Catégorie: Ethnologies

L’ANTI-SQUAT : ANALYSE CRITIQUE

Nous avons constaté que l’enquêtée apprécie vraiment d’habiter dans un logement anti-squat et porte un regard positif sur l’organisme qui lui loue l’appartement. Cela nous a surpris car nous nous interrogions sur l’impact social d’une telle entreprise. En effet, ces logements normalisent la précarité d’une partie de la population. Il semble difficilement acceptable de louer des logements en sachant qu’ils ne respectent pas les normes de sécurité habituelles. Cela risque de créer une législation à deux vitesses avec des normes moins strictes pour des logements moins chers.

Il nous parait maintenant indéniable que dans le cas de Marie, l’organisme propose un lieu de vie très agréable et qui fonctionne bien. Elle est d’ailleurs très fière de son appartement et de faire partie de l’organisme. Ainsi, notre question sur sa facilité à parler de son logement, que nous avions prévu avant de visiter ce dernier, semblait inadéquate puisqu’elle n’a aucune raison d’avoir honte de celui-ci. L’anti-squat est particulièrement adapté pour les étudiants car ils savent qu’ils ne resteront que le temps de leurs études dans leur logement. Ils ont accumulé peu de meubles et d’appareils électroménagers et sont donc particulièrement mobiles. Pendant leurs études ils apprennent à vivre de manière indépendante et il est donc pratique pour eux de pouvoir expérimenter différents quartiers, des logements de tailles variées ou la colocation. L’habitat temporaire est donc source de richesses plutôt que d’inconfort.

Toutefois si ce système se généralise, notamment à des personnes précaires, il faudra questionner davantage les enjeux de ce type d’habitat. Car finalement, celui-ci implique que les personnes les plus pauvres soient obligées de vivre dans les logements les plus dégradés en attendant qu’ils soient réhabilités pour les plus riches. On retrouve le concept développé par Ernest Burgess et Robert Park dans leur livre The City où les plus riches chassent les plus pauvres vers la périphérie. Cette succession est désormais plus temporelle et moins spatiale. Les plus pauvres récupèrent les restes usés des bâtiments laissés par les plus riches, jusqu’à ce que ces derniers puissent les réoccuper. Le système de l’anti-squat reste toutefois nettement préférable au modèle de la ville concentrique car il permet une mixité sociale. Les bâtiments se dégradant à des rythmes différents, toutes les classes sociales cohabitent dans le même quartier alors que dans le modèle de Chicago, cette cohabitation est accidentelle et ne dure que pendant la phase « d’invasion ».

L’objectif mis en avant par certains de ces organismes est de créer du profit même pendant les phases de chantier. Cette réappropriation du squat par un système capitaliste laisse toutefois perplexe. En effet, les squats ont souvent été le lieu d’expérimentation d’un mode de vie alternatif. Même si ils sont une nuisance pour les propriétaires ils sont aussi un espace de création artistique et d’inventions sociales. La forme d’encadrement à but lucratif que représentent ces entreprises ne risque-t-elle pas de détruire totalement ces modes de vie ? Cette réponse au squat ne devient-elle pas son opposé allant jusqu’à interdire aux occupants de repeindre leurs murs ou d’accrocher des tableaux ?

D’un autre point de vue, nous pouvons dire qu’il rassure les propriétaires contre le squat éventuel, et conséquemment, qu’ils occasionnent moins de dégradations dans ce genre de logements vacants. Il offre à des étudiants ou jeunes travailleurs un espace très confortable, en opposition aux chambres de bonnes parisiennes plus qu’impossible à vivre et très chères pour ce qu’elles valent réellement. Ce paradoxe est à soulever mais comme le dirait Marie, c’est pour elle une réelle fierté que d’avoir habité ces lieux.

Christopher Barri et Rémi Preud’homme

Le logement anti-squat à Amsterdam : Portrait d’une habitante temporaire

Se loger dans les édifices libres permet de maintenir une densité importante et l’occupation des friches urbaines évite l’étalement urbain. Ce système apporte une nouvelle manière de planifier la ville en prenant mieux en compte les phases de chantier ou d’attente de projets. Limiter l’inoccupation revient finalement à réduire les dégradations dues à l’humidité qui s’infiltre ou celles liées au froid. De plus, l’anti-squat permet de faciliter la réhabilitation. Laquelle est aujourd’hui particulièrement importante pour limiter le gaspillage des matières premières et de l’énergie grise permettant leur production. L’anti-squat pourrait aussi accélérer la mise aux normes BBC du parc existant avec un coût économique moindre.

Marie S. travaille depuis la fin récente de ses études. Elle habite depuis 6 ans à Amsterdam où elle a réalisé ses études d’ergothérapie. Nous avons choisi d’organiser notre interview de manière chronologique pour mieux comprendre son parcours :

I)  Son parcours avant de vivre à Amsterdam

II)  Comment a-t-elle connu l’association

III)  Sa vie dans l’appartement et ses projets futurs

SON PARCOURS AVANT DE VIVRE A AMSTERDAM

D’où venez-vous ? Pourquoi êtes-vous venue vivre à Amsterdam ?

Marie S : « En France, je vivais à Argentan, en Basse-Normandie,  je suis ensuite partie vivre à Amsterdam pour mes études d’Ergothérapie et également pour les qualités multiples qu’offre la ville. Je l’apprécie particulièrement, étant hollandaise d’origine. »

Pouvez-vous nous décrire votre « parcours-logement », ainsi que ce qui vous a amenée à connaître l’organisme d’« anti-squat » ?

M.S : « À mon arrivée à Amsterdam, j’ai, dans un premier temps logé dans des appartements dédiés aux étrangers et rapidement, une amie m’a fait part d’une proposition pour aller vivre dans un complexe de bureau où un emplacement était vacant.  Par son intermédiaire j’ai pu m’y installer. Depuis mon entrée dans l’organisme, j’ai changé plusieurs fois de lieux et j’ai vécu dans des logements divers. »

L’ORGANISME ZWERFKEI

 « Comment fonctionne cet organisme ? Quels rapports entretient-il avec les propriétaires de biens vacants?

M.S : «Zwerfkei s’occupe de nombreux  logements inoccupés à  Amsterdam et ses environs. Il y en a beaucoup en Hollande. Lorsque personnes n’y habitent, ils peuvent être squattés et dégradés. Pour éviter ça, il y a une loi qui permet de  les louer temporairement. Les immeubles, les usines, les  maisons ou autres,  peuvent être loués par des gens. C’est une forme de gardiennage. Les propriétaires sont rassurés, leurs propriétés ne sont pas squattées, en contrepartie, on en prend soin et on profite de leurs logements. Tout le monde y gagne.

Quelles sont les conditions d’attribution et la durée d’attente pour obtenir un logement ?

M.S : « Malgré les conditions parfois difficiles, le  concept d’ «anti-squat» est tellement sollicité que l’unique façon d’entrer dans l’organisme est de bénéficier d’un parrainage. Ils n’acceptent que des gens « clean », bien recommandés et uniquement si un logement vacant peut leur être proposé pour éviter l’accumulation de demandeurs. Ensuite, une fois entré, les personnes de l’organisme peuvent venir contrôler les logements pour savoir si l’entretien est fait, si tout se passe bien, si les règles sont respectées, et les placements d’attributions sont adaptés. Au plus le logement et les règles sont respectées, plus les propositions ultérieures sont attractives. En faisant partie de l’organisme, c’est deux semaines d’attente, mais quand on veut faire partie de l’organisme pour la première fois, c’est presque impossible car il y a trop de demandes en attente. »

Avez-vous le choix de votre logement ou vous est-il imposé par l’organisme ?

M.S : « Chaque membre de l’organisme ne peut refuser que deux fois une location  sous peine d’être « viré » de celui-ci, mais refuser un bien est un risque, car ils peuvent ne pas en retrouver d’autres en remplacement ; Il vaut mieux ne pas refuser et avoir peu de critères de sélection pour s’assurer d’avoir un logement. »

Les offres qui vous sont proposées le sont dans un milieu rural ou citadin ?

M.S : « Citadin, mais il existe également des fermes louées à  des photographes ou des musiciens qui, dans le cadre de leur travaux, ont des besoins de locaux spécifiques, l’organisme ne gère pas forcément que de l’hébergement, mais aussi des activités professionnelles. »

Puisque certains logements sont loués en attendant d’être réhabilités, quelles normes en vigueur doivent-ils satisfaire (incendie, sanitaire, confort, handicapées…)?

M.S : « L’organisme n’est garante d’un accès direct aux commodités et de la décence des biens qu’elle propose à la location temporaire. »

Comment sont les logements proposés ?

M.S :  «En général, il s’agit d’appartements, d’écoles ou de bureaux vacants. Une amie, qui m’a fait découvrir l’organisme occupe actuellement un logement dans une école, sa douche est une douche de chantier, mais au rez-de-chaussée, il y a un énorme gymnase vide, auquel elle a accès libre. Actuellement elle y partage une cuisine, mais elle a déjà vécu dans un logement «anti-squat » où il n’y avait ni gaz, ni électricité, que de l’eau ! »

Quelles sont ses règles d’occupation? Les logements peuvent-ils être partagés par plusieurs locataires ?

M.S : « Quand on occupe un logement «anti-squat», les premières règles sont d’être propre et flexible ; ensuite on n’a pas le droit d’y mettre des tableaux, de refaire la peinture ou encore le parquet ; il ne faut rien changer à l’intérieur du logement pour pouvoir le faire visiter à tout moment dans l’état où on nous l’a proposé. On sait tous qu’il ne s’agit que d’une occupation provisoire, par exemple, dans le cas d’occupation d’une maison à vendre, l’organisme peut exiger le départ des locataires pour une visite. Pour ce qui est du nombre d’occupants, il peut y avoir plusieurs locataires sur un même produit immobilier, cela dépend du type de biens mis à disposition, de l’espace habitable, des accès aux commodités. Il peut s’agir d’une location individuelle ou d’une colocation.»

Qui paye les consommations d’eau et d’électricité ?

M.S : « Cela dépend aussi du type de bien occupé, s’il s’agit d’un appartement ou d’une maison, c’est au locataire de régler ses propres consommations d’électricité et d’eau, en revanche si le logement est au sein d’une école par exemple, occupée et partagée entre plusieurs locataires c’est à l’organisme de gérer ce type de frais et d’en tenir compte dans le total des charges à payer. »

Pouvez-vous voyager quand vous occupez ce type de logement ?

M.S : « Oui mais par exemple, pour un départ de deux mois, il faut d’abord prévenir l’organisme, puis trouver une personne qui garde la maison à sa place et puisse déménager toutes ses affaires pendant cette période si le logement doit être quitté. Par contre, si on est parti en voyage, ils ne préviennent plus s’il y a des visites chez soi, tout le monde rentre comme il veut dans son logement, ce qui est parfois embêtant. »

Quel temps en moyenne restent les locataires dans ce type de logements ?

M.S : « Puisqu’il s’agit d’une location provisoire, cela dépend des besoins du propriétaire. Certains appartements sont mis à disposition avant d’être rénovés, d’autres en attente d’être vendus, donc la temporalité des différentes propositions est très variable d’une location à une autre. S’il fallait faire une moyenne générale, je dirais un an environ.»

Quelles sont les modalités de départ ? Combien de temps à l’avance êtes-vous prévenu d’un éventuel relogement ?

M.S : « Pour les déménagements, on sait qu’on doit quitter les lieux, un mois à l’avance, et deux semaines avant le départ, il faut contacter l’organisme pour trouver alors, ou non une offre de relogement. »

 Quels sont les avantages de ce type de logements ? Et à quels publics sont-ils destinés

M.S : « C’est vraiment mieux pour des étudiants qu’un appartement « classique », puisqu’on peut ne payer que 100 euros par mois et par personne à l’organisation pour un logement, ce qui est très raisonnable et adapté au budget faible de l’étudiant. Mais ce n’est pas uniquement destiné aux étudiants, également aux jeunes travailleurs, je connais d’ailleurs des personnes âgées de 35 ans qui y vivent encore. Mais c’est plus dur pour eux, parce que quand ils travaillent, ils n’ont pas forcément le temps de déménager tous les deux mois, c’est là où se trouve la limite du concept d’ « anti-squat », il faut être disponible. »

 Connaissez-vous d’autres locataires de ce type d’organisation ?

M.S : «  Oui beaucoup d’autres, tout le monde veut être dans l’organisation mais seulement 40% d’entre eux sont vraiment fait pour le concept « anti-squat ». Il y a plusieurs organismes « anti-squat » à Amsterdam ; Ce qui est intéressant, c’est que les squats sont maintenant interdits et l’expulsion des squatteurs est accrue ; plutôt que de laisser les maisons libres, les propriétaires préfèrent passer par des organismes d’ « anti-squat » qui du coup sont de plus en plus nombreux.

PARCOURS PERSONNEL

Cet appartement, que vous occupez actuellement, est-il le premier occupé grâce à l’organisme ?

M.S : « Non, il s’agit du cinquième. »

 Combien de temps avez-vous occupée chaque lieu ? Viviez-vous seule ou en colocation ? 

M.S : « J’ai occupé mon premier logement « anti-squat » durant six mois au sein d’une colocation de 7 personnes dans un énorme bureau. J’ai été seule pour les deuxième et troisième logements, que j’ai occupé respectivement pendant un an et trois ans. Enfin, je suis en couple depuis que j’occupe le quatrième logement. Celui-ci a particulièrement été dur, puisque je ne l’ai occupé que pendant deux mois. Après seulement deux mois, on vient juste de s’habituer au logement, le déménagement est récent, et on doit déjà le quitter. J’occupe mon logement actuel depuis maintenant trois mois. La vie de couple est préférable dans ce type de logements car les offres proposées alors sont généralement surclassées et plus calmes.»

 Avez-vous du rencontrer les propriétaires de ces logements avant d’emménager ?

M.S : « Non, l’organisme s’est occupé de tout. »

 Qu’en était-il de la surface de ces derniers logements ? Etaient-ils grands ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

M.S : «Oui, ils ont toujours été très grands, celui que j’occupe actuellement fait 90m2»

 Comment se compose votre logement actuel ?

M.S : « On entre par un hall très grand. Ensuite il y a le salon qui donne sur la rue par ce bow-window. Au fond il y a la chambre et la cuisine qui s’ouvrent sur le Jardin. »

 Que représente pour vous le jardin ? Est-il un « plus » significatif ?

M.S : «  Il ne représente pas grand-chose dans mon quotidien, vu que je ne sais pas quand je partirai de ce logement, je ne veux pas perdre de temps à l’entretenir. »

Pouvez-vous aménager votre logement selon vos envies ?

M.S : « Oui, un peu, du moment que je ne touche ni aux murs, ni aux sols.»

Pouvez-vous y inviter des amis ?

M.S : « Oui, mais je ne peux pas y organiser de fêtes. »

Combien payez-vous par mois pour ce logement ?

M.S : « Je paye actuellement 100 euros à l’organisme ainsi que mes consommations électriques.»

Qui paye le loyer, vous ou un tiers ?

M.S : « Je paye moi-même cette somme tous les mois »

A quelle distance se trouve votre lieu de résidence de votre lieu de travail actuel ?

M.S : « Mon logement se trouve à 20 min à vélo de mon lieu de travail. »

Qu’est-ce qui vous rattache alors à un lieu, à votre habitat ? Aimez-vous votre quartier ?

M.S : « J’adore mon quartier ! Si on s’attache au quartier, on s’adapte au logement, mais si la maison est sale, mal entretenue de base, comme celle que j’ai occupée pendant trois ans, où je n’osais y inviter personne, c’est difficile. Pour s’attacher au lieu et bien se l’approprier, il faut qu’il soit un minimum vivable. »

Parlez-vous facilement de votre type de logement autour de vous ?

M.S : « Oui j’en parle facilement puisque c’est légal ! »

 Ce logement a-t-il modifié votre façon d’habiter ? Qu’avez-vous appris de cette expérience ?

M.S : « Oui, dans notre logement actuel, on a mis un tapis « cheap », on a de jolis meubles, mais pas trop parce qu’on déménage souvent, et surtout, nous sommes tenus d’entretenir le logement afin de satisfaire aux critères de l’organisme. On a appris à vivre au jour le jour du fait du risque de déménagement précipité. Enfin, on a surtout appris que 90m2 pour 100 euros par personne seulement, c’est du luxe et que pour ça nous ne devons pas nous plaindre des critères stricts de l’organisme, nous avons de la chance. »

Combien de temps espérez-vous vivre dans un logement de ce type ? Pensez-vous un jour abandonner ce style de vie ?

M.S : « Je ne sais pas, je pense que je voudrai un jour abandonner ce style de vie pour avoir une vie plus stable ; l’« anti-squat » est pénible parfois pour ça, déménager tous les deux mois, c’est difficile pour entreprendre quelque chose. Pour mon copain,  ce style de vie pose parfois problème, on ne peut pas se projeter. »

Recommanderiez-vous cette organisme et cette façon d’habiter temporairement à vos amis ?

M.S : «  Oui, évidemment. »

Pensez-vous que ce modèle est applicable à d’autres pays ?

M.S : «  Oui, et il l’est déjà dans de nombreux pays ! »

Qu’avez-vous pensé de l’interview ?

M.S : «  C’est toujours très intéressant de faire partager cette expérience à des gens qui n’en avaient pas connaissance ! »

RETOUR SUR INTERVIEW

Il nous a paru intéressant d’observer comment les habitants s’approprient un lieu de manière transitoire. Questionner ces modes d’appropriation pour des logements temporaires est porteur de projets, dans un monde où la mobilité est de plus en plus importante. Habiter temporairement un lieu, c’est faire du bâtiment une structure capable d’abriter des programmes pouvant changer de nature et d’échelle. Cela crée des frictions entre l’espace et la manière d’habiter celui-ci. Parfois l’adaptation se fait simplement comme dans le cas de Marie S. ; d’autres fois l’espace est plus difficilement appropriable, comme pour le cas d’une amie de l’enquêtée qui loge dans 150m2et qui a du mal à occuper entièrement l’espace.

Christopher Barri et Rémi Preud’homme

La genèse des quartiers d’habitat spontané

Ils sont des milliers de squatteurs partout dans le monde avec des motifs bien différents: squat par nécessité, squat politique, squat alternatif … Contestataires, libertaires, anarcho-libertaires, sans-papiers, anarchistes, clandestins, demandeurs d’asile  …

1. Squatter :  n. m. (1835 ; mot anglo-américain « s’accroupir, se blottir ») 
1° Aux Etats-Unis, pionnier qui s’installait sur une terre inexploitée de l’Ouest, sans titre légal de propriété et sans payer de redevance. 
2° (1948) Personne sans logement qui s’installe illégalement dans un local inoccupé. 
2. Squatter : v. (1969 ; Occuper illégalement (une habitation vide)  On dit aussi squattériser)

À partir du XVIIe siècle, le terme squat apparaît pour désigner les occupations illicites de terres par des paysans anglais, les Diggers (fraction chrétienne de la première révolution anglaise). Le 1er avril 1649, aux alentours de Londres, a lieu la première occupation connue, menée par Gerrard Winstanley. Il s’agit du plus ancien collectif de squatteurs connu à ce jour.

En France, le squat naît à Paris en 1912 avec l’anarchiste moustachu Georges Cochon (ouvrier tapissier, fondateur de l’Union syndicale des locataires). Il luttait vigoureusement contre les proprios « vautours ». La presse et les chansonniers (Charles d’Avray,Montéhus…) popularisaient les actions de ces militants inventeurs du déménagement « à la cloche de bois » qui, alors, se pratiquait en fanfare. Occupations d’hôtels particuliers, installations de maisons préfabriquées dans les lieux les plus insolites (Tuileries, Chambre des députés, casernes, Préfecture…).

Le squat peut héberger une personne seule comme plusieurs dizaines, dans un petit appartement du centre-ville comme dans une friche industrielle de banlieue. Les conditions d’habitat y sont très variées, de l’insalubrité totale à un confort comparable à celui d’un logement moyen. Les habitants des squats sont aussi divers que leurs motivations : jeunes fugueurs, migrants africains ou est-européens, artistes sans atelier, nomades, gens du voyage…

Les squats sont très différents d’un pays à un autre : les peuples, les motivations et le climat définissent les squats.

 Au Brésil, les communautés squatteuses sont appelés favelas : comme Rocinha à Rio de Janeiro, estimé à loger 500 000 personnes. En raison de la pauvreté, ces maisons n’ont aucun confort, sont très utilisées par les enfants de la rue et ne sont pas maintenues propre. Il y a 25 millions de personnes qui vivent dans les favelas dans tout le Brésil. À São Paulo, la plus grande favela est l’Heliópolis et un squat appelé Prestes Maia s’est installé dans un immeuble de 22 étages.

Rio de Janeiro - Brésil

Rio de Janeiro – Brésil

 Dans les pays d’Amérique latine, cas du Venezuela, l’occupation de maison est fréquente en tant que phénomène, mais pas en tant que mouvement ou organisation. Les okupas sont connues comme l’invasion et l’occupation des propriétés privés abandonnées avec la finalité de protester pour sa situation de logement. Généralement les squats aux Venezuela sont concentrés en familles qui vivent des circonstances extêmes de pauvreté. Ils squattent autant de maisons abandonnées que de terrains sans propriétaire, s’y construisent des maisons avec les matériaux trouvés dans la rue.

Voilà deux exemples parmi tant d’autres !

En Asie, en Europe, dans le Pacifique… Les squats varient selon les cultures, les populations, les espaces.

Berlin - Allemagne

Berlin – Allemagne

Barcelone - Espagne

Barcelone – Espagne

Bukit Duri - Indonésie

Bukit Duri – Indonésie

Faa'a - Tahiti

Faa’a – Tahiti

Suite : Les Squats peuvent-ils être une promotion urbaine ?

Il sera question du mécanisme de formation des Squats, car tous ne représentent pas l’aboutissement misérable d’un exode rural. Les cas de Suva et de Nouméa comptent parmi des espaces vécues dont l’aménagement est en finalité plus confortable que l’espace de vie offert par la ville.

Rares sont parmi eux [les occupant des Barriadas de Lima] les immigrants de fraîche date ; au contraire, la plupart ont déjà une expérience  urbaine parfois longue, et ont tous fait l’expérience de la difficulté de se loger dans les autres secteurs de la ville. « 

DELER Jean-Paul, Genèse de l’espace équatorien. Essai sur le territoire et la formation de l’État national – 1974, p.93

Christopher BARRI – Rémi PREUD’HOMME

Ceci n’est que le début

Tendres Amis et Mies très chères,

Tendu d’une émotion intense, le groupuscule international de coordination étrenne en ce jour l’immatériel recueil de vos précieuses pensées. Confuses ou limpides, mécaniques ou envolées, elles feront l’étoffe de ce qui ne peut demeurer cette pelure dans l’espace glacé du Ternète.

Promptement suivront textes, images, et rencontres enjoignant votre engagement enjoué.