Catégorie: Now?

Synthèse : Science Fiction

Sci-fi vs Réel

À travers ces quelques articles, nous avons pu nous rendre compte de l’importance et de l’impact que peuvent avoir les récits de science-fiction ou d’anticipation dans notre vie. Qu’ils soient retranscrits dans les livres, les journaux, le cinéma ou encore l’architecture (construite ou non), la science-fiction projette notre société dans le futur avec tout ce que cela implique. Elle permet d’imaginer notre devenir selon un spectre particulier, la sécurité et la surveillance, la machine et l’automatisme ou encore la technologie. Quoi qu’il en soit, la science-fiction représente toujours l’action de se projeter dans l’avenir en se référant plus ou moins au réel ou bien en mettant l’accent sur certaines caractéristiques de notre société. Cet exercice semble très lier à l’enseignement de l’architecture, en effet, la tâche de l’architecte peut être d’imaginer la manière d’habiter ou de parcourir la ville de demain. D’ailleurs, en tant qu’étudiant, nous avons pu plancher sur des questions consistant à penser et dessiner une voie publique de Paris dans 30 ans ou encore d’imaginer notre quotidien d’architecte dans 20 ans. Tout cela, pour intégrer les préoccupations de la science-fiction dans nos études, mais à l’échelle et à travers l’architecture. Nos recherches autour de l’architecture soviétique des années 70-80 ont pu nous montrer comment l’architecture pouvait accompagner des revendications d’ordre politique, mais aussi un message social.

Cependant, la science-fiction s’attache souvent à des sujets et des craintes plus délirantes. Révolution des machines, invasions extra-terrestres, catastrophes naturelles ou encore colonisation de nouvelles planètes. Mais, quand Jules Verne écrit 20 000 lieues sous les mers en 1870, on est très loin de penser que ces rêves de machines sous-marines vont se réaliser au 20e siècle. Spéculations délirantes ou prédictions de l’avenir, la science-fiction se place toujours à mi chemin, mais elle reste cependant un facteur de compréhension de notre société actuelle en ce qu’elle traduit et met en exergue nos habitudes et nos comportements.

En général les œuvres de science-fiction nous invitent à réfléchir à un trait de société en prenant une caractéristique de ce trait et en la poussant à son paroxysme. C’est en se focalisant sur certains aspects que ce genre captive et qu’il représente un intérêt pour la société. À travers les différentes œuvres de science-fiction que nous avons consulté nous avons, de manière générale, ressenti comme un appel à réfléchir sur notre condition actuelle et à la rendre meilleure.

Mieux vaut prévenir que guérir.

Félix Gautherot, Goulven Le Corre et Vincent Macquart

Minority Report

2002

Steven Spielberg

Twentieth Century Fox Film Corporation and DreamWorks.

Adaptation de la nouvelle éponyme de Philip K. Dick publiée en 1956.

2054, USA, Washington DC. Afin d’éradiquer le crime, l’unité policière d’élite Précrime utilise un système qui permet de prévenir le crime en arrêtant les futurs criminels avant qu’ils ne commettent leur méfait. Il se base sur les visions de trois jeunes extra-lucides, les précogs, capables de prédire les crimes sous une forme qu’il faut néamoins décrypter. C’est la mission du héro énergétique et souverain, John Anderton. A l’aide d’un outil auquel il accorde toute sa confiance, il manipule et recompose les images disparates produites par la « préscience » des mutants et rend ainsi lisible leurs informations. La ville est devenue sûre, un référendum doit décider de sa généralisation à tout le pays et la campagne bat son plein. Le système sucite toutefois des réticences, voire des oppositions. Dans ce contexte, Danny Witwer, délégué du ministère de la justice, est envoyé à Précrime pour faire un diagnostic du système et en débusquer les faiblesses. A ce moment même, les trois précogs prédisent qu’ Anderton va assasiner un certain Léo Crow dans 36 heures. La course contre son futurs commence alors.

Le film mêle action, spectacle et spéculation, ne se contente pas d’illustrer des thèmes classiques de la philosophie : il produit des effets théoriques, il suggère des résonnances, afin de déployer la question du libre-arbitre et du déterminisme : l’informatique, la surveillance, le destin, le zéro crime, ou encore la résistance. Ce n’est cependant pas une « oeuvre ouverte ». Le réalisateur multiplie les perspectives de tel sorte que la description et l’interprétation du réel est infini. Il y a toujours un « reste », un « rapport minoritaire », qu’il n’existe nulle possibilité de totaliser le réel et d’en épuiser toutes les signification. S. Spielberg réalise un film visuellement très raffiné, soutenu par une intrigue complexe qui figure une société urbaine ultra-informatisée et hautement quadrillé. La complexité de la narration tient au fait qu’il faut rendre intelligible le paradoxe suivant : connaître le futur pour pouvoir agir sur son advenu et donc rendre caduque la représentation qui en était faite.

They are watching you

La cité du futur est parcourue par un réseau dense de scanners rétiniens qui permettent d’identifier chaque individu. Dans le film, l’oeil est l’ équivalent  de l’empreinte ADN de nos jours. Ainsi l’identification devient mobile, délocalisée dans la plupart des lieux publics. Ces « identoptique » autorisent donc de controler les flux de personnes en repérant chaque identité dans la foule. Les messages publicitaires se personnalisent alors, réverbérés sur les écrans qui peuplent la ville. Mais l’oeil est surtout le pivot de la surveillance de la ville. Les scanners épient, localisent, et identifie les gens dans tout leur déplacement. L’oeil est donc la carte d’une identité géolocalisable en permanence et qui place à tout moment chaque individu sous contrôle. Recherché dans « la Zone », banlieu périphérique chaotique (régulièrement présente dans les film de science fiction se déroulant dans un futur proche), notre héro pourchassé John Anderton se voie contraint de se faire changer les yeux afin d’échapper à l’identification optique. Suite à la greffe rétinienne, ses anciens yeux lui seront utile pour pénétrer dans Précrime et récupérer le rapport minoritaire.

La thématique de la surveillance dans Minority Report bien très certainement référence au Panopticon de Bentham. Une architecture carcérale imaginé et réalisée à la fin du 18e siècle pour surveiller les prisionniers depuis une tour centrale, avec le minimum de personnel, et de manière à ce que les détenus ne puissent savoir qu’ils sont observés. Cette architecture en anneau avait ainsi pour but de faire intérioriser le regard de l’autorité ainsi que de celle de Dieux en quelque sorte puisque l’édifice centrale devait faire office de chapelle le dimanche. Plus, de créer chez les détenus un sentiment d’omniscience invisible tel que le système pénitencier pouvait se passer de surveillants : “ induire chez le détenu un état conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement automatique du pouvoir ”, dit Foucault dans Surveiller et Punir. Dans Minority Report, la surveillance n’est pas centrale, mais délocalisé dans une myriade de capteurs optiques d’identité. En outre, la surveillance dans Minority Report ne se réduit pas à un pur regard omniscient. Elle devient à l’occasion une action à la fois directe et lointaine sur les individus. Dès qu’Anderton est localisé, la voiture dans laquelle il a pris la fuite et qu’il imagine conduire échappe à son contrôle : la machine pilote le bolide à sa place pour le reconduire dans les mains de la police.

Le film aborde très directement le thème des conséquences d’une société sécuritaire visant le zéro crime. Les criminels «potentiels» arrêtés par Précrime subissent une relégation. Ils purgent leur peine dans une sorte de prison, qui ressemble à un silo, où ils placés à perpétuité dans des tubes de verre empilés les uns sur les autres, baingnant dans une sorte de liquide les maintenant dans un état conscient. On remarque d’ailleurs la présence d’un seul gardien posté sur une tourelle centrale. C’est un univers d’idéal sécuritaire qui pratique le fichage informatique. Ces notions nous parlent tout particulièrement aujourd’hui à l’heure du « tous-connectés ». Plus de dix ans après le film, la géolocalisation est très largment utilisée dans le suivi de criminels, tant dans le domaine de la sécurité intérieure des Etats que dans le domaine militaire. Quand la situation le permet, la géolocalisation, les images de caméras de vidéosurveillance, en croissance quasi-exponentielle et à différents échelles, combinée à d’autres capteurs environnementaux, sont recueillies et analysées, notamment dans le domaine de la sécurité intérieure. Aujourd’hui on entend souvent parlé de mise en place de dispositifs que l’on croirait tout droit sortie du film. Par exemple, la police de Santa Cruz (Californie) a testé une application, nommé CompStat, prétendue capable de «prédire» les lieux dans lesquels des crimes sont le plus souvent susceptibles d’être commis selon le moment de la journée. Conçue par un anthropologue et un criminologue, cette application cartographique se basait sur un ensemble de statistiques résultant de huit années d’archives criminelles pour déterminer les lieux les plus risqués à certaines heures. Interrogées par le New York Times, les autorités de Santa Cruz affirmaient avoir constaté une baisse de 27% des cambriolages au mois de juillets comparé à ce même mois l’année précédente. Une baisse qui résulterait des visites ciblées qu’effectuent les patrouilles sur les lieux désignés par le logiciel. Testé pour des petits délits, son usage s’envisage encore aujourd’hui pour des actes plus violents tels que les guerres de gangs. Notons également que IBM avait également présenté un logiciel de suivi des « jeunes délinquants », destiné quant à lui à prédire les risques de récidive.

Le film montre clairement que l’idéal sécuritaire est une idéologie folle dont la mise en oeuvre tue plus sûrement les libertés individuelles qu’elle n’abolit le crime. Les «futurs» criminels interpellé ne sont pas soumis au régime commun de la détention mais à une mesure spéciale de neutralisation. Minority Report interroge donc l’ évolution de nos droits ainsi que de nos libertés fondamentales de vie privée. Des questions qui nous touchent aujourd’hui et pour encore longtemps, à l’ère des empires tel que Google, Facebook et autres véritables banques de données personelles.

Felix Gautherot, Goulven Le Corre, Vincent Macquart

La crainte de l’homme déshumanisé

 

La science-fiction a toujours était un moyen de projeter les craintes de nos sociétés actuelles vers le futur. Entre récits prospectifs et songes romanesques il s’agit de révéler les défis que nos sociétés seront amenées à confronter. Lorsqu’il visite New York pour la première fois en 1924, l’allemand Fritz Lang est impressionné par la démesure de la ville et s’en inspire largement pour « Metropolis » qu’il sort 3 ans plus tard. La ville prend de la hauteur, du haut de ses gratte ciels elle écrase les masses grouillantes de prolétaires travaillant dans de crasseux sous-sols. A l’époque la mégalopole américaine cristallise les peurs de la société par rapport à cette nouvelle modernité, celle de la mécanisation  galopante et des bâtiments démesurés dans lesquels l’humain est réduit au néant. Lang projette ainsi cette peur de l’aliénation de l’homme par la machine en 2026, dans une ville déshumanisée où l’organisation du travail est réglée de manière scientifique. Par le biais du travail à la chaine on entrevoit inévitablement un lien avec « Les Temps Modernes » de Chaplin dans lequel Charlot se retrouve réduit à assembler des pièces dans une usine à longueur de journée, et ce à un rythme infernal. L’humain n’est plus qu’une partie d’une vaste machine, au même titre qu’un engrenage. Le petit moustachu insiste d’ailleurs sur ce point lorsqu’il tombe lui-même dans la chaine de production, le travailleur est cassé, décérébré et au final perd son humanité. Il est intéressant de noter les différents points de vus que l’on peut avoir sur l’industrialisation lourde au début du XXème siècle. Dans les livres d’histoire on lirait surement que cette période correspond à une amélioration de la qualité de vie et une augmentation considérable des richesses produites ou de l’espérance de vie. Pourtant au même moment nombreux se demandent ce qu’impose à notre quotidien de telles transformations. Il y a un changement d’échelle notable dans la manière de produire, le mouvement amorcée lors de la première révolution industrielle au XIXème siècle s’accentue, la fabrication en série permet de produire des quantités encore jamais atteintes. La masse contre l’individu, c’est l’un des sujets qui va passionner le plus les auteurs de science-fiction au début du XXème siècle.
Si aujourd’hui les moyens ne sont plus les mêmes, on peut toutefois retrouver dans la science-fiction contemporaine cette crainte de l’humain « déshumanisé ». En 1999 dans le film « Matrix » les humains ne vivent plus leur vie que virtuellement, enfermés dans des boîtes contrôlées par des machines. La notion d’intelligence artificielle, une invention récente, inspire de plus en plus les auteurs de S-F. Et si les machines, plutôt que d’être à la solde d’une classe dirigeante réduite comme dans « Metropolis », se mettaient à réfléchir par elle-même. Et si l’humanité entière était asservie à ces machines. Dans « Matrix » aussi les êtres humains ne sont plus qu’un maillon d’une vaste organisation, ils deviennent un simple carburant pompé par des super-ordinateurs.
Dans ces deux cas éloignés de plus d’un demi-siècle, la science- fiction semble montrer que devant la méconnaissance de technologies entièrement nouvelles, l’humain craint de perdre le contrôle de sa propre existence. Les œuvres de science- fiction, influencées par le contexte socioéconomique de leurs époques reflètent les angoisses et les peurs de leurs contemporains.

Félix Gautherot, Goulven Le Corre et Vincent Macquart

Cosmic Communist Constructions Photographed

L’architecture entre réel et science-fiction

Architecture et science-fiction, on pensera d’abord à l’architecture utopique ;  Boullée, Ledoux, les futuristes Italiens emmenés par Sant’ Ellia, ou plus proche de nous l’agence Archigram. Même un Le Corbusier peut rentrer dans le moule avec son plan Voisin pour Paris ou ses plans pour la ville d’Alger.

Mais, ici, nous voulons traiter d’une architecture construite, réelle, mais cependant relevant d’un imaginaire tout droit sorti des meilleurs films de science-fiction. Frédéric Chaubin au gré des multiples voyages en ex-URSS à collecter une centaine de bâtiments hors du temps et hors de tout contexte politique.

CCCP : Cosmic Communist Constructions Photographed, c’est donc l’aventure d’un photographe français dans les vestiges de l’Union soviétique. Mais de tels bâtiments ont pu voir le jour que sous plusieurs conditions. D’abord, ils datent tous de la fin de l’ère soviétique, ensuite ils sont tous construits dans les états périphériques de l’ex-URSS, ainsi ils étaient moins soumis aux pressions du Moscou totalitaire. L’architecture reproduite dans les photos de Chaubin témoigne d’une expression très forte et distinguée comme pour se démarquer de Moscou et exprimer déjà un désir d’indépendance, un premier jet du démantèlement de l’Union soviétique selon le français. Mais le vocabulaire, celui d’un imaginaire spatial très fort, n’est pas nouveau.

En effet, près de 50 ans auparavant, l’architecture soviétique a produit une génération de jeunes architectes qui ont commencé à s’écarter de la réalité et du réalisable au travers de projets incarnant un « futur » probable. C’est ainsi que Ginsburg qui disait « Pensez avec votre tête, pas avec votre règle », imagine des cités volantes, portables, qui se déplaceraient au gré des saisons, Georgii Krutikov lui pensera des villes volantes. Une vraie relation à la science-fiction anime cette génération d’architectes, Konstantin Melnikov produira le premier des vues à vol d’oiseau pour ses projets, mettant en scène une nouvelle vision de l’espace. Le point de vue totalement imaginaire lui permettra de dessiner des engins volants immenses et d’accentuer la distance pour mettre en place une sorte de théâtralité et de gigantisme dans ses projets. Il dira lui même avoir été très influencé par le travail d’Étienne-Louis Boullée.

Mais les « Cosmic Communist Constructions » sont aussi l’incarnation de la course à l’espace faisant rage entre URSS et USA alors en pleine guerre froide. De nombreux bâtiments font immédiatement penser à des soucoupes volantes, d’autres défient les lois de la gravité par d’énormes porte-à-faux.

L’ensemble du corpus reproduit par le photographe est très loin de l’idée que l’on peut se faire de l’architecture soviétique, ces « monstres » comme Chaubin aime les appeler révèlent selon lui la diminution du contrôle de l’état totalitaire. Ces bâtiments sont comme des symboles très forts dans le paysage des républiques « occupées » (pays baltes). En effet, depuis Staline, l’ensemble des constructions en URSS était commandité par l’État, il n’y avait alors que des commandes publiques, et, les architectures étaient très contraintes formellement par le pouvoir sous l’égide de Lazare Kaganovitch, secrétaire du Comité central du Parti. Le style était clairement défini et on ne dérogeait pas à la règle, le néo-classicisme (ou néo-académisme) au service du réalisme socialiste. Staline fera tout pour effacer les traces des avants-gardes russes du début de l’ère soviétique. Deux livres à ce sujet, le petit livre de Élisabeth Essaïn « le grand tour des architectes soviétiques sous Mussolini » dévoile la position de Staline envers l’architecture et « The Lost Vanguard, Russian modernist architecture 1922-1932 » de Richard Pare avec notamment un essaie de Jean-Louis Cohen à propos des vestiges constructivistes en Russie. (Tous deux disponible à la bibliothèque). Nous mettons également en lien une émission France inter avec l’intervention du photographe Frederic Chaubin à propos de son livre.

En conclusion, la compilation de ces bâtiments, qui ne partagent pas vraiment de style ou de caractère, semble en revanche porteuse d’un véritable message social, celui de se libérer des contraintes du régime soviétique par le biais d’un expressionisme à son paroxysme. Poussés à son extrême et compilés avec le contexte historique et actuel, de véritables ovnis architecturaux ont pu voir le jour en quelques points isolés de l’Union. Leur position très isolée et faisant contrastes avec le tissu environnant, souvent très végétal, renforce leurs impacts et leurs caractères surréalistes ou cosmiques comme le titre l’annonce.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-urss-vingt-ans-apres-44-puissance-de-reves-ou-monstres-de-beton-comment-se-ge

Félix Gautherot, Goulven Le Corre, Vincent Macquart

Les autres lieux de la ville : récit d’une exploration

Petite ceinture

“Ils forment le négatif de la ville bâtie, les aires interstitielles et marginales, les espaces abandonnés ou en voie de transformation. Ce sont les lieux de la mémoire réprimée et du devenir inconscient des systèmes urbains, la face obscure de la ville, les espaces du conflit et de la contamination entre organique et inorganique, entre nature et artifice. (…) De tels territoires sont difficilement intelligibles, et par conséquent aptes à faire l’objet de projets, du fait qu’ils sont privés d’une localisation dans le présent et par conséquent étrangers aux langages contemporains. Leur connaissance ne peut être acquise que par expérience directe; les archives de ces expériences sont l’unique forme de cartographie des territoires actuels.”

Stalker, A travers les territoires actuels.

Don't.

Le franchissement des limites

Limite physique, limite légale. Démarcation entre deux milieux d’indices différents. Un autre type d’espace, qui nécessite la protection. Un espace public, un espace privé. Mais pas seulement. Des espaces abandonnés, désaffectés. Dont la limite est aussi marquée par le temps. Un lieu qui a vécu, à présent considéré inutile. Et cette protection contre le danger, celui qu’on pourrait causer à soi-même. Il s’agit de la petite ceinture de Paris, voie ferrée désaffectée, qui autrefois faisait le tour de la ville. Elle est aujourd’hui amputée, mais une longue partie est encore praticable dans le Sud-Est de Paris.

La première étape de cette exploration fût de repérer l’emplacement approximatif de la petite ceinture. Sur tous les plans, elle apparaît grise, sa présence sur la carte est fantômatique. Seul un repérage sur place permettra d’en trouver les accès.

Seconde étape, tentatives vaines d’accéder à la voie. La barrière physique est efficace, la limite bien palpable! Les murs qui entourent cette voie deviennent alors sujet d’une observation accrue, qui s’affûte au rythme de nos pas. Partout, nous tentons de trouver une faille, un verrou cassé, un trou dans un grillage, une entrée dissimulée. Rôdons autour de la voie. Tentons une entrée dans un site de la RATP longeant la voie. Impossible.

Une grille en cache une autre. Et ces panneaux! “Nous vous informons que ce site est placé sous télésurveillance.” Bien sûr la menace de la vidéo surveillance. Ignorer si nous sommes réellement observés, la paranoïa Foulquienne…

Finalement, nous demandons à un “jeune” du quartier. Il connaît un passage, nous fait pénétrer et nous indique une autre sortie, à environ un kilomètre vers le Sud.

L’exploration

Vient alors l’exploration des lieux. Suivons la voie ferrée dans un sens, de toute manière, seulement deux options… Le calme qui y règne. La neige assourdit les sons. Partout, la nature a repris ses droits. Nous sommes pourtant encore dans la ville. Ce qui est d’ailleurs surprenant, c’est le contraste entre le calme du lieu, et l’espace qui le borde. Plusieurs fois, nous avons traversé des ponts au-dessus de rues ou d’avenues. Nul ne semble nous apercevoir, d’ailleurs, personne ne lève les yeux vers ce lieu oublié, devenu invisible.
En réalité, des traces marquent un réinvestissement officieux de cet endroit. Partout, des tags, sur toutes les surfaces lisses, des signatures. Je me remémore les paroles du garçon “Il faut pas aller d’ce côté-là [vers le Nord], y’a un tunnel où il se passe des trucs bizarres ; dans les années 90, des skins et des gangs se réunissaient là-bas le soir”. La vue de ces tags, de cadavres de bières abandonnées, et de traces de pas confirment cette vie dans d’un espace presque parallèle à la ville, qui ne figure pas dans notre géographie mentale, dont on ne parle jamais.

Au loin, Paris

Le froid commence alors à nous ronger le visage, il me semble que nous avons dépassé la sortie indiquée par le garçon. Comment sortir de cet endroit? Nous continuons sur environ cinq cents mètres, peut-être plus. Tout en marchant, nous sondons les côtés de la voie, à la recherche d’une nouvelle faille. Finalement, à la sortie d’un pont, dissimulé par des branchage, un escalier. La fin de l’escalier est condamnée par quelques planches pourries, que d’un geste mou nous poussons. Un squat, quelques matelas, des journaux, abrités par le pont, dissimulé par des déchets et un grillage. Escaladons le grillage raisonnablement haut. Retour à la ville connue. Elle paraît terriblement agitée, le bruit qui nous parvenait là-bas comme un murmure lointain nous envahit. Retour à la foule, retour à la présence humaine, envahissante, presque dérangeante. Nous n’avons aucune idée d’où nous nous trouvons.



La  petite ceinture

Louise Deguine  / Amaury Lefévère / Laurane Néron

Les autres lieux de la ville : Non-lieux de Marc Augé.

Avant d’évoquer la notion de « non-lieux » que Marc Augé nous donne à lire, il convient de définir ce qu’est un « lieu ». Avant de lire l’ouvrage d’Augé, j’avais en tête la petite histoire du pont racontée par Heidegger dans Bâtir, habiter, penser. Heidegger nous dit : « Le lieu n’existe pas avant le pont. Sans doute, avant que le pont soit là, y a-t-il le long du fleuve beaucoup d’endroits qui peuvent être occupés par une chose ou une autre. Finalement l’un d’entre eux devient un lieu et cela grâce au pont. Ainsi ce n’est pas le pont qui d’abord prend place en un lieu pour s’y tenir, mais c’est seulement à partir du pont lui-même que naît un lieu. » Je me rappelais aussi le genius loci, ou esprit du lieu, dont la compréhension est la clé du travail d’architecture selon Norberg-Schulz : « Un lieu est un espace doté d’un caractère qui le distingue. Depuis l’Antiquité, le genius loci, l’esprit du lieu est considéré comme cette réalité concrète que l’homme affronte dans la vie quotidienne. Faire de l’architecture signifie visualiser le genius loci : le travail de l’architecte réside dans la création de lieux signifiants qui aide l’homme à habiter. » Enfin, j’étais intrigué par la poésie du mot « lieu » en français, qui a donné lieu a tant d’expressions : on dit que quelque chose « a lieu », ou encore « tient lieu de », on parle aussi de « lieu-dit », ou de « haut-lieu »…

Le lieu dont parle Augé est un « lieu anthropologique », « construction concrète et symbolique de l’espace qui ne saurait à elle seule rendre compte des vicissitudes et des contradictions de la vie sociale mais à laquelle se réfèrent tous ceux à qui elle assigne une place, si humble ou modeste soit-elle. […] autant de lieux dont l’analyse a du sens parce qu’ils ont été investis de sens, et que chaque nouveau parcours, chaque réitération rituelle en conforte et en confirme la nécessité. » Selon Augé, ces lieux ont « au moins trois caractères communs. Ils se veulent identitaires, relationnels et historiques ». En effet, le lieu où je nais, celui où j’habite (que j’habite) sont constitutifs de mon identité. Si plusieurs personnes ne peuvent se trouver en même temps à la même place, ils peuvent partager un lieu, qui est alors le cadre concret de leurs interactions. Enfin, le lieu anthropologique est historique en ce qu’il « se définit par une stabilité minimale », qui permet d’en comprendre les codes, les signes.

Dès lors, Augé définit un non-lieu comme l’exact opposé du lieu anthropologique, c’est-à-dire comme un espace ni identitaire, ni relationnel ni historique. Il évoque les moyens de transport (avions, bateaux, voitures…), les échangeurs autoroutiers, les zones duty-free des aéroports, les hyper-marchés, etc.

Augé nous invite à voir comme l’emploi du terme « espace » s’est généralisé : « espace vert », « espace aérien », « espace publicitaire », « Espace Cardin », « Espace 2000 » (fauteuils d’avion), « Renault Espace », etc. Il oppose l’espace abstrait au lieu concret. Qu’est-ce qu’un « espace vert » ? Un jardin, un square, un parc, une forêt ?

Il semble qu’un non-lieu soit en fait un espace dont on a remplacé l’expérience concrète par une abondance de signes et de paroles qui cherchent à le raconter. On ne visite plus les monuments historiques des villages, mais on les contourne en empruntant les grands axes autoroutiers, tandis qu’une série de panneaux nous en signale la présence. Lorsqu’en touriste, nous visitons des villes étrangères, nous accordons souvent plus d’importance à la description qui en est faite dans tel ou tel guide qu’à l’expérience sensible du lieu. Une distanciation s’opère donc entre le voyageur et l’espace qu’il découvre. Augé évoque « une rupture entre le voyageur-spectateur et l’espace du paysage qu’il parcourt ou contemple, qui l’empêche d’y voir un lieu, de s’y retrouver pleinement. »

Enfin, il y a un aspect étonnant des non-lieux qu’Augé nous donne à voir : c’est leur pouvoir d’attraction. A l’aéroport, « le passager ne conquiert son anonymat qu’après avoir fourni la preuve de son identité ». Il devient alors « l’objet d’une possession douce, à laquelle il s’abandonne avec plus ou moins de talent ou de conviction, comme n’importe quel possédé, il goûte pour un temps les joies passives de la désidentification et le plaisir plus actif du jeu de rôle. » En quelque sorte, le non-lieu nous libère en nous proposant d’évoluer (je ne dis pas habiter) dans le cadre d’un contrat qui constitue comme une servitude volontaire. Au contraire, le lieu est non contractuel, il est pesant, par l’histoire dont il témoigne, par les interactions qu’il porte en germe : il nous demande un effort pour l’habiter. On n’habite pas un non-lieu. La sensation de liberté provient d’une d’évanescence, d’une absence. L’impression d’être nulle part, déjà parti mais pas encore arrivé.

Augé ne porte pas de jugement de valeur à propos de ces non-lieux. Mais en tant qu’architecte, que faire de son constat ? Faut-il rejeter en bloc les « non-lieux » et chercher à projeter des lieux, porteurs de symboles et de sens ? Ou y a-t-il une esthétique de ces non-lieux (voire une éthique ?) caractéristique de notre « sur-modernité » et qu’il faut apprendre à voir ? Françoise Choay explique que la ville est condamnée à l’anachronisme puisque les bâtiments demeurent tandis que les codes culturels qui permettraient d’en comprendre les symboles évoluent très vite. Dès lors, n’est-il pas illusoire de chercher à faire une architecture porteuse de signes, de sens ?

Mais F. Choay fonde son analyse sur une vision sémiologique de l’architecture. Or il n’est pas du tout évident que l’architecture se structure comme un langage. Portzamparc nous dit même que l’architecture nous délivre du langage. « Elle établit un autre type de relation au monde, plus archaïque sûrement, mais peut-être aussi plus dense, plus fondamental. »  Faire de l’architecture, se serait alors s’ancrer dans un lieu, et créer un lieu, au sens que quelque chose a lieu, quelque chose se produit, qui possède un espace.

Louise Deguine  / Amaury Lefévère / Laurane Néron

L’épistémologie ou la sociologie de la science – Article de synthèse

Article de synthèse

Notre travail de recherche visait à appréhender les liens entre la science et la société. Nous avions pour but de comprendre comment la société oeuvre dans le milieu scientifique.

Dès lors, pour comprendre ces rapports épistémologiques, nous avons choisi d’étudier la question du clonage. En effet, ce domaine de recherche pose diverses problématiques éthiques et sociales.

Pour comprendre les impacts de la science sur la société et inversement, nous avons d’abord analysé trois cas d’étude, des longs-métrages, afin d’en tirer les principales questions.

Dans le premier cas d’étude, The Island (Michael Bay, 2005), le clonage est thérapeutique.

Il est utilisé afin de guérir des personnes malades, en utilisant des organes, du sang ou des tissus. En revanche, le client, même s’il a consciemment payé pour disposer de ce « don » d’organes, ignore qu’il y a eu nécessité de tuer pour qu’il en bénéficie. Le clonage n’est pas admis par le gratin de la population qui souhaite augmenter sa longévité. Naïvement, ils pensent seulement payer pour quelque chose d’inhumain, dans un état végétatif.

D’autre part, il y a également une réflexion sur la manière dont on élève des clones. Ceux-là ont tout d’humain. Il faut tout prévoir pour qu’ils ne se posent pas trop de questions. Pour ce faire, on leur inculque un souvenir commun qui permet de créer une population unie comme s’ils étaient les seuls survivants. D’autre part, on est obligé de leur inculquer des schémas mémoriels afin de les maintenir conscients de leur corps. Sans esprit vivant, le clone meurt.

Le clone est un produit de consommation qui permet d’améliorer la vie. La production de clones est basée sur des mensonges envers la population « receveuse » et la population « donneuse ». Le clonage n’est pas une science totalement acceptée par la société même si quelques personnes doivent bien se douter de ce qu’il se trame derrière ces opérations.

Dans le deuxième cas d’étude, Le Prestige (Christopher Nolan, 2006), le clonage est divertissant.

Il est utilisé afin de réussir un tour de magie, L’homme Transporté, grâce à des clones du magicien et à une invention. Nicolas Tesla crée une machine à champ magnétique. Le clonage n’est pas admis par la population qui souhaite se divertir. Inconsciemment, ils refoulent le clonage et ils pensent percevoir de la magie.

D’autre part, il faut regarder à quoi le clone est assujetti. Le double devient ici le magicien. Le clone original disparait par une trappe sous la machine. Il se retrouve à chaque fois dans un bocal d’eau géant, fermé à clef par l’ingénieur du magicien lui-même. Il est donc noyé, puis entreposé avant d’être jeté à la mer. Le clone est le prestige. Il est la clé sans laquelle le public n’applaudirait pas au tour du magicien. Pour la population, il ne peut pas utiliser cette science puisqu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de questionnement quant au statut des clones, ils comprennent qui ils sont s’ils ne sont pas tués.

Dans le troisième cas d’étude, Moon (Ducan Jones, 2009), le clonage est productif.

Il est utilisé afin d’optimiser la production d’énergie sur la Lune. L’entreprise qui exploite la Lune a besoin d’un être humain pour gérer la base de production lunaire. Il est accompagné par une intelligence artificielle. Le clone a besoin de schéma mémoriel, de souvenirs et d’ambition pour vivre. Sa condition est supervisée par l’intelligence artificielle, programmée pour satisfaire au maximum son bonheur. Le clonage est complètement caché à la population sur Terre et au clone lui-même qui se croit un humain naturel.

Il faut également regarder la façon dont le clone est maintenu dans un état sans curiosité. Il devient curieux que lorsque l’IA n’est plus là, lorsqu’il part de la base pour aller réparer une panne sur un des générateurs. Il découvre alors un être qui lui ressemble. À partir de ce moment, le clone veut des réponses à ses questions. Il cherche l’envers du décor, et tombe nez à nez avec des clones. Même s’il comprend qu’il n’est pas issu d’une reproduction naturelle, il souhaite rejoindre la Terre pour dévoiler au monde son existence.

Le clonage à la possibilité d’être révélé à une population qui ne soupçonnait même pas son utilisation comme un outil de production. Le clonage serait probablement rejeté par la population, mais surement accepté par certains états pour exploiter des « êtres jetables » à des fins purement financières.

Le clonage est caché à la population dans la science-fiction.

Il y a néanmoins quelques complices pour faire fonctionner le business. Le clone est utilisé à des fins individuelles afin de satisfaire une vie plus longue, un meilleur spectacle ou un besoin énergétique. En aucun cas, le clone n’est considéré comme un humain.

Se pose à nous la question du statut du clone dans une société, si celui-ci devait fournir des éléments médicaux. Le clonage thérapeutique offre des perspectives, mais nous posons la question de l’éthique de la création d’un double afin d’en prélever un élément. La création d’organe ou de tissus non issue d’un corps conscient est une alternative envisageable.

Le clone humain représente un fantasme de la société sur l’avenir. Quand sera-t-il lorsque le clone deviendra une réelle possibilité ? Le clone semble être le moyen de résoudre des problèmes humains, seulement ?

Pour avoir plus de matières sur ces questions éthiques et scientifiques, nous avons choisi d’axer notre développement avec trois avis critiques sur le clonage. Ils répondent à certaines questions, mais en posent des nouvelles.

Notre premier intervenant est l’épistémologue Bruno Latour.

Il répond des questionnements politico-sociaux. Le clonage pourrait-il être adopté à partir d’un consensus à la fois politique et scientifique ? « Si les scientifiques sont vraiment bons, ils ne peuvent pas tous être d’accord ensemble. Le consensus scientifique ne permet jamais d’agir politiquement. » Le clonage n’est pas seulement un problème d’éthique, mais il interroge également la politique, les lois, les droits. Il propose d’organiser des parlements internationaux qui permettraient de discuter de ces questions bioéthiques afin d’obtenir des consensus d’homogénéisation des lois. Nous pourrions répondre politiquement à de nombreuses questions mises de côté, car elles ne trouvent pas de réponse si elles ne sont pas discutées. Alors, le clonage serait une des premières questions posées dans ce type de Parlement international.

Où pourrait être tenu ce parlement, puisque le lieu serait symbolique ? D’autre part, toutes les nations voudront-elles y participer ? Combien de questions trouveraient des réponses selon un consensus ? Les états appliqueront-ils automatiquement les décisions prises lors du parlement ? Qui représenterait les états : chimistes, politiciens, scientifiques, citoyens, industriels ?

Notre deuxième intervenant est le scientifique Maurice Wegner.

Le professeur au CNRS nous fait part des avancées du clonage. Selon lui, le clonage a trois avantages à relativiser si on les applique au clonage humain. Il permet de conserver les performances de l’organisme cloné sur le nouvel individu. Il permet d’éviter l’extinction des certaines espèces. Mis en place de façon thérapeutique, il peut sauver des vies.

On peut cloner tout type d’être vivant, mais pas avec la même réussite. Le clonage humain reste très difficile. « Globalement, la proportion d’embryons implantés qui parviennent à se développer jusqu’à donner des êtres viables reste extrêmement faible : moins de 1 % ».

Il rappelle que le clonage humain est interdit aujourd’hui en France, mais ce ne sont que des lois nationales. On retrouve les propositions de Bruno Latour pour la mise en place d’un parlement international. Aujourd’hui, un pays isolé peut autoriser le clonage humain et le développer en interne.

Comment va évoluer la science du clonage ? Le clonage thérapeutique et ses bienfaits pourront-ils passer outre les lois sur le clonage humain ? Quels seront les enjeux politiques de demain sur le clonage ? Le clonage peut-il être bénéfique à la population sans satisfaire des intérêts personnels ?

Notre dernier intervenant convoqué est le sociologue Bertrand Pulman.

Selon lui, les avancées scientifiques posent des problèmes éthiques puisque les données actuelles ne sont plus suffisantes pour répondre à de nouveaux questionnements.

Avant de proposer des réponses aux avancées scientifiques, et notamment au clonage, Bertrand Pulman préconise d’appuyer une réflexion sur des faits avérés. Le simple fait de mettre en place une réflexion prenant en compte tous les paramètres mis en jeux permet d’inhiber la subjectivité et d’enlever toutes les réactions émotionnelles sur le sujet. Il propose une méthode pour organiser la réflexion sur le clonage, qui pourrait être présentée au parlement international voulu par Bruno Latour.

D’abord, il faut définir le clonage. Puis, il faut des arguments déployés et formuler l’interdit. La résultante de cette méthode formera une base qui permettra d’avancer le débat sur ces questions éthiques et scientifiques. Il précise qu’il faut prendre en compte les statuts sociaux des acteurs du débat et leur position. Ses questions reflètent la fascination et la répulsion de la société quant à l’application du clonage à l’espèce humaine. Le clonage signifie une reproduction asexuée dans laquelle sexualité et reproduction n’ont plus rien en commun.

Le clonage n’est pas la seule question qui mériterait d’être posée à un parlement international et indépendant, mais elle est majeure. Cependant, il faut tenir compte des positions de chaque acteur lors des débats. Il ne faut pas non plus penser que cette discussion apportera des réponses. Elle sera bénéfique pour favoriser une entente internationale, une réflexion commune et objective sur des questions à repolitiser.

Dans ces trois avis, la discussion prône. Elle précède la prise de décision nationale et la formulation des lois. Mais quel sera le premier état à prendre des mesures à la suite d’une discussion objective ? Quel impact ce parlement aura-t-il sur les relations politiques entre états ? Comment la société réagira-t-elle à une prise de décision ?

Ces questions ne sont pas propres au clonage au lui-même. Le clonage est un moyen de traiter une partie des relations entre sciences et sociologie. Il n’est que le moyen de révéler la complexité des liens qui unissent ces deux disciplines.

Si nous choisissions d’appliquer toutes nos réflexions et nos recherches à l’ensemble de la science vis-à-vis de la sociologie, il serait alors inévitable d’avoir recours à ce parlement.

Nous pouvons affirmer que les sciences impactent la sociologie, elles la perturbent et remettent ses principes en question. Une recherche scientifique n’aboutie pas à la même réponse suivant son contexte de développement. Un chercheur à Vienne en 1515, un médecin sous l’Allemagne nazi en 1945 ou un scientifique américain contemporain, n’ont ni les mêmes clefs, ni les mêmes outils, ni les mêmes objectifs, ni les mêmes pensées. Les données géographiques et temporelles, la législation, le régime de l’état modifient considérablement la visée et l’aboutissement d’une découverte.

Il en est de même pour la sociologie qui, par ses réflexions, influe sur l’évolution des sciences.

Nous pensons que la société est liée à l’évolution de la science. Ces deux disciplines s’influencent l’une avec l’autre et l’une selon l’autre. Nous ne pouvons pas nous passer de la science aujourd’hui dans notre mode de vie, elle est omniprésente autour de nous. La société devra se réunir pour discuter de son avenir scientifique et, comme le préconise Bruno Latour, ouvrir des réflexions. Les discussions permettrons non pas d’obtenir les solutions, mais de créer une société unie qui réfléchit ensemble sur son évolution.

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L’épistémologie selon Bouygues Telecom : Le progrès vous appartient !

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont