Catégorie: Philosophies du quotidien

La cohabitation : le logement de demain ?

Aujourd’hui la notion d’habitation  tend à se transformer en cohabitation. Cette nouvelle définition de la vie au sein du logement permet de répondre u caractère social, et économique de la société actuelle.

 

La cohabitation est en train d’apparaitre dans la pensée actuelle. Pourtant depuis bien longtemps, la notion de cohabitation ou de partage de son logement est réservée aux étudiants sans grandes ressources financières. La société actuelle pousse à l’individualisation du logement, fabriquant ainsi sa sphère personnelle dans un lieu qui nous est propre. Notre étude sur ce sujet nous a révélé que cet individualisme dans l’habitat est encore trop fort dans la pensée de la société. Pour un grand nombre de personnes interrogées il n’est tout pas encore envisageable de partager son « chez-soi » avec un étranger. La raison à cela ? La sphère privée : Chaque individu doit disposer dans son logement d’une intimité. Le partage n’est pour autant pas un frein à l’intimité si dans sa conception de l’habitation celui-ci intègre cette notion dès sa phase de conception.

 

De plus, la question de la limitation de l’étalement urbain contraint les villes d’aujourd’hui. Il faut repenser l’habitat et donc la définition même de vivre dans ce logement. Comment régler le problème de place ? La cohabitation répond à cette problématique, sans oublier le fait de préserver au sein même d’un logement mixte ( aussi bien intergénérationnelle, que partagé ) la notion d’intimité et de privé.

 

Bien plus qu’une cohabitation, c’est une mutualisation des fonctions qui est en train d’apparaitre dans notre société. Un nouveau mode de vie, initié par les grands patrons au XIXe siècle. Jean Baptiste Godin avait mis en place dans son Familistère, à Gise, cette notion de cohabitation et de mutualisation des services : l’ouvrier travaillait, se cultivait et s’épanouissait sur un même lieu. Bien qu’un peu caricatural, ce type de bâtiment permettait, un entre aides et un partage. Luttant contre l’isolement et l’abandon, et fabriquant une micro société où chacun veille sur l’autre.

 

Il nous a semblé important de regarder cette notion de cohabitation et de redéfinition des critères du logement de demain.

 

Adrien Marty – Vincent Trescartes – Paul Berthelot

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La cohabitation : 3 – Vers un phénomène de société solidaire et intergénérationnel

Dans les grandes villes d’aujourd’hui, la tendance va à la densification et les logements étudiants se font de plus en plus rares. 

Les étudiants en recherche de logements à petit budget font face à la dure loi de l’immobilier et à la pénurie de l’offre. 

 

Pour contrer cela, un système de collocation intergénérationnelle va être mis en place et défendu par des association puis par une charte appelée « un toit, deux générations » mise en place par le ministère des solidarités, de la santé et de la famille. Ce principe propose une collocation entre un étudiant et une personne âgée, permettant au jeune de bénéficier d’un logement décent pour un loyer relativement bas. La personne âgée va également tiré bénéfice de celle collocation, en effet les personnes participant à ce partage sont généralement des gens en situation de solitude, âgé(e)s et éloigné(e)s de leur famille. La collocation va leur apporter une présence, une personne avec qui échanger, mais aussi bien souvent une aide car le jeune va participer la vie domestique : préparation de certains repas, un peu de ménage, les courses…

Ce procédé as été largement critiqué à ses débuts car on le jugeais immoral, cependant les mentalités ont changés car il s’agit avant tout d’une cohabitation humaine, solidaire, basée sur l’échange plus que sur l’aspect financier.

 

Le principe de la collocation intergénérationnelle permet aux personnes âgées de poursuivre leur vie « humainement », en restant chez eux au lieu d’être placé en maison de repos. En effet, la présence d’un colocataire va rassurer la personne agée en cas de malaise ou de tout autre besoin d’assistance. L’étudiant sera là pour l’aider ou appeler des secours en cas de besoins, ce qui évite le recours à une présence médicale spécialisée permanente.

 

Ce principe de collocation est mis en scène dans le film « A deux c’est plus facile » d’Emilie Deleuze, dans lequel Michel Galabru interprète une personne âgée participant au programme de collocation intergénérationnelle. Au début personnage renfermé sur lui même et vivant dans une certaine autarcie, le retraité va redécouvrir les bienfaits de la vie en communauté, l’étudiante qui partage son toit lui chamboule quelque peu ses habitudes, lui fait comprendre inconsciemment de ce à côté de quoi il passe en restant enfermé sur lui même et lui redonne alors un peu de joie et de motivation dans la vie.

 

Bien que difficile à mettre en place car nécessitant une importante organisation préalable , de nombreux entretients, afin de s’assurer de la bonne foi des participants pour qu’il n’y ai aucun risque, la collocation intergénérationnelle peut être enviseagé comme l’une des solution à la crise du logement étudiant ainsi qu’a l’isolement et la solitude des personnes agées.

 

Adrien Marty – Vincent Trescartes – Paul Berthelot

La cohabitation : 2 – Un substitut de la sphère familiale : une alternative aux structures traditionnelles

Étudier le phénomène de cohabitation nécessite de comprendre le passage du foyer familial à celui individuel. C’est la recherche d’une nouvelle structure d’habitat, en réponse à la structure familial, une première indépendance, autonomie de l’individu. De plus, le partage du cadre de vie est également un raccord de sociabilisation avec les autres colocataires. La cohabitation serait une corde de secours sociale à isolement post-familial.
 
 
La structure de cohabitation, à notre époque moderne est aussi une réponse à l’isolement de l’individu dans le monde urbain, aux changements plus fréquent de statut social. C’est avec la remise en question de la notion de couple et de la stabilité qui en découle, que celui de la cohabitation prend racine. C’est un modèle flexible de vie sociale à l’image d’un l’individu moderne, volatil, adaptable et sans cesse insatisfait. En effet, la pérennité d’un couple n’est plus aussi solide qu’elle ne pouvait l’être auparavant, notamment grâce aux nombreuses émancipations culturelles. Le statut n’est plus forcément synonyme de sédiment de construction pour un nouveau foyer. Aujourd’hui, l’individu lambda évolue souvent par alternance du célibat ou couple. La cohabitation / colocation pourrait donc être une solution suffisamment temporaire pour permettre des ajustements en cas de changement social, mais également suffisamment stable pour créer un cadre de vie confiant et collectif.
 
 
Il faut aussi noter que ces critères sont distillés par notre société même. Ce sont les pressions sociétales qui façonnent et orientent le comportement des individus. Que cela soit par rapport au monde du travail, culturel, du tourisme, elles nous demandent de plus en plus d’être mobile, flexible, tolérant, donc notre implantation sédentaire devient presque paradoxale. On doit être capable de s’installer un endroit précis tout en sachant qu’il existe une possibilité de déménager ailleurs. La structure en colocation offre donc une flexibilité qui était absente dans le foyer familial, ou les structures plus hiérarchisées. En effet, il arrive souvent que au sein même de l’entité de cohabitation crée, que les éléments qui la composent s’intervertissent, se remplacent par des nouveaux, reviennent après une absence…  La cohabitation est donc un investissement personnel dans une organisation collective sans contrat définitif.
 
 
Définissant ainsi la cohabitation comme alternative contemporaine à composante sociale, on pourrait donc supposer qu’en cas de baisse de pressions économiques et financières ce phénomène pourrait perdurer puisqu’il apporte à l’individu un substitut social à l’image de ses attentes et modes de vie actuels. 
 
 
En comprenant à présent le contexte social, on pourrait aborder la question plus précisément en se demandant si ce un comportement social est ciblé selon l’age des individus, leurs niveaux sociaux, leurs ascensions sociales, leur situation professionnelle ? Peut-il devenir un modèle de vie communautaire, solidaire, intergénérationnel, modèle pour la société de demain ? 
 
 
Adrien Marty – Vincent Trescartes – Paul Berthelot

La cohabitation : 1 – Un consensus pratique et social : entre proximité et intimité

«Le paradoxe de l’individualisme contemporaine conduit donc les adultes à rêver d’une vie qui cumule, en même temps – et non successivement – des moments de solitudes et des moments de communauté, d’une vie qui autorise à être ensemble tout en permettant à chacun d’être seul, s’il le veut.» François de Singly
La cohabitation se définit par une coexistence entre plusieurs individus, elle nécessite donc une mise en accord des différentes parties en question, et exige de part et d’autre la capacité individuel de compromis. Si dans un logement individuel, la souveraineté personnelle est totalement libre à l’intérieur de la cellule de l’habitat (il existe des confrontations avec l’extérieur, notamment dans le cadre urbain de voisinage), dans la cohabitation, la mise en commun du support matériel de vie oblige les contractants à limiter leur désirs personnels. Le degré de cette attitude conciliante peut varier selon les colocations, le rapport entre les individus, et les critères de vie communes mis en place au début.
L’acceptation qu’un autre individu puisse partagé en partie sa sphère privée, est l’élément fondateur et fondamental d’une vie en cohabitation. Le choix de la personne a donc grandement son importance dans l’atmosphère générale de la cellule de vie en formation. Ce choix s’opère selon une série de critères, projetés d’un profil idéal d’individu et de manière réciproque entre les entités mises en relation. En d’autre terme, au commencement d’une colocation, les individus choisissent les personnes avec lesquelles elles pensent pouvoir vivre convenablement, selon les critères communs : centres d’intérêts, les rythmes de vie, les habitudes…  On recherche toujours relativement un profil idéal et cette recherche est le fruit d’une confrontation à un monde inconnu. En effet, on se retrouve face à des personnes que l’on connait plus ou moins (voir pas du tout), et il s’agit de déterminer un «potentiel de compatibilité de vie commune». Ainsi, en se cherchant des correspondances, on tente de limiter les incertitudes. Il s’agit donc de trouver dans l’autre un petit peu de soi.
Ensuite, il faut expliquer que l’individu moderne, étant de plus en plus urbain, voit sa sphère privée de plus en plus réduite et assaillie par les contraintes de densités humaines. Une ville se définit par un maillage d’espaces publics linéaire ou de surfaces (rues et places), qui sont les lieux de socialisations. L’homme moderne cherche donc à avoir accès facilement à ces espaces, tout en pouvant, quand il le souhaite retrouve son confort individuel. Au sein d’une cohabitation, la même question est posée, mais à l’échelle de la cellule de vie. On veut développer une relation particulière avec un individu, partagé son quotidien, tout en ayant la possibilité de s’isoler dans son intimité. Au final, on peut aussi faire le parallèle entre cette volonté et celle de la recherche d’indépendance de l’adolescent, qui tout en restant accroché à la structure familial, souhaite plus d’intimité. On assiste donc à un partage du quotidien de plusieurs individus et qui va redéfinir le quotidien même de ces individus. Car même dans le cas d’une personne déjà amatrice de colocation, la rencontre avec un nouveau colocataire bouleverse à tous les coups notre manière de vivre en communauté, et celle-ci s’adapte selon les habitudes de l’autre.
Ce critère d’adaptabilité de l’individu est la qualité principale requise pour une cohabitation. En effet, quand on décide de partager notre cellule de vie (valable tant pour la colocation que pour le couple), il ne s’agit pas de chercher à imposer à l’autre son individualité, mais plutôt construire une collectivité à partir de plusieurs individualités. Vivre avec l’autre nécessite donc une flexibilité bidirectionnelle tant sur notre propre comportement que sur l’acceptation de celui de l’autre. Partagé son quotidien résulte d’un ensemble de compromis réalisés pour un bien commun. Il s’agit d’apprendre à faire des concessions.
En somme, de la même manière que le terme de cohabitation est reprit dans le domaine politique pour caractériser une coexistence de couleurs politiques variées au sein d’un pouvoir décisionnel, un consensus idéologique ; la cohabitation en terme de logement est un consensus social, ou plusieurs entités indépendantes s’entendent pour vivre au mieux, et placent ainsi de côté, une partie de leur attentes personnelles.
Voir La colocation, ou l’art de la proximité distante – Stéphanie Émery
«Les colocataires désirent pouvoir jouir de la présence choisie de l’autre tout en conservant leur liberté et leur autonomie, leurs aspirations se révèlent paradoxales car ils veulent vivre à la fois avec et sans l’autre.»
Adrien Marty – Vincent Trecartes – Paul Berthelot

Histoire du café, troisième-lieu par excellence

Lieu de rencontres ou de réunions par excellence, lieu où l’on observe, écoute, où l’on se pose pour écrire ou pour lire, lieu où l’on attend l’être cher ou la fin de la journée. Lieu où l’on entre, pour consommer boissons chaudes ou froides ou pour déjeuner sur le pouce, le café est le havre de décélération de sociétés constamment en surchauffe, victime de la dictature horlogère, synonyme de civilisation contemporaine.

Monique Eleb (Unité « Architecture, urbanisme sociétés ») observe que les fonctions du café, son décor, son mobilier (avec l’introduction de l’idée de « lounge »), le style du service et ce qu’on y consomme se redéfinissent depuis une vingtaine d’années. Comme c’est le cas pour la place qu’il occupe dans la topographie et les rythmes urbains. Ce renouvellement participe des recompositions affectant l’emploi du temps et de l’espace des habitants de la capitale et de sa région, pour qui aujourd’hui le café apparaît souvent comme un « troisième-lieu », lieu de médiation, après la maison et le bureau.

On peut toutefois s’interroger sur la véritable nature de ce « troisième-lieu » lorsque l’on étudie rétrospectivement le rôle qu’ont tenu les cafés dans la société face au phénomène actuel de gentrification de la clientèle qui se retrouve dans des cafés design, aux clients branchés ou dans des cafés faussement anciens, avec des références populaires ou bourgeoises.

L’origine orientale des cafés

Le café prend ses racines au Moyen-Orient. En Perse, les cafés étaient appelés au XVIème siècle, qahveh-khanek. Lieux de socialisation où les hommes se rassemblaient pour boire du café, écouter de la musique, lire, jouer ou écouter la lecture du Shâh Nâmâ (livre retraçant l’histoire de l’Iran de l’origine du monde jusqu’à l’arrivée de l’Islam). Dans l’Iran moderne, les cafés sont toujours fréquentés par les hommes. La télévision y a remplacé les jeux de société ainsi que la musique.

L’arrivée des cafés en Europe

La passion pour le moka atteint Venise en 1615 et le premier café européen, quant à lui, apparaît à Vienne en 1640. A Londres, un jeune arménien, Pasqua Rosée, ouvre le premier café. L’engouement du public pour ce nouveau breuvage est immédiat et plus de 2000 établissements sont créés au cours du XVIIème siècle. A la différence des clubs de gentlemen, réservés à l’élite nantie, les cafés sont ouverts à tous. Les deux seules conditions nécessaires pour y entrer sont :

– Un prix d’entrée modique : un penny . Selon Joffre Dumazedier, c’est « le salon du pauvre »

– Le port de vêtements respectables et propres.

Thomas Macauley écrit dans son roman History of England que « le café est comme la seconde maison du londonien ». Déjà à cette époque, les cafés sont au centre de la vie sociale dans la capitale anglaise.

Avant l’établissement des cafés en Europe, d’autres endroits de socialisation existaient comme les tavernes mais il s’agissait de lieux de dépravation où l’on buvait principalement de l’alcool ce qui empêchait de conserver un esprit clair propice aux débats.

En France, Jean de la Rocque, négociant introduit la fève de café à Marseille vers 1644. Celle-ci devient à la mode quelques années plus tard en 1660 pour s’étendre jusqu’à Lyon.

Les premiers cafés parisiens

Ce n’est qu’à partir de 1669 que l’usage du café se répand vraiment à Paris. Grâce à l’introduction de la fève par Jean de Thévenot, voyageur français, qui en avait favorisé l’introduction dès 1657 tout comme Soliman Aga Mustapha Raca, émissaire du Sultan Mehmed IV qui offrait à ses visiteurs, sous le règne de Louis XIV, du café dans des tasses de porcelaine du Japon. Le prix très élevé de la fève de café réservé aux seuls grands seigneurs la consommation de ce produit de luxe.

En 1672, un Arménien nommé Pascal ouvrit à la foire Saint-Germain une maison du café semblable à celles vues à Constantinople. Encouragé par le succès obtenu, il transfère son petit établissement quai de l’école, aujourd’hui, quai du Louvre. Bien que la « liqueur arabesque » y soit vendue à prix raisonnable, il doit fermer boutique et se retire à Londres.

Un autre Arménien, Malisan, ouvre un café rue de Bussy et y vend aussi tabac et pipes. Grégoire, son fils, lui succède. Après de nombreux déménagements, Grégoire voit prospérer ses affaires à partir de 1680. A cette époque, d’autres cafés voient le jour, sous le modèle oriental. Il s’agit principalement de réduits sales et obscurs, où l’on fume, où l’on boit de la mauvaise bière et du café frelaté. Leur clientèle y est alors limitée aux classes les plus pauvres.

Un sicilien du nom de Francesco Procopio qui avait servi, en 1672, comme garçon chez Pascal l’Arménien, ouvre, en 1686,  un café proposant boissons, sorbets, gâteaux et qui affiche les nouvelles du jour. C’est en 1702 qu’il rachète à Grégoire l’établissement situé en face de la Comédie Française et qui porte encore aujourd’hui le nom de Procope. Il le fait luxueusement décorer et  compte bientôt une nombreuse clientèle. Le Procope voit dès lors défiler nombre des écrivains de la capitale, comme Voltaire, Diderot, Rousseau, puis les révolutionnaires, américains d’abord, comme Benjamin Franklin, John Paul Jones ou Thomas Jefferson, puis français, comme les Cordeliers Danton et Marat. Il reste aujourd’hui l’un des rendez-vous parisiens des arts et des lettres.

Le rôle du café dans la société

Le café s’est révélé un véritable catalyseur du siècle des lumières qui a élaboré une nouvelle philosophie mettant l’accent sur la rationalité et la logique dans le but de battre en brèche la tradition, la superstition et la tyrannie qui régnaient alors. Très vite, il est devenu un centre de diffusion des idées nouvelles et de l’actualité. Véritable centre de transmission des renseignements, les discussions intellectuelles y ont naturellement prospéré. Selon Honoré de Balzac : « Le comptoir d’un café est le parlement du peuple ». Tout le monde avait droit à la parole, même s’ils n’étaient pas gentilshommes ou riches. Les différences sociales y sont gommées. Dans ces lieux, tous les grands sujets, religion, politique, arts… sont abordés. C’est dans cette ambiance que les philosophes des Lumières pouvaient enseigner leurs théories. La parole libérée dans les cafés a ainsi ouvert la voie à deux révolutions importantes, la révolution française et la révolution américaine. On dit même que le projet de constitution des Etats-Unis a été conçu au Café Procope.

À la mort de Voltaire, à la mort de Marat, à la mort de Saint-Fargeau, leurs dépouilles sont exposées dans des cafés.

Interdites ou surveillées de près, les associations politiques ont, depuis le XVIIIème siècle, élu les cafés pour y tenir leurs réunions. Pendant la Révolution, les cafés abritent le siège des sociétés patriotiques et autres clubs. Le Procope accueille tour à tour le club des Cordeliers, très proche des classes populaires, ou le club des Jacobins, plus élitiste. De là, à l’abri des regards, partent les émeutes ou les coups d’État.

Sous la Révolution, les cafés deviennent le siège des chapelles politiques : café des Montagnards, des Girondins, des Royalistes, des Dantonistes ou des Sans-Culottes. Parce qu’il est discret et qu’il constitue souvent un terrain neutre, le café permet alors aux politiques de faire des alliances, contre-nature, mais terriblement efficaces. C’est dans une arrière-salle du café de la rue du Paon que s’échange, le 23 octobre 1792, le fameux baiser entre la Montagne et la Gironde dont parle Victor Hugo dans Quatre-vingt treize. Plus tard, face à un régime parlementaire très fluctuant, le café est un terrain propice aux alliances des Républicains. C’est ainsi au café Riche que s’organise, en 1877, le rassemblement au centre gauche de l’union républicaine autour de Gambetta ruinant toute possibilité de restauration de la Monarchie. C’est au moment où la presse connaît une véritable révolution dans son mode de fonctionnement que le café accueille les journalistes non seulement pour recueillir des informations, mais aussi pour y écrire leurs articles. Il y a bien avec la presse, d’un côté, et les cafés, de l’autre, une synergie qui est le socle même de notre culture républicaine. Ainsi, véritable prolongement de la place publique, au café, on parle de tout, les idées foisonnent, les esprits s’échauffent et de grands courants politiques en naissent.

Pendant longtemps, et jusqu’aux années 1970, le café demeure  le lieu où circule l’information nationale. Aujourd’hui encore, c’est dans le café du village ou du quartier que l’on apprend les ragots, bref, la vie de tous les jours. Le café est par excellence le lieu de la rumeur. C’est aussi le lieu où la police recrute une grosse partie de ses informateurs et de longue date. En effet, dès le XVIIIème siècle, elle a considérée d’un mauvais œil la multiplication de tels endroits et entrepris systématiquement de les contrôler. Balzac, 1816 : « Un jeune commis voyageur nommé Gaudissart, habitué du café David, se grise de 11 heures à minuit, avec un officier à demi-solde. Il eut l’imprudence de parler d’une conspiration ourdie contre les Bourbons, assez sérieuse et près d’éclater. On ne voyait plus dans le café que le père Canquouelle qui semblait endormi, deux garçons qui sommeillaient et la dame du comptoir. Dans les 24 heures, Gaudissart fut arrêté, la conspiration était découverte. Deux hommes périrent à l’échafaud. Ni Gaudissart ni personne ne soupçonna jamais le brave père Canquouelle d’avoir éventé la mèche. On renvoya les garçons, on s’observa pendant près d’un an et l’on s’effraya de la police. »

Dans les Confessions, Jean-Jacques Rousseau écrit : « Voltaire avait la réputation de boire 40 tasses de café chaque jour pour l’aider à rester éveillé pour penser, penser, penser à la manière de lutter contre les tyrans et les imbéciles ».  Denis Diderot dans le Neveu de Rameau évoque sa distanciation des événements et parle du refuge donné par le café de la Régence où il pouvait jouer aux échecs, observer et converser avec tous, y compris avec des excentriques.

Nous pouvons donc constater comment, à partir d’un breuvage et du lieu où on le consomme, un environnement nécessaire à la diffusion des pensées des philosophes des Lumières a pu naître et transformer en profondeur notre société.

Le café a longtemps été le point de ralliement de ceux qui n’ont pas de domicile, des marginaux qui viennent y trouver un refuge. Si les hommes vont au café, c’est aussi pour lutter contre le froid, la solitude d’une chambre de bonne pour l’étudiant, d’une chambre au foyer pour l’ouvrier émigré, de la rue pour le SDF. Lieu d’accueil, lieu de travail, lieu de rendez-vous, lieu de prosélytisme, le café est également un endroit privilégié pour tous ceux qui ont été chassés de chez eux. C’est un lieu qui multiplie les possibilités d’intégration. Le café est un véritable chaudron où, toutes générations confondues, se brassent les idées et se mélangent les classes sociales, vecteur de démocratie.

Si les cafés n’étaient, à l’origine, que le lieu spécialement affecté à la consommation d’un produit coûteux et novateur, leur démocratisation et l’élargissement de leur clientèle leur ont permis d’endosser un rôle politique majeur grâce à la liberté de parole qui y régnait et au brassage des idées.

Ils sont devenus au peuple ce que les salons étaient à l’aristocratie. Le terreau indispensable dans lequel des idées contestataires nouvelles ont pu germer puis se développer, dans la discrétion d’une arrière salle d’abord, avant de se propager à la rue ensuite.

Ils sont, en quelque sorte, un premier bastion, la structure de base de la démocratie, l’antichambre des assemblées de représentation de la population.

Pour enrayer la baisse de leur nombre en France, l’Institut de développement des cafés, cafés-brasseries et le Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers, traiteurs préconisent le développement de labels, de bars à thèmes, bars à vins.

Nous sommes en droit, cependant, de nous demander si une telle politique de spécialisation ne va pas bouleverser les valeurs initiales du café en supprimant la mixité sociale.

A l’image des cybercafés ou des repaircafés, de nouveaux services peuvent être proposés aux utilisateurs afin de diversifier l’offre et de maintenir des lieux de médiation les plus neutres possibles.

 

Jean-Maxime Descheemaekère, Ali Khabacha & Alexandre Marionneau

La cohabitation : une alternative immobilière, économique et sociale ?

 » On rentre chez soi, dans ce lieu propre qui, par définition, ne saurait être le lieu d’autrui « 

Michel de Certeau

En première approche, la cohabitation se définirait par une mutualisation d’un espace de vie. Elle se caractérise donc par un partage physique d’une entité immobilière entre plusieurs individus. La structure familiale est l’exemple dit traditionnel de cohabitation, où les différents membres d’une famille vivent ensemble sous un même toit. D’autres organisations sociales se déclinent avec des structures différentes comme la copropriété, où la propriété même d’un bâtiment est segmentée selon le nombre de propriétaires, ou bien la colocation, où la location d’un appartement/maison est partagée par plusieurs individus.

Dans tous les cas, la cohabitation met en tension les sphères d’intimité de chacun, les confronte, les transforme, les mélange. Elle engendre en parallèle la création d’une sphère privée commune à petite échelle. Comment évolue alors notre rapport à l’autre ? Vers une symbiose, sous forme de consensus ou par confrontations ? Et quelles seraient alors nos motivations pour adopter un tel mode de vie ?

En somme, nous pouvons nous demander si les phénomènes actuels de cohabitation relèvent seulement de nécessités pratiques vis à vis de pressions immobilières et économiques ou aussi de désirs émergents de sociabilisation et de recherche d’un nouveau mode de vie ?

Tout d’abord, si ce phénomène social est de plus en plus répandu dans notre société actuelle, il ne faut pas le limiter comme un fait uniquement contemporain. En effet, en considérant l’habitat avant l’arrivée des appartements bon marché, beaucoup de familles vivaient tous ensemble (dimension intergénérationelle) dans un seul espace ou même pouvaient être contraintes de vivre à plusieurs familles dans une seule maison. Le partage de l’espace de vie était alors surtout une question de survie, l’obligation de s’allier pour avoir un toit pour se loger, et des denrées pour subsister. Comment définir alors le comportement actuel de mutualisation des espaces de vie ? La question de survie n’est peut être plus la seule en jeu.

Est ce un mode de vie qui s’inscrit seulement comme une alternative à l’individualisme développée et engendrée par le fonctionnement de notre société ou bien traduit il aussi les prémisses d’une nouvelle manière de vivre ? Du communautarisme à petite échelle qui tente de répondre directement aux problèmes individuels, sans passer par un pouvoir décisionnel global.

« Voici les éléments de tout être et de tout fait social, inséparable dans la réalité : d’une part, un intérêt, un but, ou un motif, d’autre part une forme, un mode de l’action réciproque entre les individus, par lequel, ou sous la forme duquel ce contenu accède à la réalité sociale.»

Georg Simmel


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Exemple de cohabitation au sein de la structure familiale, dans un logement parisien en 1939.

Adrien Marty / Vincent Trescartes / Paul Berthelot

Ceci n’est que le début

Tendres Amis et Mies très chères,

Tendu d’une émotion intense, le groupuscule international de coordination étrenne en ce jour l’immatériel recueil de vos précieuses pensées. Confuses ou limpides, mécaniques ou envolées, elles feront l’étoffe de ce qui ne peut demeurer cette pelure dans l’espace glacé du Ternète.

Promptement suivront textes, images, et rencontres enjoignant votre engagement enjoué.