Catégorie: Médias, Culture

#Synthèse – Rapport au réel

Au travers de ces quelques articles, nous avons essayé de mettre en avant différentes manières de modifier le réel par les images. Tantôt artistiques, tantôt manipulatrices, il est souvent difficile face à une image de remettre en cause ce qui nous est montré. À l’ère d’internet, énormément d’informations sont à notre disposition, et il devient difficile de les hiérarchiser. Il faut toujours essayer de prendre du recul et de redemander qui est l’émetteur de cette image, et pourquoi ? Il est bon d’avoir en tête le schéma de Roman Jakobson afin de replacer l’image dans son contexte et donc de réellement la comprendre.

Schéma linguistique

Cette question est d’autant plus intéressante pour les architectes dont la profession est infiniment dépendante de la communication. Le projet n’existe que par sa représentation. Les architectes sont passés maîtres dans la façon de communiquer avec le public : belles perspectives colorées et scintillantes qui n’ont rien à voir avec la réalité du projet construit.

On a l’impression que c’est plus un travail de photographie pour faire une belle image, séduire le public et gagner le concours que d’un travail d’architecte. Ces derniers sont-ils les seuls responsables ? Le public ne veut-il pas la plus belle image ? Porte-t-il un intérêt quelconque pour la qualité du plan ?

Tellement offusqué du fossé entre ces images et la réalité, certains promoteurs ont adopté une position radicale, lors des concours, ils interdisent les images de synthèse au profit de perspectives au trait ou de photo maquettes, pour mieux se rendre compte des qualités spatiales.

L’architecte est un communicant et il lui incombe d’être conscient de son pouvoir de transformation de la réalité.

Morgane BESSE & Clément BILLAQUOIS

La propagande médiatique est-elle nécessaire ?

Synthétisons…

Image

D’après ce que l’on a pu voir, on comprend que la propagande est une notion capitale qui dépasse le champ strictement politique. Elle a son utilité mais n’est pas une fin en soi. La propagande, d’après notre savoir, peut être définie comme un moyen efficace et fiable qui permet à une élite politico-économique d’imposer de manière « douce » un ensemble d’idées à la masse sociale, et ce en partant d’un principe de soumission et d’une hiérarchie sociale. Celui qui propage est celui qui détient le pouvoir ou l’argent, voire les deux dans la plupart des cas. Celui qui subit la propagande est celui qui, socialement, n’est pas en mesure de lui répondre sinon que par des réactions qui vont dans le sens de celui qui est à l’origine du message propagé : on est dans une situation de consentement. On en déduit alors que la propagande souligne une hiérarchie sociale et que celle-ci se fait en sens unique, le double sens et l’échange étant exclus de ce modèle au vu des rapports de force.

La finalité de la propagande est de déboucher sur un comportement, suite au fait d’être intervenu sur le mental de celui qui subit le message répandu. La propagande médiatique forge la pensée, partant de la supposition que le public n’est soit initialement pas instruit soit influencé par un autre message qui n’est pas celui qui est visé. La propagande provoque donc des déclinaisons dans le comportement humain. Elle amène rapidement au conformisme social global et au politiquement correct général.

On a également compris que la propagande dans les médias est le moyen le plus efficace pour toucher un large public. Les moyens déployés sont extrêmement variables et sont en constante évolution : on cherche encore et toujours à toucher le plus grand nombre, on aspire à grand, on veut aller loin. Le citoyen se retrouve face à une télé qui propage des idées et à des radios qui forgent les opinions, formant ainsi des sphères d’influences. A contrario, Internet, hébergeur et vecteur de médias, offre plus de flexibilité dans son utilisation. Celui qui s’intéresse à un sujet peut consulter les médias appropriés, ceux qui l’intéressent, sans pour autant ne pas pouvoir contrôler l’information qu’il reçoit. On en vient à conclure que la diversité de la propagande est intrinsèque à la diversité médiatique. Plus les médias sont répandus et influents, plus ils assurent la propagande idéologico-commerciale. Notons aussi que la propagande se donne à voir du fait de la profusion médiatique et l’excès d’information, souvent propagée sans aucun recul, s’inscrivant ainsi dans la culture de la dépêche journalistique spontanée.

Notre monde est ainsi fait, et il est relativement difficile d’échapper à la propagande médiatique à partir du moment où l’on est intégré à une société donnée. En effet, la propagande souligne un besoin de communiquer, plutôt en sens unique, la réponse comme la consommation de tel produit ou l’élection de telle personne étant la véritable fin en soi. La propagande finit par s’imposer au point de devenir nécessaire au fonctionnement social.

A bon entendeur, conscience et vigilance !

« La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions. »

Sigmund Freud (1856-1939)

Benkhelifa Feissal / Kansoussi Elias / Pesche Lucas

La presse écrite et la dite indépendance d’aujourd’hui

Couv' AMC

L’effacement du journalisme critique en architecture

Les médias se disent aujourd’hui libres et indépendants. Auparavant, il étaient placés sous la tutelle de l’état qui dictait des informations et validait les sujets en phase avec ses propres idéaux politiques et sociaux. D’une certaine manière, cette liberté conquise du journalisme est vraie, mais d’autres facteurs moins visibles viennent pourtant la compromettre.

Nous allons prendre pour exemple le magazine AMC, qui nous rapproche plus clairement du champ architectural, mais la situation est identique ou pire dans les autres types de presse.

Ce magazine est la possession du groupe Moniteur. Comme beaucoup d’autres, c’est un groupe à but lucratif. Dans un contexte de recul évident de la presse écrite par rapport à la presse numérique ainsi qu’une politique de réduction systématique des coûts, la survie de l’édition papier pose problème. Il faut être « rentable » ! Les journalistes, de moins en moins nombreux, doivent accomplir un travail plus conséquent et dans des délais plus rapides, ce qui implique un sous-traitement à plusieurs échelles. La rapidité de traitement induit un temps de recherche et de renseignement sur un sujet donné dorénavant amoindri et simplifié, ôtant une certaine part de sa réalité objective. De plus, les journalistes n’ont plus réellement le temps de se renseigner eux-même et de trouver par leurs propres idéaux des sujets actuels. Cette logique de réduction systématique des coûts dans le champ du journalisme entraîne l’apparition, dans les grandes agences d’architecture, des comités de presse. Ceux-ci rédigent intégralement des articles, proposent des photographies ainsi que des plans sous la forme de communiqués de presse finis, adaptables à tous publics, même totalement néophytes. Le journaliste a alors toutes les raisons d’accepter ces communiqués, ils sont déjà faits, sont très fournis en documents et sont vendeurs, vendeurs d’une architecture. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les magazines parlent d’un sujet identique, d’une manière « différente ».

Prenons comme exemple le MUCEM de l’agence Rudy Ricciotti (associée à Roland Carta, totalement effacé de la scène) à Marseille. Cette boite, certes architecturalement riche et travaillée, a étrangement été publiée par tous les magazines d’architecture et dans des proportions vertigineuses (livres spécifiques, articles, photographies, médias de masse, etc…) pour s’imposer comme une référence incontestable en matière d’architecture actuelle. Ici, c’est le comité de presse de l’agence qui a rédigé les articles et s’est occupé de les diffuser. Bon, à la rigueur, pourquoi pas ? Sauf qu’à l’évidence, ce comité de presse de l’agence manque d’objectivité. Il défend sans aucun doute les intérêts de celle-ci et omet, volontairement, des données qui pourraient compromettre la réussite médiatique du projet. Rédiger un article sur son propre projet et rédiger un article sur un autre projet n’implique évidemment pas la même objectivité et donne un regard biaisé et orienté, qui manque cruellement de recul sur le projet en question.

Ce musée a tout de même coûté la coquette somme de 167 000 000 d’euros, dont 65% financé par l’état et 35% par les collectivités territoriales. N’étant évidemment pas le seul dans le coin, d’autres projets voisins comme ce spectaculaire bâtiment-porte-à-faux, le J4, inutile mais impressionnant, ont fait gonfler la facture de manière extraordinaire. En fait, la ville et la région se sont tellement endettées que la totalité du budget culturel (déjà maigre) de l’année 2013 et une bonne partie de celui des années à venir a été liquidé dans la construction des ces édifices, ce qui a entraîné un report des subventions pour des milliers d’associations, organisant des festivals ou des activités culturelles diverses. Évidemment, la ville et la région ont aussi voulu mettre en exergue le fruit de leurs investissements. Elles ont également voulu appuyer l’omniprésence dans la presse de ces constructions, vendant à leur tour cette architecture à leur manière (omettant de dire qu’une bonne partie des oeuvres exposées résultent de transferts d’anciens musées régionaux). Bref, on refourgue des oeuvres existantes dans un nouveau packaging pour mieux les vendre, du coup on vend le packaging dans la foulée. Le joli chèque a été confié, comme beaucoup d’autres, au groupe Vinci*, ce qui n’a absolument pas profité à des groupes de construction locaux qui auraient pu s’armer de projets pareils pour se faire connaître et peser un peu plus dans le milieu de la construction en France. En fait, si l’on caricature à l’extrême cette situation, le budget culture a tout simplement été offert à Vinci, et cette situation est identique pour chaque « capitale européenne de la culture », que l’on pourrait renommer, alternativement, par « capitale européenne de l’endettement ».

Nous avons ici étudié succinctement un cas spécifique, mais l’histoire bégaye et bégayera sur tous les autres édifices hyper-publiés dans le monde et à toutes les échelles. Ainsi, AMC, magazine de référence dans le champ de l’architecture est soumi à des pressions financières et à des lobbyings énormes qui imposent une vision, leur vision de l’architecture contemporaine dans le magazine sans que personne ne l’énonce clairement, parfois même sans que personne ne s’en rende vraiment compte. Ils diffusent une architecture d’élites, pure propriété de grands architectes bien positionnés dans le système ne voulant en aucun cas le remettre en question, leur assurant une place de « stars » jusqu’à ce que d’autres les remplacent et s’approprient leur place pour les mêmes raisons. Le système de censure s’étant complexifié de manière telle que certains journalistes ne la voient même plus, elle est devenue à la fois implicite et évidente, rendue inexistante par l’évolution même de la profession. Elle s’est transformée en une auto-censure tout à fait normale, tellement normale qu’elle n’est que peu contestée. On voit ici que la propagation d’une architecture est maintenant très complexe et nécessite d’en avoir les moyens, ce qui réduit considérablement le nombre de « clients » à la publication. La propagande actuelle en architecture consiste donc à « sur-exister » en effaçant les autres. Elle n’est plus aussi criarde qu’avant, mais produit les mêmes effets, seul le pouvoir de décision a changé de main, passant de l’État au Capital, ce qui est moins lisible.

*Le groupe Vinci est propriétaire de près de la moitié du réseau autoroutier français, ainsi que de la même proportion de parkings dits « municipaux ». Ce groupe construit également la première ligne de tramway à Jerusalem, reliant les colonies israéliennes, en prenant soin de ne pas desservir les communautés palestiniennes. Ce projet avait été refusé par de nombreux groupes de construction dans le monde pour des raisons éthiques, ce qui n’a pas été le cas de Vinci.

Benkhelifa Feissal / Kansoussi Elias / Pesche Lucas

#Jeff Wall – Rapport au réel

Une photographie est toujours un fragment du réel capturé sur un morceau de papier. Ce réel peut être fictif, ou pas. Les photographies de Jeff Wall nous semblent au premier abord prises sur le vif, telles des photographies documentaires. Or, elles sont toujours le résultat d’un travail en amont colossal. Tel un peintre, Jeff Wall réalise des dessins préparatoires pour trouver la bonne composition, et les prises de vues s’étalent sur plusieurs jours. Ses tirages sont donc des fictions, des mises en scène qui nous trompent puisqu’on a la sensation d’avoir devant nous un fragment du réel pris “sur le motif” (expression couramment employé pour les Impressionnistes qui, pour la première fois cessaient de peindre en atelier, mais sortaient leurs chevalets dehors et peignaient devant le sujet). Chez Jeff Wall, les sujets photographiés sont souvent en mouvement ou indiquent qu’il va ou qu’il vient juste de se passer quelque chose : chambre dévastée, personnes en train de marcher, verre de lait en train de se renverser, etc. C’est cela qui nous pousse à croire qu’il s’agit d’une photographie documentaire et non un tableau.

Pourquoi cette démarche ?

Ce photographe contemporain est important, car il renouvelle le mode de fabrication de la photographie documentaire et amène le spectateur à remettre en cause et à modifier sa perception de la réalité.1

démontrer que toute image est une fabrication avec ses enjeux et ses discours.2

Le travail du photographe consiste donc à nous rappeler que la photographie est un filtre avec lequel nous devons prendre des distances (problématique soulevée dans chacun de nos articles).

Jeff Wall semble s’inspirer à chaque fois de la peinture classique pour la composition, mais aussi pour les petits indices que plaçaient les peintres dans leurs toiles pour nous rappeler que ce que nous voyons n’est pas la réalité, mais une représentation (cf. Daniel Arasse, On n’y voit rien)2. Ainsi, dans ses photos, un miroir, un reflet dans une vitre, révèlent les coulisses de la prise de vue (lumière des projecteurs, appareil photo, etc.). Ces indices sont toujours là pour nous rappeler que ce que l’on voit est une construction, une représentation et nous permettent de nous mettre à la place du photographe. C’est à partir de ce moment que les questions se posent.

Jeff Wall pose toujours la question du rôle du photographe par rapport à la scène capturée. En effet on est toujours face à des situations très intimes, qu’il s’agisse d’un employé se faisant réprimander par son supérieur, un couple discutant, une bagarre, on comprend toujours que lin est est face à une mise en scène, puisque dans la réalité, ces personnes n’accepteraient pas que le photographe pénètre cette sphère privée. Ainsi Jeff Wall refabrique une réalité consciente du fait que c’est une représentation. Ainsi de nos jours, en regardant le travail de cet artiste, comment ne pas se poser la question du rôle que joue le la personne qui photographie une scène de bagarre pour la publier sur les réseaux sociaux et faire le « buzz », ne devrait-il pas aider plutôt que de s’exclure et photographier.

Références :

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeff_Wall
  2. http://phototrend.fr/2012/01/zoom-photographe-6-jeff-wall/

Pour aller plus loin :

Morgane BESSE & Clément BILLAQUOIS

La place de l’image dans la propagande

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L’image est définie comme la représentation d’une personne ou d’une chose par les beaux-arts : gravure, peinture, sculpture, photographie, etc.

Bien avant la naissance de l’écriture, l’image est le premier support que l’on utilise pour transmettre une idée ou raconter une histoire. Comme le disait Zhongni Confucius « une image vaut mille mots ». Les images ont la particularité de projeter n’importe quel discours au spectateur,  » Un objet réel n’est pas un signe de ce qu’il est mais peut être le signe de quelque chose d’autre . » Pierre Fresnault-Deruelle, L’Eloquence des images , PUF, 1993.

Hier comme aujourd’hui, la propagande est liée à l’image. Elle permet de transmettre une idée avec une grande facilité. Pour le commun des mortels, on ne pouvait pas remettre en doute l’image, chaque image  montrait une réalité incontestée et incontestable.

L’image a permis par exemple au Moyen-Age de développer l’iconographie religieuse, montrant au fil des scènes de la bible et le portait d’entité religieuse. Puisque la plupart des gens étaient illettrés, l’image restait le meilleur moyen de communication.

Un peu plus tard au XVI ème siècle à Rome, le traité de Nicolas Machiavel : « Le Prince » est écrit. Dans ce traité, l’auteur montre comment devenir un prince et le rester. Il écrit également sur la manière dont les princes avaient de définir leurs territoires et leur présence par l’image. Les souverains avaient pour coutume d’afficher un portrait sur pied d’eux même pour permettre aux habitants de se faire une représentation exacte de celui qui les dirigeait.

Jusqu’à la fin du XIX ème siècle, l’image est utilisée pour la propagande (positive) servant à montrer, informer, imager, éduquer… Au XX ème siècle, le terme de propagande prend une connotation péjorative. L’image est alors utilisée différemment, durant la première guerre mondiale les images son utilisées pour « bourrer le crane » des civils. Les États en guerre contrôlent alors toutes les informations et jouent des images de propagande selon leurs intérêts.

L’image est immédiatement lisible avec ses sens multiples. Son interprétation varie selon qui la perçoit, les différents contextes d’observation, etc.

Aujourd’hui, dans notre société, l’image est partout, c’est le support le plus utilisé et c’est également celui qui ne perdra jamais en puissance. La seule interrogation qui en ressort est la suivante :

Comment les journalistes et les médias gèrent-ils l’image, où se termine l’information et où commence la propagande ?

Citations :

  • « A picture shows me at a glance what it takes dozens of pages of a book to expound », Ivan Tourgueniev.
  • « Les tromperies dominantes de l’époque sont en passe de faire oublier que la vérité peut se voir aussi dans les images. », Guy Debord.
  • L’image est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même. Guy Debord.

Benkhelifa Feissal / Kansoussi Elias / Pesche Lucas

La vérité sur les mensonges !

La propagande ne se voit pas ?

La propagande est à double-face. Elle touche au domaine des valeurs en général, de la culture, de l’esthétique, etc. Comment les medias ont-ils arrangé leurs reportages pour montrer des enfants irakiens courir près des chars américains sourire aux lèvres et brandissant des drapeaux américains ? Ici, les enfants sont appatés par des bonbons.

Dans ce processus, le contenu de la croyance importe peut-être moins que le lien (entre nous) et la frontière (qui nous sépare d’eux).

La propagande absolue suppose enfin et surtout le crime absolu. Il ne suffit pas que l’ennemi soit combattu ou que sa cause soit injuste, il faut qu’il soit si coupable qu’il s’exclue du genre humain et que la guerre à mener se confonde avec une œuvre de justice.

Benkhelifa Feissal / Kansoussi Elias / Pesche Lucas

# Opération Lune – Rapport au réel

Reportage édifiant par la chaîne Arte, diffusé en 2005.

Il prouve que les Américains n’ont jamais posé le pied sur la Lune et que toutes les vidéos officielles qui font partis de notre histoire aujourd’hui ne sont que supercherie.

En lisant la description de cette vidéo, on est en droit de se poser deux questions :

  • a-t-on vraiment marché sur la lune ?
  • la personne qui a posté cette vidéo a-t-elle seulement vu la vidéo ?

En effet, derrière cette étrange description se cache en réalité le « documenteur » Opération Lune réalisé par William Karel en 2001.

Tout commence lorsque ARTE demande au réalisateur de travailler sur le thème de la manipulation des images. Après plusieurs ébauches, le choix est fait de faire l’exercice du détournement plutôt qu’un banal documentaire traitant du sujet.

Le thème de la conquête de la lune est choisi, car il est universel et possède bien sûr ses théories du complot.

Là où le documentaire est habile, c’est qu’il fait parler de vraies personnalités, de vrais experts sur le sujet. Ainsi se succèdent face à la caméra, des anciens directeurs de la C.I.A., autres secrétaires d’État, pontes de la N.A.S.A., et même Buzz Aldrin et la femme Kubrick.

La structure du documentaire est graduelle, elle commence par des faits, retrace la rivalité des deux puissances d’alors, puis explique les tenants et aboutissants économiques de cette course à la lune. Le film bascule petit à petit dans le grotesque, avançant des arguments, qui pris un à un sont tous plus farfelus les uns que les autres, mais deviennent crédibles, car enchâssés dans un récit global.

Le personnage le plus important de ce documentaire, c’est le narrateur. C’est lui qui donne un rythme effréné et qui empêche de prendre du recul sur ce qui est dit.

En effet, il parle constamment et ne laisse pas de place à la réflexion. Son rôle prépondérant est de faire la connexion entre toutes les images que l’on voit, sans lui, le récit s’effondrerait.

Les témoignages des protagonistes de cette aventure sont pour la plupart authentiques. Comment ne pas croire Donald Rumsfeld, ou Faruk, lorsqu’ils nous parlent de ce magnifique coup monté ?

Et bien si l’on s’y reprend à deux fois, on constate qu’en vérité ils ne disent rien sur le sujet en lui même. Leurs entretiens ont en fait été détournés : les intervenants pensaient être questionnés sur les rapports en Hollywood et la N.A.S.A ou encore sur l’affaire du Watergate, mais certains entretiens enregistrés bien avant ont aussi été recyclés pour le film.

Le procédé de voix hors champ utilisé est récurant dans le monde du journalisme, on est donc pris au jeu lors du visionnage. La voix off donne l’avis que nous devons avoir face aux images montrées. En sachant même que le documentaire est faux, le récit qui nous est compté est si prenant qu’il est difficile de ne pas y adhérer, et de ne pas se demander, « est-ce bien vrai ce que je pensais savoir de la conquête sur la lune ? »

Le documentaire est donc très habile, et bienveillant avec ses spectateurs, il glisse en effet de nombreux indices sur sa non-authenticité, ainsi tous les faux témoins portent des noms de héros de films de Kubrick ou de Hitchcok, et certains propos sont tellement aberrants qu’il parait impossible d’y croire. Toutefois, aujourd’hui encore le réalisateur reçoit des lettres qui le remercient d’avoir dévoilé la vérité aux yeux du grand public, et pire encore, la vidéo est publiée sur YouTube par une personne persuadée de la véracité des propos tenus.

Par cet exercice William Karel voulait nous faire prendre conscience qu’il était nécessaire d’avoir du recul sur les images que nous voyons, mais n’a que trop réussi son canular et ajouté de l’eau au moulin des conspirationnistes.

Ce qui est intéressant c’est de voir que les procédés employés par Karel, le montage et la voix off, sont constamment employés pour nous présenter les informations lors des journaux télévisés. Ajouté à cela, dans un faux documentaire, le temps est notre allié (il est plus facile de se rendre compte de la supercherie lorsqu’elle dure 50 minutes). A contrario, les journaux télévisés ont des sujets qui durent tout au plus 3 minutes, et ne permettent pas de prendre le recul nécessaire sur les images qui nous sont montrées. Le rapport au réel est choisi pour nous, sans que nous puissions en dire quoi que ce soit.

D’ailleurs pour la petite histoire, on constate que depuis ces dix dernières années, une autre figure télévisuelle a adopté cette façon de présenter un récit : la télé-réalité. Une voix off et un montage ridiculisent constamment des personnages. Le but étant de mettre à profit sur cette idée qu’est celle de regarder des gens plus bêtes que nous. Tous les moyens sont bons pour faire de l’audience, quitte à nous manipuler. (pour aller plus loin : http://www.youtube.com/watch?v=7hWyZ2VWr1Q )

  • Source sur l’histoire du documentaire :

  • Pour les sceptiques :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Rumeurs_sur_le_programme_Apollo

Morgane BESSE & Clément BILLAQUOIS