Catégorie: Autre

Maman, les p’tits bateaux qui vont sur l’eau…

Marginalité et/ou exclusion volontaire – paradoxes

bateliers-blocus-denisgrèves des bateliers sur le canal de la Deûle

Les bateliers (profession que l’on oublie aujourd’hui) faisaient parler d’eux en 2010 en bloquant la Seine, la Deûle près de Lille…, protestant ainsi contre leur précarisation dans l’indifférence générale.

Article libération : http://www.liberation.fr/economie/2010/05/05/contre-la-loi-de-la-jungle-les-bateliers-bloquent-la-seine_624403

Progressivement les notions d’individualisme, d’entre-soi, et d’exclusion sociale se font écho. De l’habitat pavillonnaire aux gated-communities, il n’y a qu’un pas, certaines cités pavillonnaires se replient de plus en plus sur elle-mêmes jusqu’à dresser des barricades et ériger des caméras de surveillance devant alors gated-community. C’est la notion d’entre-soi qui est au coeur du phénomène d’exclusion volontaire.

Essayons de regarder cette question d’entre-soi selon un autre angle; prenons le cas des bateliers.
Progressivement au cours de l’histoire la profession des bateliers à beaucoup évoluée, leur nombre à beaucoup diminué reduisant par conséquent la vivacité de leur «confrérie». Peu considérés, souvent oubliés, les bateliers semblent à la marge de la société.

En effet, le mode de vie des bateliers est caractérisé par une itinérance le long des fleuves et peu de halte sur la terre ferme, engendrant une pratique de l’espace et des liens sociaux particuliers. On peut dire qu’ils occupent et parcourent des espaces en marge de la vie urbaine mais sont pourtant intimement liés à la ville de part le lien marchand et logistique entre la ville et son fleuve. Ils ne s’approprient pas les espaces qu’ils traversent, ils n’en sont pas habitants, aucune adresse fixe, un seul domicile flottant, leur péniche, leur embarcation, un peu leur pavillon à eux.

La pratique de leur métier a énormément évoluée, ils doivent comme de nombreux autres artisans acheter leur outil de travail et de production. Leur maison c’est leur outil de production, c’est par le travail, la multiplication des trajets qu’ils vont pouvoir rentabiliser leur investissement. Un lien très fort se tisse alors avec leur embarcation. Le batelier l’habite en général avec sa famille et leur destin est forcément lié à la péniche. Cet «entre-soi» familial est alors très fort, conséquence directe des nécessités de la profession batelière.

Peut-on parler d’exclusion volontaire ?

Par passion, par choix d’une profession, par destin familial, les mariniers bateliers sont nomades, déterritorialisés par conséquent en marge de la société. Ces marginaux vus de la terre ferme semble s’être exclus de la société. La situation batelière questionne la place laissée par les sociétés urbaines aux populations itinérantes, et aux espaces marginaux qu’elles pratiquent. Pourtant le batelier et sa péniche comme son pavillon isolé renvoie drôlement à l’utopie libérale de la recherche de propriété. Qui est alors le plus isolé, le plus marginal, celui qui c’est le plus exclu volontairement : le batelier sur le fleuve où l’habitant de l’étalement urbain pavillonnaire ?

documentaire sur les Femmes Bateliers et leur famille

Référence : article très complet de Charlotte Paul et Nicolas Raimbault sur «espace temps» [En Ligne]
http://www.espacestemps.net/articles/habiter-le-fleuve-la-flurbanite-des-bateliers-du-bassin-de-la-seine/

Alix Sportich, Solange Montigny, Thomas Havet, Marion Prévoteau

Avec ou sans la carte scolaire ?

Ceci, c’est ce qui se passe ! A Paris ou ailleurs. Et là (http://www.youtube.com/watch?v=jxKKU3g2iXg), c’est « un outil formidable de mixité sociale et de rapprochement des élèves »

La carte scolaire, c’est ce qui, depuis les années 60, répartit les élèves dans les différents établissments en fonction de la capacité d’accueil et de la situation géographique. Peut à peu, ce système purement « utile » est devenu un outil de mixité social. En dirigeant les élèves vers tel ou tel établissement, on essayait, principalement dans les agglomérations, de mélanger l’origine sociale. Mais depuis les années 2000, de nombreuses personnes se sont levées contre ce mode de fonctionnement, arguant que, confiner les élèves dans un établissement donnée favorisait le phénomène de ghetto des quartiers les plus difficiles.

Une des premières mesures a été d’accorder une dérogation à la carte scolaire pour les élèves de ZEP ayant eu une mention au brevet. Mais cette « fuite » des bon élèves n’a fait que renforcer l’image négative des « mauvais lycées ». Et même si, sur le papier, la carte est « assouplie » depuis 2007, ce ne sont en fait qu’une dizaine de dérogations qui sont possibles, et des centaines de « fraude » à la carte scolaire chaque année.

A l’image de ces parents qui n’hésitent pas à s’endetter pour une fausse adresse, jusqu’où peut on aller pour une école ? L’infra exclusion passe-t-elle par là ? Doit on mettre les enfants dans des classes d’élèves « comme eux » (éducation, niveau scolaire) pour qu’ils reussissent ? Les politiques parlent de la ghettoïsation des quartiers pauvres, mais qu’en est-il des quartiers riches ? Comme cet homme dans le reportage, est-ce une exclusion volontaire et sécuritaire face au système en place ?

Dans son ouvrage  » L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire », Marco Oberti observe deux communes politiquement et socialement opposées ‘Rueil-Malmaison et Nanterre) et met en avant la reflexion des parents dès le choix du quartier lors de l’installation.

« Trois logiques différentes, qui s’inspirent du modèle de la sociologie de l’expérience de François Dubet, apparaissent à partir de ces interviews : des logiques de protection, de performance, et de retrait. La logique de protection relève, non d’une stratégie mais d’une véritable logique d’intégration. Certains enquêtés appartenant aux classes moyennes ne se déclarent pas en effet opposés à la mixité sociale, excepté dans le cas où les ségrégations sociales et ethno-raciales leur semblent préjudiciables à l’épanouissement de leur enfant. »

Lorsque ce n’est pas un système (rigide) qui crée une exclusion des classes les plus pauvres, c’est un assouplissement qui permet aux plus aisés de s’auto exclure.

Références

http://www.youtube.com/watch?v=jxKKU3g2iXg Enjeux de campagne 2002 la carte scolaire

http://www.paris.fr/pratique/education-cours-pour-adultes/colleges-lycees/sectorisation-de-quel-college-depend-votre-enfant/rub_120_stand_20290_port_4217
Sectorisation de l’enseignement secondaire à Paris

http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/pages/dossierlacartescolaireendebat.aspx Réflexions sur la carte scolaire

Séverine Chauvel, « Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2008, mis en ligne le 01 février 2008

Marco Oberti, L’école dans la ville. Ségrégation – mixité – carte scolaire, Presses de Sciences Po, coll. « Sociétés en mouvement », 2007, 299 p

Alix Sportich, Solange Montigny, Thomas Havet, Marion Prévoteau

Le mouvement marginal: un guide pour la société?

Avant de définir la marginalité on avait tous en tête une image stéréotypée d’un être marginale: comme quelqu’un d’isolé, sans domicile et cela résultant d’une perte de statut sociale et donc d’une désintégration de la société.

Le film d‘Agnès Varda Sans toit ni loi nous a aiguillée et nous a permis de définir deux types de  marginalités: la marginalité subie, et la marginalité choisie: dans le filme Sans toit ni loi l’héroïne choisie de faire la route et de vivre sans attache, c’est une réponse à un désir personnel. Ainsi c’est quelqu’un qui s’affranchi des normes de la société.

Être artiste de Nathalie Heinich nous a permis de formuler une hypothèse comme quoi : « Il est possible de faire de l’anormalité une norme », ainsi certains courants marginaux à l’origine deviennent des phénomènes de modes puis des standards. Les artistes bohèmes du XIXe siècle par l’image qu’ils renvoient inspirent l’admiration et deviennent peu à peu moins marginaux jusqu’à définir l’archétype  de l’artiste actuel. Même phénomène avec le mouvement punk que la créatrice de mode Vivienne Weswood (punk elle-même) a popularisé. Les codes vestimentaires actuels portent l’héritage de ce mouvement marginal, qui se définissait par un look « extravagant ».

Dans Les glaneurs et la glaneuse Agnès Varda nous éclaire à nouveau sur la figure du marginal à travers le personnage de Hervé qui se revendique comme modèle à suivre en réponse à une société de consommation.

On pourrait aussi citer en exemple le mouvement Hobo qui inspira le mouvement Hippie plus répandu.

Puis on a tenté de rattacher cette définition au domaine de l’architecture et de l’urbanisme.  Des figures comme le facteur Cheval ou Jean-Pierre Reynaud qui construisent des œuvres issues d’un besoin personnel inspirent la fascination de la société qui reconnait ces être comme des artistes et leur œuvre devient alors un patrimoine. En urbanisme, le phénomène de gentrification, à l’origine prôné par certains individus devient aujourd’hui un objectif pour de nombreuses politiques de la ville.

Ainsi les mouvements marginaux ne sont-ils pas des guides pour la société? 

Esther ADEQUIN, Emilie BERTHELOT, Julien DENIS, Sarah VASSEUR

L’individualisme comme processus de l’exclusion : l’exemple de l’habitat pavillonnaire.

Depuis plus d’un siècle, les Français développent un intérêt grandissant pour l’habitat individuel. La forme privilégiée est celle du pavillon. Ce dernier représente à la fois une forme architecturale mais aussi un mode de vie.
Le pavillon est donc une construction individuelle, bénéficiant d’un recul par rapport à la voirie, d’un jardin à l’avant du bâtiment, d’un terrain important à l’arrière et surtout (SURTOUT) le pavillon répond à la contrainte de la mitoyenneté : pas de vis à vis, pas ou peu de proximité avec ses voisins. La cellule habitée apparaît alors protégée.

La création des villes nouvelles en France, à la fin des années 60 (Melun Sénart, Marne La Vallée, …) a vraiment contribué à ce que la forme pavillonnaire soit définitivement marquée par l’individualisme. La zone pavillonnaire, appelée lotissement (parce que c’est plus joli) incarne un idéal fondé sur l’hygiène, la sécurité, le culte de la marchandise et de la propriété privée. Le pavillon fait donc preuve d’un désir et d’un besoin d’identification, d’affirmation de soi.

L’individualisme que représente alors ce mode de vie, autant formellement que psychologiquement, nous avons choisis, dans cet article, de le voir comme un processus conduisant à l’exclusion :

1 – « J’habite en ville mais je souhaite être propriétaire » : la première étape relève plutôt d’une envie, d’une pensée.
2 – « Je décide de quitter la ville pour un endroit moins dense où prendra place mon chez moi, ma propre maison » : la deuxième étape consiste à chercher un lieu où l’on pourra être le plus tranquille possible, hors du centre ville évidemment.
3 – « Je fais construire un pavillon car il correspond à la forme architecturale que je recherche : du calme, de l’espace, pas de mitoyenneté » : la troisième étape consiste donc à mettre en forme la pensée individualiste de la première étape.
4 – « Mon désir d’individualité me conduit à m’exclure, à exclure ma famille des autres et d’une vie sociale constituée de rencontres » : la quatrième étape est donc finalement le résultat de tout ce processus.

Cette exclusion volontaire que représente le pavillon enferme finalement l’imaginaire, accentue le repli sur soi et appauvrit la vie sociale. L’expression d’une relation à l’autre ne se réduit-elle pas finalement au désir mimétique de posséder les mêmes signes de la relation individuelle, ici le pavillon ?

En choisissant un mode d’habitat individuel mais que tout le monde convoite et possède, ne contribuons nous pas à créer une société paradoxale à la fois marquée la volonté d’individualisme et donc d’exclusion mais également un monde où tout le monde détient la même chose …

– Pour aller plus loin :
“Suburbia, une utopie libérale” – Jean Taricat – Paris, éditions de la Villette, 2013 – 160 p.
« Le cauchemar pavillonnaire » – Jean Luc Debry – Paris, éditions l’Échapée, 2012 – 133 p.

Thomas Havet – Solange Montigny – Marion Prévoteau – Alix Sportich

Synthèse : le conditionnement et son impact sur le comportement des individus

Ces recherches sur le conditionnement et son impact sur le comportement des individus, nous  amènent à formuler des hypothèses quant aux conséquences sur les interactions sociales.

Hypothèse 1 : amalgame ?

Après nos recherches, il nous parait évident que le conditionnement est un phénomène indépendant de notre volonté. Les individus soumis à une phase de conditionnement n’en sont pas conscients. Nous pourrions dire qu’ils la subissent. Si nous prenons le cas de la jeunesse hitlérienne, dès l’école, les idées nazies leur étaient inculqués. Toutes activités renforcent leur modelage selon les normes imposées par Hitler. Leur conditionnement est facilité par leur jeune âge. En effet, les enfants se construisent et fabriquent leur monde sur l’idéologie du nazisme. De plus, les béhavioristes parlaient «d’apprentissage». On peut alors se demander si le choix de ce terme était un moyen pour ces théoriciens de faire accepter au sein de la communauté scientifique ou des institutions gouvernementales, leur idéologie. Selon la définition du CNTRL, l’apprentissage appartient au domaine de l’enseignement ou de la formation. C’est l’action d’apprendre un métier en particulier formation professionnelle organisée permettant d’acquérir une qualification pour un métier. En psychologie, en parlant d’une personne, d’un enfant ou même d’un animal, modification adaptative du comportement au cours d’épreuves répétées. 

Il aurait alors un amalgame entre la notion d’apprentissage et celle du conditionnement. Ou, l’apprentissage serait une sorte de conditionnement nuancé ou plus acceptable pour garantir une vie en société.

Hypothèse 2 : Conditionnement et Société

Le conditionnement de l’individu serait au service de la société et non la société au service de l ‘individu. La dystopie Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley traite la question du conditionnement comme la base d’une société stable. L’assurance d’une société pérenne et harmonieuse et d’un système économique prospère basé sur la consommation sont donc leur fin, leur raison de vivre, cela au détriment des libertés et de l’intégrité de chacun. L’individu est déshumanisé, il n’éprouve plus de réels sentiments, il est reformaté tel un ordinateur, il se présente plus comme une machine que comme un être humain.

Dans Orange mécanique, le personnage d’Alex devient un objet d’intérêt pour la société en devenant cobaye d’expériences destinées à soigner par conditionnement les individus au comportement déviant. Aussi les jeunesses hitlériennes étaient, à la base,destinées à devenir des futurs surhommes « aryens » et des soldats prêts à servir le 3° Reich. Enfin, nous pouvons citer comme ultime exemple de l’asservissement de l’individu à une société perverse le film The Truman Show de Peter Weir (1998). Contrairement aux exemples précédents, nous ne sommes plus dans le cas d’une majorité au service d’une minorité dirigeante, mais dans le cas inverse. La vie et la conscience d’un homme a été assujetti au divertissement de toute une société. Pour une émission de téléréalité, un homme, Truman Burbank, a été élevé et continu à vivre dans un monde de décor ou tout, jusqu’au moindre détail de sa vie, a été scénarisé. Cela bien sur à son insu. Il a été complètement conditionné dans ce décor de cinéma depuis sa naissance. Un exemple fort de ce conditionnement est la mise en scène de la « fausse disparition » de son « faux père » par noyade. Traumatisé depuis par la mer, il n’a jamais essayé d’aller au-delà, où se trouve en fait la sortie du studio.

Mais à travers tous ces exemples, le processus de conditionnement a présenté ses limites, et notamment les failles de l’utopie lorsqu’elle est appliquée et est mise à l’épreuve de la nature humaine. Cet échec renvoie à la quête inévitable de la vérité et de la liberté chez l’être humain.L’ évènement libérateur est le retour de l’individu à sa propre nature. Dans Le meilleur des mondes, John Le Sauvage n’arrivant pas à s’adapter et à comprendre cette société complètement aliénée se retrouve piégé par ses pulsions et ses sentiments d’être humain. Devant une telle frustration, il fini par se libérer de ce profond mal-être par le suicide. Les deux autres personnages principaux, Bernard Marx et Helmholtz Watson, dont le conditionnement n’a pas totalement réussi, sont quant à eux, envoyés en exil, sur une île devenue le repaire d’érudits dont la conscience échappe à la société. Il s’agit donc pour eux d’une certaine libération. Orange Mécanique traite également des deux moyens possibles de libération, le suicide ayant échoué, Alex revient à sa nature d’homme violant, il n’a donc pas été guéri ou alors il est guéri de son conditionnement. Enfin, la quête de vérité étant plus forte que son conditionnement, Truman décide de prendre le risque de découvrir une vie plus difficile au nom de la liberté. Il décide donc de se confronter au monde extérieur et retrouve sa vraie conscience et sa vraie nature d’être humain qui lui avait été enlevé depuis sa naissance.

Hypothèse 3 : Conditionnement et marginalité

Partons du postulat que le conditionnement est indissociable du vivre en société et que l’homme ne nait pas conditionné mais le devient au fur et à mesure qu’il fait son entrée dans le monde civilisé.  

Dans le meilleur des mondes de Aldous Huxley, les deux personnages Bernard Marx et Helmholtz Watson sont en marge de ce monde parfait. Bernard Marx fait partie de l’élite, pourtant il n’en a pas le physique. Il se pose alors des questions. Son conditionnement échoue. Il est envoyé sur une des îles réservées aux exclus. Helmholtz Watson lui aussi faisant partie de l’élite, a une intelligence et une conscience particulièrement développée. Scientifique, il se pose des questions et remet en cause le système. A son tour, il est envoyé sur une autre île. A travers son personnage, Aldous Huxley se moque du béhavioriste John Watson qui soutenait que le conditionnement pourrait être thérapeutique et utile pour l’édification d’une société meilleure.

Ensuite parlons des tenues vestimentaires décalées d’une certaine jeunesse nippone. Les concours sélectifs pour rentrer dans le monde des études supérieures, font que dès leur enfance, ils doivent suivre des schémas pré-établis. Leur tenue vestimentaire excentrique ne serait-elle pas un moyen de s’exprimer en tant qu’individu sans être influencé par les attentes de leur société ?

De plus, la culture punk rejette la société et ses valeurs. Ce mouvement aux tenus et musiques décalées s’opposerait au système pour réclamer une totale liberté de pensée et d’expression. Ils rejettent l’apprentissage ou le conditionnement de la société dans laquelle ils vivent, prenant ainsi le statut d’exclu de la société, ou le statut d’individu en marge du système.

On pourrait alors rapprocher le rejet du conditionnement avec le rejet de la société.

Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse

Le comportement de l’individu induit dans la vie quotidienne

Nous avons vu précédemment que le conditionnement pouvait être un outil de contrôle pour les régimes totalitaires ou la mise en place d’idéologies utopiques. Dans ce dernier cas il s’agit d’un conditionnement au service d’une volonté forte de puissance et de stabilité.Le conditionnement s’observe au cours de notre quotidien, le plus insignifiant soit-il. En effet, notre pensée est façonnée et induite par notre appartenance socio-culturelle. Notre manière de vivre est profondément assujettie à des réflexes et à des acquis, assimilés au cours des générations.

 Pensée hygiéniste et les normes en architecture

Les principes hygiénistes issues du XIX° siècles en réaction aux problèmes d’insalubrité ont également eut un impact majeur sur les typologies d’habitat, dont certaines normes en gardent encore les traces. Un des aspects de cette idéologie, s’intéressant principalement aux classes les plus pauvres, est de socialiser l’individu par l’éducation. Cette éducation passe par l’Hygiène et la propreté. L’hygiénisme sous-tend une dimension programmatique. Le logement, d’après Monique Eleb, « est considéré par les possédants et les décideurs, comme l’outil éducatif par excellence » (L’invention de l’habitation moderne, Paris 1880-1914). Ainsi, la présence d’équipements de propreté donnerait conscience à l’homme de la façon dont il traite son corps et lui permettrait d’accéder au respect. Ces idées ont été le support expérimental de typologies de logements ouvriers, tel la tripartition de l’immeuble du boulevard Bessières des frères Feine (….), dont le plan présente les W.C., le vidoir et les postes d’eau regroupés dans un appendice technique, ouvert sur un balcon-dégagement et extérieur aux logements pour mieux isoler les activités salissantes de la salle commune. Les auteurs des traités d’hygiène ont également incité les architectes à adopter des implantations salubres du logement, cela par des préoccupations liées à l’ensoleillement, l’orientation des pièces en fonction de leur destination et la ventilation naturelle.

Autour de la notion de salubrité s’établissent des normes afin de contrôler les pratiques. Ainsi, des minima pour le volume des pièces sont fixés, où encore, on limite les dimensions des cabinets de toilette (à 1,25m x 1,8m) « en vue d’empêcher la transformation ultérieure des locaux accessoires en logements de nuit nécessairement insalubre ».

Les programmes des Habitations à Bon Marché (H.B.M) ont également fait l’objet des premières règles portant sur le volume et l’implantation de l’immeuble. L’hygiène étant une loi inconditionnelle, ces règles prévoient de remplacer les courettes par un élargissement des cours devenant des rues intérieures avec des jardins, afin d’améliorer l’aération et la pénétration de la lumière.

Enfin, l’instauration de normes d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite (PMR) a nécessité la réadaptation des typologies d’habitat. Ces normes tendent à intégrer un progrès social dans les mœurs et dans la vie quotidienne. Il s’agit de ne tolérer aucune ségrégation entre les personnes valides er les personnes handicapées, en partant du principe que le projet doit être adapté à tous les usagers.

Certaines typologies ont donc émergées et d’autres tendent à disparaitre, comme par exemple les appartements en duplex plus onéreux au niveau de l’accessibilité.

Les problématiques sociales, appuyées par des avancées techniques majeures, comme les salles de bain et de l’eau courante dans les logements, ont donc considérablement influencé les pratiques et idéaux, allant même jusqu’à instaurer des normes au sein de l’habitation. Ces normes, dont certaines sont encore d’actualité, sont ainsi peu à peu devenues des habitudes profondément ancrées dans notre société.

L’obsolescence programmée

Ce phénomène a induit un comportement de surconsommation, pour la stabilité du système économique. Bien que les faits soient différents, on constate une certaine similitude avec la manière de stabiliser le système économique dans Le meilleur des mondes d’ Aldous Huxley. Dans cet ouvrage, l’individu est conditionné à ne pas apprécier la nature. De cette façon, il est amené à choisir des activités plus coûteuses, nécessitant une consommation plus importante. Le système économique est donc assuré.

Avec l’obsolescence programmée, la méthode est différente mais le but reste le même : susciter le besoin de consommer. Au début du 20ème siècle, le matériel et les outils de la vie quotidienne étant toujours plus performants, le besoin de les renouveler diminua. Aussi pour répondre au besoin de croissance économique, à partir des années 1920, les industriels demandèrent aux ingénieurs de revoir la composition des produits afin diminuer leur performance sur le long terme. Pour contrebalancer ces défauts volontaires, on en est arrivé à proposer des objets de plus en plus équipés, pour susciter également chez le consommateur l’envie de changer et de toujours racheter. De cette façon, la sensation de frustration du consommateur est camouflée par l’envie de toujours plus. L’enseigne Apple est un exemple de ce procédé  très présent dans notre quotidien, où tout est anticipé pour susciter le désir de consommation. Cela en partant d’une simple batterie inéchangeable sur un Ipod jusqu’à la commercialisation d’un produit en fait obsolète, le suivant étant déjà programmé.

Pour aller plus loin voici un reportage d’Arte : ARTE+7 – Prêt à jeter Obsolescence programmé

Ces phénomènes sont profondément ancrés dans notre inconscient, que se soit dans l’intérêt d’un système économique ou à travers des habitudes héritées d’anciennes normes tels que les normes hygiénistes.

Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse

Le conditionnement : outil de contrôle des individus au sein de la société

Précédemment dans l’article Orange Mécanique ou l’expérience du Behaviorisme, nous nous sommes interrogées sur les possibles illustrations d’une application de certaines idéologies des behavioristes. Rappelons nous ce que Skinner avait dit : «le conditionnement opérant est la clef d’une société idéale», ce qui nous a amené à comparer ses propos, aux idéologies totalitaires et l’application des utopies.

Régimes totalitaires

Définition : (Rey Alain, Dictionnaire Historique de la langue française)

L’adjectif totalitaire (1927) qui s’est répandu à la fin des années 30 pour qualifier les régimes et mouvements autoritaires nés au cours de la décennie précédente (d’abord le fascisme italien). (…) La valeur politique est de loin la plus usuelle ; c’est elle qui suscite plusieurs dérivés et composés, notamment le dérivé totalitarisme (1936, J.Maritain), passé dans l’usage courant après 1945, et souvent pris comme synonyme soit de « dictature », soit d’ « autoritarisme ». Véritable symbole du contrôle et de la mobilisation des masses.Parmi les méthodes employées par des régimes certaines renvoient très clairement au conditionnement.

Le contrôle de la jeunesse :

L’instauration des jeunesses Hitlériennes (Hitlerjugend) dans l’Allemagne Nazie est un exemple de contrôle et de façonnage de la pensée de l’individu, destiné à devenir un futur surhomme « aryen » et le soldat prêt à servir le 3° Reich. Cela notamment par l’endoctrinement antisémite et l’embrigadement obligatoire d’après la loi du 1er décembre 1936.

« Cette jeunesse doit apprendre uniquement à penser allemand et à agir en allemand . (…) Et, si (…) ils ne sont pas encore devenus de vrais nationaux – socialistes, alors nous les soumettrons au service du travail obligatoire afin qu’ ils soient en six ou sept mois remodelés à l’ enseigne d’ un unique symbole, la bêche allemande . Et si après six ou sept mois subsiste çà et là un peu de conscience de groupe, I’ armée aura pour mission de la traiter durant deux autres années . Ainsi quand, après deux, trois ou quatre ans ils en sortiront, ils rentreront immédiatement dans la S.A ou la S.S., car nous n’ avons en aucun cas de récidive, ainsi ils ne seront jamais libres pour toute leur vie . » A. Hitler. Discours de Reichenberg, 2 Décembre 1938.

Les propos de Benito Mussolini témoignent également de cet embrigadement moral et social, « Je prends l’homme au berceau et je ne le rends au pape qu’après sa mort »

Voici un court-métrage ironique des studios Walt Disney sorti en 1943, dénonçant le conditionnement des jeunesses Hitlériennes. Cette vidéo est en elle-même est un message de propagande à l’intention du public américain.

Education for Death (Éducation à la Mort)

le contrôle du quotidien et des espaces publics – urbanisme du quotidien

Que ce soit les régimes totalitaires communistes, fascistes ou le nazisme, leur idéologie consiste notamment à organiser le quotidien des Individus, dans le but de façonner « l’homme nouveau ». Pour cela, l’aménagement des espaces publics est devenu un outil de contrôle de la société.

La partie de l’ouvrage L’Architecture des régimes totalitaires face à la démocratisation (dirigé par Ioana Iosa) intitulée « L’urbanisme quotidien face au totalitarisme » de Véronique germain, montre le potentiel endoctrinant des espaces publics par les régimes totalitaires. Ces espaces sont devenus des lieux où la mémoire et la pensée sont modelées (notamment avec l’importance de la propagande) mais aussi permettant d’induire de nouvelles pratiques comportementales ( comme par exemple de larges avenues linéaires permettent de mieux mater et contrôler les masses). Jean-Marie Le Breton, ambassadeur de France en Roumanie sous l’époque de Ceausescu, à écrit à propos de ce dernier « Influencé par les philosophes et architectes français de la fin du XVIII°s et du début du XIX°s comme Ledoux (…) il s’agissait de créer un homme nouveau, l’homme communiste (…) voulait transformer les mentalités par une modification de l’environnement, fabriquer du prolétaire par le conditionnement des modes de vie ».

Dans le cas du contrôle d’une communauté pour imposer une idéologie sociale, on  constate certaines similitudes entre l’application du totalitarisme et d’une utopie.

Le Familistère de Guise de Godin

Il s’agit de l’application de l’utopie de Phalanstère de Fournier où les ouvriers vivent en communauté, dans un micro-système. Son concepteur, Godin, y voyait des vertus éducatrices. L’idée est que l’environnement conditionne le développement de l’individu. Les valeurs fondatrices étaient donc l’éducation, l’hygiène, l’égalité et l’ordre. Les usagers logeaient tous dans des habitats identiques, assez luxueux pour l’époque car ils disposaient de l’eau courante. L’éducation se faisait par une sensibilisation à l’hygiène mais aussi par la présence d’une école pour les enfants.

Mais si cette forme de conditionnement des individus par un environnement propice à l’épanouissement part d’une certaine bien vaillance de son concepteur, le modèle présente des limites étant victime de son propres système. Le fait de vivre en communauté imposait un règlement intérieur strict à respecter. Pour son bon fonctionnement, la société était donc contrôlée. La solidité de cette structure à donc était très largement affaiblis par les nombreuses dénonciations entre les individus amenés à se surveiller entre eux.

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Aussi l’ouvrage Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley (1932) est une critique forte du conditionnement de l’individu. Il peut être présenté comme une synthèse des critiques et déviance du totalitarisme, des utopies et de manière générale, du contrôle de la pensée et de l’environnement de l’individu.

Cette contre-utopie traite certains thèmes directement liés au totalitarisme et utopies. L’éducation de la jeunesse se fait par conditionnement hypnopédique, enseignement pendant le sommeil.

Le conditionnement des individus de cette société se présente comme la solution à la recherche de stabilité au sein de la société. Pour qu’il y est stabilité, la société doit être organisée pour son bon fonctionnement économique. Elle est donc organisée en un système de castes sociales ( allant des alpha aux epsilon, elles-mêmes divisées en plus ou moins). Aussi, pour contrôler d’éventuelles indignations et revendications,  et assurer la pérennité de ce système, on apprend aux individus à aimer leur statut. C’est en cela qu’intervient le processus de conditionnement. C’est un conditionnement au bonheur, pour permettre une coexistence en harmonie. On inculque au plus profond de la conscience de l’individu que tout sentiment est source de problème (jalousie), comme la relation amoureuse traité comme un tabou ou une certaine indifférence à la mort, et qu’il doit accepter sa situation. Pour éviter toute tension ou mal être, l’administration va même jusqu’à distribuer un anxiolytique, sans effet secondaire (bien qu’il diminue considérablement l’espérance de vie), le soma. « L’amour de la servitude ne peut être établi, sinon comme le résultat d’une révolution profonde, personnelle, dans les esprits et les corps humains.» Aldous Huxley, préface de 1946. « Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement. Faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper. » (p.34)

Comme pour tout régime totalitaire cette société est dirigée par une minorité puissante. Ceux sont les dix administrateurs mondiaux, du groupe alpha plus. A travers la personne de Mustapha Meunier, ils sont décrits, à la différences des autres, comme des personnes dotées d’une grande connaissance des civilisations antérieures, mais prônant la stabilité apportée par le conditionnement et l’eugénisme en opposition avec la liberté trop permissive des sociétés anciennes. « les gens qui gouverne le Meilleur des monde peuvent bien ne pas être sains d’esprit, mais ce ne sont pas des fous, et leur but n’est pas l’anarchie, mais la stabilité sociale » Aldous Huxley, préface de 1946.

Les pages 43 à 47 donnent une description du processus de conditionnement hypnopédique des enfants, élevés au centre de conditionnement de l’Etat. On peut clairement assimiler la méthode au behaviorisme, avec notamment l’association de paroles moralisatrices avec les odeurs.

Le contrôle de l’individu notamment par le conditionnement de la jeunesse, l’aliénation collective et l’eugénisme au nom de la stabilité sont donc des thèmes faisant clairement référence au totalitarisme. On peut retrouver aussi le sujet de l’homme nouveau dans cet ouvrage, étant donné que l’on parle d’une civilisation nouvelle, vivant en l’an 632 de N.F (Notre Ford).

« Un état totalitaire vraiment « efficient » serait celui dans lequel le tout-puissant comité exécutif des chefs politiques et leur armée de directeurs auraient la haute main sur la population d’esclaves qu’il serait inutile de contraindre, parce qu’il auraient l’amour de leur servitude. » Aldous Huxley, préface de 1946.

Mais la fin tragique (le suicide John Le Sauvage, individu non conditionné), la sévérité à l’égard de ceux qui tentent d’échapper aux système (exil de Bernard Marx) dénonce un monde vide sans âmes, sans libertés de pensée et individuelles. Aldous Huxley fait à travers cet ouvrage une critique sévère de l’utopie, dont l’horreur extrême est d’en arriver au conditionnement de l’homme au service de la société. «la tyrannie-providence de l’utopie » Aldous Huxley, préface de 1946.

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Pauline Combe, Morgane Guillemin, Léa Hollier-Larousse