Catégorie: (non)fictions

Cosmic Communist Constructions Photographed

L’architecture entre réel et science-fiction

Architecture et science-fiction, on pensera d’abord à l’architecture utopique ;  Boullée, Ledoux, les futuristes Italiens emmenés par Sant’ Ellia, ou plus proche de nous l’agence Archigram. Même un Le Corbusier peut rentrer dans le moule avec son plan Voisin pour Paris ou ses plans pour la ville d’Alger.

Mais, ici, nous voulons traiter d’une architecture construite, réelle, mais cependant relevant d’un imaginaire tout droit sorti des meilleurs films de science-fiction. Frédéric Chaubin au gré des multiples voyages en ex-URSS à collecter une centaine de bâtiments hors du temps et hors de tout contexte politique.

CCCP : Cosmic Communist Constructions Photographed, c’est donc l’aventure d’un photographe français dans les vestiges de l’Union soviétique. Mais de tels bâtiments ont pu voir le jour que sous plusieurs conditions. D’abord, ils datent tous de la fin de l’ère soviétique, ensuite ils sont tous construits dans les états périphériques de l’ex-URSS, ainsi ils étaient moins soumis aux pressions du Moscou totalitaire. L’architecture reproduite dans les photos de Chaubin témoigne d’une expression très forte et distinguée comme pour se démarquer de Moscou et exprimer déjà un désir d’indépendance, un premier jet du démantèlement de l’Union soviétique selon le français. Mais le vocabulaire, celui d’un imaginaire spatial très fort, n’est pas nouveau.

En effet, près de 50 ans auparavant, l’architecture soviétique a produit une génération de jeunes architectes qui ont commencé à s’écarter de la réalité et du réalisable au travers de projets incarnant un « futur » probable. C’est ainsi que Ginsburg qui disait « Pensez avec votre tête, pas avec votre règle », imagine des cités volantes, portables, qui se déplaceraient au gré des saisons, Georgii Krutikov lui pensera des villes volantes. Une vraie relation à la science-fiction anime cette génération d’architectes, Konstantin Melnikov produira le premier des vues à vol d’oiseau pour ses projets, mettant en scène une nouvelle vision de l’espace. Le point de vue totalement imaginaire lui permettra de dessiner des engins volants immenses et d’accentuer la distance pour mettre en place une sorte de théâtralité et de gigantisme dans ses projets. Il dira lui même avoir été très influencé par le travail d’Étienne-Louis Boullée.

Mais les « Cosmic Communist Constructions » sont aussi l’incarnation de la course à l’espace faisant rage entre URSS et USA alors en pleine guerre froide. De nombreux bâtiments font immédiatement penser à des soucoupes volantes, d’autres défient les lois de la gravité par d’énormes porte-à-faux.

L’ensemble du corpus reproduit par le photographe est très loin de l’idée que l’on peut se faire de l’architecture soviétique, ces « monstres » comme Chaubin aime les appeler révèlent selon lui la diminution du contrôle de l’état totalitaire. Ces bâtiments sont comme des symboles très forts dans le paysage des républiques « occupées » (pays baltes). En effet, depuis Staline, l’ensemble des constructions en URSS était commandité par l’État, il n’y avait alors que des commandes publiques, et, les architectures étaient très contraintes formellement par le pouvoir sous l’égide de Lazare Kaganovitch, secrétaire du Comité central du Parti. Le style était clairement défini et on ne dérogeait pas à la règle, le néo-classicisme (ou néo-académisme) au service du réalisme socialiste. Staline fera tout pour effacer les traces des avants-gardes russes du début de l’ère soviétique. Deux livres à ce sujet, le petit livre de Élisabeth Essaïn « le grand tour des architectes soviétiques sous Mussolini » dévoile la position de Staline envers l’architecture et « The Lost Vanguard, Russian modernist architecture 1922-1932 » de Richard Pare avec notamment un essaie de Jean-Louis Cohen à propos des vestiges constructivistes en Russie. (Tous deux disponible à la bibliothèque). Nous mettons également en lien une émission France inter avec l’intervention du photographe Frederic Chaubin à propos de son livre.

En conclusion, la compilation de ces bâtiments, qui ne partagent pas vraiment de style ou de caractère, semble en revanche porteuse d’un véritable message social, celui de se libérer des contraintes du régime soviétique par le biais d’un expressionisme à son paroxysme. Poussés à son extrême et compilés avec le contexte historique et actuel, de véritables ovnis architecturaux ont pu voir le jour en quelques points isolés de l’Union. Leur position très isolée et faisant contrastes avec le tissu environnant, souvent très végétal, renforce leurs impacts et leurs caractères surréalistes ou cosmiques comme le titre l’annonce.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-urss-vingt-ans-apres-44-puissance-de-reves-ou-monstres-de-beton-comment-se-ge

Félix Gautherot, Goulven Le Corre, Vincent Macquart

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L’épistémologie ou la sociologie de la science – Cas d’étude n°1

Cas d’étude n°1

L’utilisation du clone comme produit de consommation / The Island, Michael Bay, 2005

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Ici, la science apporte le moyen de créer de la longévité.

Au sein d’une société confinée, vivent des AGNA, êtres sans conscience, sentiments, douleur… Ce sont des doubles de personnalités, de gens fortunés, de l’élite sociale. Ces êtres de l’ombre représentent le nouveau rêve américain : vivre plus longtemps toujours aussi beau et riche. Les AGNA représentent des investissements à vie, on se sert d’eux comme des purs produits de consommation. Ils donnent des organes : un doigt par ci, un rein par là. Ils portent les fétus puis accouchent. La technologie permet de maintenir la population de replacement dans un état contrôlable.

Pour cela, on leur inculque un souvenir commun suivant quelques schémas mémoriels. Une contamination planétaire a dévasté l’humanité et ils sont les derniers survivants.

Les AGNA sont des êtres suivis, à mémoire artificielle, fabriquant de la data. Ces données permettent un suivie de leurs psyché, de leur alimentation, de leur «bien-être». Ainsi, ils sont des produits de consommations de luxe, très chers et réservés à une infime partie de la population.

Cette science fictive est un privilège pour une clientèle pas vraiment informée que les «pièces détachées» qu’ils achètent sont directement issus de leurs semblables, en réalité totalement vivants, conscients et curieux. Ils rejettent cette idée sans jamais chercher à comprendre.

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont

La Ville panoptique

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La ville panoptique

Samedi 30 Novembre 2013 le journal Libération se projetait 40 ans dans le futur à l’occasion d’un numéro spécial week-end. Il était question d’imaginer ce que serait notre quotidien dans quatre décennies. Selon la une, le samedi 30 Novembre 2053 sera marqué par un gigantesque black-out d’internet, entraînant une panique générale à travers le monde. D’autre part on pouvait lire que Paris deviendra une ville régulièrement inondée à partir de 2027, que le festival de Cannes se déroulera à Dubaï, que le centre névralgique du cinéma mondial se déplacera de Hollywood à Lagos au Nigéria, ou encore qu’avec la dépénalisation du cannabis les quartiers Nord de Marseille deviendront prospères. Un article « Paris, la vue mode d’emploi », a particulièrement retenu notre attention. Son auteur Philippe Vasset, s’inspirant du roman de Georges Perec « La vie mode d’emploi », dépeint la manière dont Paris s’offre en spectacle à travers de grandes baies vitrées. « Apparemment frustrés des demi-mesures qu’imposaient les réseaux sociaux, les Parisiens ont voulu exposer leur vie 24 heures sur 24, et plus seulement par intermittence ». Les façades d’immeubles remplaceraient alors les écrans, les habitants joueraient en permanence un rôle sachant pertinemment qu’ils sont observés. La référence à « Playtime » de Jacques Tati nous semble ici inévitable. Dans ce film tourné il y a 46 ans (ou 96) la société moderne était décrite comme froide, distante au travers d’une architecture de verre. Dans le même esprit, le Paris de Vasset imagine les gens tels des robots s’activant derrière des immeubles vitrines, ne laissant aucune intimité. Le spectacle n’est plus dans la rue mais dans les appartements, tout le monde s’observe, une société hollandaise poussé à son paroxysme. En 1922, dans son roman de science-fiction « Nous autres », l’auteur soviétique Eugène Zamiatine imaginait déjà une ville entièrement faite de bâtiments de verre. Du sol au plafond les immeubles étaient transparents, par conséquent les hommes s’observaient, se copiaient, perdaient leur identité et finalement ne devenaient que des numéros. Dans l’article de Vasset, cette perte d’identité de l’homme se traduit par « un accord avec une ou plusieurs marques – de vêtement, de meuble ou d’ustensiles ménagers – dont il fait la promotion dans son appartement ». Les parisiens deviendraient de véritables publicités vivantes. Le film « The Truman Show » interroge ce même rapport entre vie privée et marketing au travers de la vie de Truman Burkank. De notre point de vue, ce voyeurisme banalisé est inévitablement lié à la question de la transparence. Colin Rowe et Robert Slutsky dans “Transparency : litteral and phenomenal” avaient soulevé l’opposition qu’il pouvait exister entre une transparence pure, cristalline, une transparence littérale et une transparence perçue dans l’espace, plus subtile, une transparence phénoménale. Cet article de Libération annonce la victoire déjà amorcée au XXème par la transparence « apollonienne » sur une transparence plus « dionysiaque ».

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Vincent Macquart, Goulven Le Corre et Félix Gautherot

Ceci n’est que le début

Tendres Amis et Mies très chères,

Tendu d’une émotion intense, le groupuscule international de coordination étrenne en ce jour l’immatériel recueil de vos précieuses pensées. Confuses ou limpides, mécaniques ou envolées, elles feront l’étoffe de ce qui ne peut demeurer cette pelure dans l’espace glacé du Ternète.

Promptement suivront textes, images, et rencontres enjoignant votre engagement enjoué.