseigne aux immigrés qui le souhaitent la langue française, tous les soirs de 18h30 à 21h.

Il est diplômé et vend des journaux. Il ramasse du pain, des fruits et est enseignant. Il est en marge et au cœur même de la société.

Agnès Varda se présente au travers de ce film comme la glaneuse (celle du titre). Elle se promène au quatre coins de la France, la caméra à la main, pour glaner des histoires, des témoignages de marginaux et pour  nous les présenter.

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Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

La gentrification, ou comment un mode d’habitat à l’origine marginal et exclusif devient une mode et une priorité pour certaines politiques de la ville

Issu du terme anglais « gentry » signifiant la petite noblesse, l’expression est pour la première fois utilisée par la sociologue marxiste Ruth Glass, désignant de manière péjorative les nouvelles classes aisées qui réinvestissent le centre des villes anglaises et nord-américaines, territoires jusqu’alors habités par les classes sociales populaires.

La situation diffère en France où les centres ont toujours été les lieux prisés des classes élevées. Le processus de gentrification dans les grandes villes françaises s’effectue souvent dans une périphérie relativement centrale, c’est-à-dire proche des infrastructures et des équipements.

Du hobo au bobo

Le terme de bobo, désignant les gentrifiers, apparait pour la première fois dans les années 2000, dans l’essai d’un journaliste américain, David Brooks ; c’est à la fois un terme qui signifie le  bourgeois bohème, et qui fait écho au « hobo » dont certains rattachent l’origine épistémologique aux « homeless bohemia ».

Issus de la génération 60-70, les bobos sont à l’origine des individus diplômés issus d’une classe aisée. On peut les définir comme des marginaux dans la mesure où ce sont des gens qui s’affranchissent de leurs mœurs sociales et de leur héritage familial : Aux quartiers aisés et luxueux, ces derniers préfèrent des tissus faubouriens et populaires, dont ils revendiquent le cachet ethnique. Ils sont à la recherche de logements atypiques, hors normes et rénovent de ce fait de nombreuses anciennes usines, loft etc.

Le bobo aujourd’hui

Aujourd’hui le terme bobo a perdu de sons sens originel : Désormais, ces derniers désignent en grande partie une population moyenne-aisée privilégiant un habitat relativement épargnée par les spéculations immobilières : à Paris, on pourrait citer le quartier de Belleville comme exemple de quartier gentrifié. Les villes limitrophes de Pantin, Bagnolet et Montreuil peuvent aussi illustrer ce phénomène.

Désormais, au nom de la mixité sociale, la gentrification parait de plus en plus assumée en tant qu’objectif explicite des politiques urbaines. Toujours est-il que la revalorisation (architecturale et culturelle),  de quartiers augmente de ce fait leur foncier et provoque le déplacement de populations en difficulté vers des secteurs excentrés. Jadis, le quartier de Montmartre à Paris était un quartier populaire, un « village » dans Paris. Avec la migration d’artistes et l’apparition de nombreux commerces et lieux dédiés au  tourisme, la hausse pharamineuse des loyers, Montmartre est aujourd’hui un des lieux les plus touristiques de Paris.

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

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Raynaud, Comment l’architecture peut être générée par un acte de marginalité

Jean-Pierre Raynaud , artiste contemporain de renom notamment grâce à ses énormes pot de fleurs, a vécu une marginalité choisit.  Cette marginalité s’est exprimée par l’architecture et l’isolement qu’elle lui a procurée de par la création de sa maison et le besoins de pureté qu’il éprouvait pour son œuvre. Cette marginalité a suivit un processus en différentes étapes qui s’étalèrent sur 24 ans, elles marquent toujours une avancée dans la relation qu’entretient cet homme avec son domicile qui gagne une valeur spirituelle, voir presque d’être.

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1/ Refus des conventions et de l’ordinaire

En 1969 Jean Pierre Raynaud s’installe dans une maison banal à Saint Cloud qu’il a construit avec sa femme. Très vite  il s’aperçoit  que cette vie classique, normale n’est pas faite pour lui, elle ne lui convient pas!  Alors il y met un terme: il divorce et détruit alors le foyer construit avec sa femme. Il conserve la maison et cherche à s’en réapproprier l’espace.  

« J’ai voulu construire une maison, mais comme la maison de tout le monde, c’est-à-dire une maison pour habiter avec ma femme. (…) J’ai vécu quelques mois dans cette maison. C’était une expérience nouvelle pour moi, et là, j’ai compris que je ne pourrais jamais m’adapter à un lieu, entre guillemets normal. (…) J’ai senti qu’il fallait que je remette en question tout, une partie de mon existence en tout cas (…) J’ai commencé par divorcer, ça a été la première chose. Je me suis dit : « il faut déjà réapproprier le sens de mon corps, de ce que je suis. »

2/ Recherche de l’utopie d’un lieu idéal

Seul dans sa maison, Jean-Pierre Raynaud part à la recherche de l’esthétique d’un lieu idéal: comment peut-il se définir? Il y parvient avec l’architecture en recherchant la pureté d’un lieu. Il la met en œuvre grâce à la monochromie de surfaces recouvertes par un matériau unique et assez courant: le carreau de faïence blanc . Il devient alors omniprésent  dans l’espace et recouvre chaque m² de son habitation. La maison prend dés lors la dimension d’une  œuvre d’art avec la pureté qu’elle dégage, l’éclat blanc de la faïence redécoupé par les joints noirs qualifie l’espace.

 » Au bout d’un certain temps, je me suis aperçu que ça ne suffisait plus, qu’il y avait une sorte d’engrenage pour récupérer un peu cet espace, mon espace à moi et j’ai fait appel à un matériau qui était déjà dans mon travail depuis les années 62-63 : le carrelage. Ce carrelage, blanc, basique, quinze sur quinze est quelque chose, je crois, qui fait vraiment partie de notre mémoire collective, on ne s’en rend pas compte, mais c’est un matériau que tout le monde connaît au XXe siècle, que tout le monde a rencontré ou rencontrera dans sa vie, simplement pour un séjour dans un hôpital. Et je vais même aller plus loin, sans vouloir être obsédant, mais je suis allé jusqu’à la morgue pour vérifier également qu’il était employé dans ces lieux, comme ça, qui ont besoin d’être nettoyés. Alors, ce matériau, au lieu de me faire peur, au lieu de me raconter des histoires, et tout ça, je me suis mis à l’aimer, à avoir une intimité avec lui, et la plus grande intimité que je pouvais réaliser, c’était de vivre avec. (…) Je deviens fou, dans le sens stimulant du terme, et là, je comprends que je vais vers une architecture absolue…que ma vie va rentrer dans une autre définition. « 

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3/ Isolement: Ermitage dans un coffre fort

« Et j’ai fermé la maison : je me suis enfermé dans ce lieu. »

L’artiste reçoit couramment des visiteurs dans sa maison, mais un jour, le 1er septembre 1988, il décide d’être le seul à en franchir le seuil, cela va durer 6 ans! Il est important pour lui que seul son regard se pose et puisse suivre le parcours de la lumière du ciel sur l’espace carrelé. Son fantasme de lieu idéal s’accompagne du désir de protection des agressions du monde extérieur. La maison devient un véritable Bunker: le langage architecturale qu’emploie l’artiste pour désigner les parties de sa maison est un vocabulaire défensif « meurtrière », « crypte », « mirador ». La maison transformée en blockhaus est peinte en kaki, recouverte de filet de camouflage et protégée par des barbelés et des projecteurs mobiles. 

5/ Destruction

Enfin du 22 au 26 mars 1993 Jean Pierre Reynaud dirige les travaux de la démolition de sa maison, l’acte est d’une grande violence: il détruit à jamais le travail d’une vie, 24 ans, et la maison dans laquelle il a vécu reclus pendant tant d’années, dans laquelle il a été au bout de ses obsessions. Les gravas de la maison sont répartis dans 1000 containers  en acier, ils prennent la valeur de 1000 sculptures indépendantes, ils seront réunis une dernière fois dans la grande nef du CAPC d’art contemporain avant leur dispersion finale.

« Quand j’ai pris conscience, en 1988, qu’elle était réellement terminée, cela a été un choc terrible, comme l’aboutissement d’une recherche, la fin d’une vie. Je n’ai pas voulu accepter que ma relation avec elle prenne fin, aussi, durant quatre ans, j’ai réfléchi sur le sens de cette  » oeuvre  » qui m’échouait comme si je devais en être le gardien jusqu’à ma mort. J’ai réalisé qu’étant unique elle méritait plus d’audace et d’égard que cette architecture parfaite, figée qu’elle était devenue – ce qui est le propre des objets d’art -, il me fallait lui faire subir un sort exceptionnel, digne d’elle. Je décidai de la métamorphoser, de l’emporter ailleurs, de lui faire vivre une expérience absolue. Pour cela, elle devait se soumettre à une ultime transformation : la démolition. « 

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Cet acte architectural personnel et unique peut être vu comme un acte de folie, néanmoins on le considère comme une œuvre: on dit que cette maison c’est son plus grand chef d’œuvre, des livres, films racontent cette histoire. Ses gravas mis en scène son considérés comme des œuvres à part à entière. Ainsi cela vient-il d’une curiosité malsaine de la société pour un être marginal qui vit réellement sa folie? Ou son processus créatif autour de cette maison pendant toutes ses années prouvent le génie d’un artiste et ses obsessions?    

La maison de Jean Pierre Raynaud: Construction Destruction 1969-1993, Michelle Porte Broché, Editions du Regard (6 octobre 2011), Paris

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

Le palais idéal, fait d’un Marginal Majeur par son entreprise

La marginalité d’une personne peut se manifester par la production méticuleuse d’édifices étonnants alors que rien ne la destinait à cela. Cela crée des œuvres architecturales hors normes, qui ne prennent pas en compte les standards, ou ce qui a été fait mais adoptent un langage unique issue d’un processus de création personnel. Ces œuvres marquent un site et étonnent les personnes qui y sont confrontées. Des personnalités comme le facteur cheval, Niki de Saint Phalle ou Jean-Pierre Raynaud illustrent cette figure de la marginalité choisit par la création d’œuvre architecturale.

« Fils de paysan je veux vivre et mourir
pour prouver que dans ma catégorie
il y a aussi des hommes de génie
et d’énergie. Vingt-neuf ans je suis resté
facteur rural. Le travail fait ma gloire
et l’honneur mon seul bonheur ;
à présent voici mon étrange histoire.
Où le songe est devenu,
quarante ans après, une réalité. »

Ferdinand Cheval, mars 1905

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Une entreprise colossale, un seul homme

Ferdinand Cheval , dit le Facteur Cheval, est autodidacte, à partir de l’âge de 43 ans, il bâtit lui même l’impressionnant Palais Idéal à Hauterives dans la Drôme. Rien ne destinait ce facteur en milieu rural à devenir le bâtisseur et le sculpteur visionnaire que l’on reconnait en lui, il nait en 1936 dans une famille paysanne assez pauvre et ne fréquentera que très peu l’école. Il consacre pourtant 33 ans de son existence à façonner, nuit après nuit, son œuvre de stéréotomie.  Relevant d’aucun courant artistique, d’aucune technique architecturale, ce monument est l’illustration d’une architecture naïve et de l’art Brut. Son inspiration provient de son imagination et de l’interprétation qu’il fait d’architectures Asiatiques qu’il voit dans des revues.

Dans sa lettre de 1897, le Facteur Cheval relate à l’archiviste départementale les circonstances et les étapes de son travail.

«Un jour du mois d’avril 1879, en faisant ma tournée de facteur rural à un quart de lieue avant d’arriver à Tersanne. Je marchais vite, lorsque mon pied accrocha quelque chose qui m’envoya rouler quelques mètres plus loin. Je voulus en connaître la cause. Je fus très surpris de voir que j’avais fait sortir de terre une pierre à la forme si bizarre, à la fois si pittoresque que je regardais autour de moi. Je vis qu’elle n’était pas seule. Je la pris et l’enveloppait dans mon mouchoir de poche et je l’apportais soigneusement avec moi me promettant bien de profiter des moments que mon service me laisserait libre pour en faire provision.

A partir de ce moment, je n’eu plus de repos matin et soir. Je partais en chercher ; quelque fois je faisais 5 à 6 kilomètres et quand ma charge était faite je la portais sur mon dos. Je commençais à creuser un bassin dans lequel je me mis à sculpter avec du ciment toute espèce d’animaux. Ensuite avec mes pierres je commençais une cascade. Je mis deux années pour la construire. Une fois terminée, je me trouvais moi même émerveillé de mon travail. Critiqué par les gens du pays, mais encouragé par les visiteurs étrangers, je ne me décourageais pas. J’avais fait de nouvelles découvertes de pierres plus belles les unes que les autres, à Saint-Martin-d’août, à Treigneux, à Saint- Germain, espèce de petites boules rondes. Je me mis à l’oeuvre.

Je commençais une grotte et une seconde cascade de manière que ma grotte se trouve entre deux. C’est ce qui forme tout le milieu du monument. Je mis encore trois ans pour l’achever. Toujours de plus en plus enchanté de mon travail ; l’idée me vient ensuite qu’avec mes petites boules rondes que j’avais trouvées à St-Germain, à Treigneux, ainsi qu’à St-Martin-d’Août je pourrais me faire un tombeau dont le style serait seul au monde et me faire enterrer dans le rocher à la mode des rois pharaons et dont la forme serait Egyptienne. Je me mis à creuser la terre et dans la terre j’ai formé une espèce de rocher et dans ce rocher j’ai creusé des cercueils. Ces cercueils sont recouverts de dalles qu’on enlève à volonté, fermés eux-mêmes par une porte en pierre avec une seconde en fer.

Sur ce rocher souterrain, j’ai élevé le monument dont la largeur a douze pieds et la longueur quinze. Le monument est supporté par 8 murailles dont la forme des pierres est des plus pittoresque. Les façades du levant ainsi que celles du nord sont supportées chacune par 4 colonnes qui soutiennent les dentelures du monument. Au milieu, une jolie couronne de pierres faite avec des petites boules rondes.

Plus haut la grotte de la vierge Marie ; les 4 évangélistes dont 2 de chaque côté. Un calvaire avec des Anges soutenant des couronnes, ainsi que des pélerins. Plus haut une seconde couronne avec l’urne mortuaire, au dessus de l’urne, un petit Génie. Ce monument a plus de 30 pieds de hauteur. On arrive au sommet par un escalier tournant. J’ai encore travaillé 7 ans pour l’achever en y travaillant nuit et jour. En apportant mes pierres sur mon dos, quelque fois de 15 kilomètres, le plus souvent la nuit.

Toujours pour occuper mes moments de loisirs et pour faire la symétrie avec le reste du monument, j’ai voulu y ajouter un Temple Hindou dont l’intérieur est une véritable grotte et cette grotte en forme plusieurs petites et dans ces petites grottes j’y dépose des fossiles que je trouve dans la terre. L’entrée en est gardée par un groupe d’animaux tels que : ours, serpent boa, crocodile, lion, éléphant et autres animaux de ce genre toujours trouvés dans la terre ainsi que des troncs d’arbres.
De l’autre côté 3 géants et deux momies ; le tout égyptien, de même plus haut on y trouve 2 figuiers de barbarie, des palmiers, des oliviers et un aloès. On arrive au sommet de la tour par un escalier tournant. A l’entrée de cet escalier se trouvent 4 colonnes en formes barbaresques. J’ai encore mis quatre ans pour construire ce temple Hindou.

Toujours avec le même courage et la persévérance voilà 2 ans que j’ai commencé une galerie du côté couchant avec des hécatombes de chaque côté de 12 pieds carrés qui communiquent soit avec le Temple hindou ou avec le tombeau. En dessus des hécatombes et de la galerie se trouve une terrasse très vaste d’une longueur de 22 mètres. On y arrive aussi par des escaliers à la seule fin que les visiteurs puissent dominer tout le monument à leur aise.

Les touristes sont venus cette année en grand nombre, beaucoup plus que les années précédentes et tous partent de chez moi émerveillés de mon monument ; ils admirent surtout le travail et la persévérance que j’ai apporté à cet ensemble merveilleux qui s’appellera, je l’espère : Seul au Monde.
Voilà dix huit ans que je travaille et il me faut encore deux ans pour achever l’intérieur et l’extérieur de mon rêve qui aura duré 20 ans. J’ai commencé ce travail gigantesque à l’âge de 43 ans. Je n’ai pas servi le gouvernement comme soldat mais je l’ai servi près de trente ans comme facteur des postes.

Comme il faut que je donne un nom à mon travail, je vous prie, Monsieur de lui donner vous-même un nom d’ensemble ou détaillé comme vous le jugerez à propos. Vous êtes à même de le trouver mieux que personne. Je tiens à vous renouveler que les frais occasionnés par la correspondance ou autres seront tous à ma charge. Je vous serais bien obligé de me les faire connaître. Trop heureux que vous vouliez bien consentir à m’adresser une petite biographie dont je garderai pour vous une sincère reconnaissance pour toute la peine que vous aurez prise pour moi.

Veuillez recevoir Monsieur Lacroix, l’expression de mon profond respectueux. Votre très humble serviteur»

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

Vivienne Westwood, grande dame du mouvement punk.

Comment un style marginal est devenu une tendance aujourd’hui ?

Le mouvement punk naît de la crise des années 1970 en Angleterre, il exprime un anticonformisme et un refus de l’ordre établi à travers un mode vestimentaire.

En effet, devant la misère du peuple, des groupes de jeunes expriment leur refus de cette société injuste. L’heure est aux créations marginales. Les morceaux lacérés côtoient les accessoires et ornements faits à la main à partir de matériaux industriels. Le mot d’ordre? Do it yourself ! On ajoute des clous, des épingles à couches et du fil de fer aux vêtements.

Ce mouvement est porté par une créatrice, Vivienne Westwood. L’identité punk est modelée par ses modèles.

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Who’s Vivienne Westwood ?

Surnommée « Notre-Dame des punks », « l’extravagante miss Westwood » ou encore « drôle de dame », Vivienne Westwood est une créatrice d’une mode audacieuse, militante et anticonformiste.

Elle apparaît avec des minijupes de cuir enroulées de chaines et de cadenas, des tee-shirts troués, des filets à moitié arrachés, des talons aiguilles, des bas en vinyles et des cheveux blonds platinés hérissés.

« On délavait les tissus dans la baignoire. On tirait dessus. On les javellisait. »

Longtemps insulaire et plus que marginale, aujourd’hui elle est considérée comme la reine de la mode à Londres.

Punk is not dead !

L’héritage punk s’est aujourd’hui imprégné dans la haute-couture et le prêt-à-porter. On ne peut passer à côté de la popularité du short jeans effiloché qui accompagne maintenant les plus élégants vestons. On observe par exemple un retour des fameux studs qui ornent les talons des chaussures et les épaulettes des robes. En plus d’être l’objet vedette de certains vêtements, on peut les porter comme bijoux pour un look rebelle.

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Utilisation normalisée des « studs »

La coiffure culte du mouvement punk, le mohawk, se porte maintenant selon le niveau de tolérance au changement. Si certaines optent carrément pour le rasage, d’autres préfèrent la queue-de-cheval-mohawk, qui recrée l’effet. Pour les demoiselles qui portent leurs cheveux crépus ou frisés au naturel, embrassez vos origines et votre côté rebelle avec l’afrohawk. On opte pour des tresses collées le long de la tête et on laisse aller les frisous vers le ciel.

Image                                                                                                   La coiffure culte du mouvement punk le « mohawk »

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR