Tagué: architecture

Synthèse : Science Fiction

Sci-fi vs Réel

À travers ces quelques articles, nous avons pu nous rendre compte de l’importance et de l’impact que peuvent avoir les récits de science-fiction ou d’anticipation dans notre vie. Qu’ils soient retranscrits dans les livres, les journaux, le cinéma ou encore l’architecture (construite ou non), la science-fiction projette notre société dans le futur avec tout ce que cela implique. Elle permet d’imaginer notre devenir selon un spectre particulier, la sécurité et la surveillance, la machine et l’automatisme ou encore la technologie. Quoi qu’il en soit, la science-fiction représente toujours l’action de se projeter dans l’avenir en se référant plus ou moins au réel ou bien en mettant l’accent sur certaines caractéristiques de notre société. Cet exercice semble très lier à l’enseignement de l’architecture, en effet, la tâche de l’architecte peut être d’imaginer la manière d’habiter ou de parcourir la ville de demain. D’ailleurs, en tant qu’étudiant, nous avons pu plancher sur des questions consistant à penser et dessiner une voie publique de Paris dans 30 ans ou encore d’imaginer notre quotidien d’architecte dans 20 ans. Tout cela, pour intégrer les préoccupations de la science-fiction dans nos études, mais à l’échelle et à travers l’architecture. Nos recherches autour de l’architecture soviétique des années 70-80 ont pu nous montrer comment l’architecture pouvait accompagner des revendications d’ordre politique, mais aussi un message social.

Cependant, la science-fiction s’attache souvent à des sujets et des craintes plus délirantes. Révolution des machines, invasions extra-terrestres, catastrophes naturelles ou encore colonisation de nouvelles planètes. Mais, quand Jules Verne écrit 20 000 lieues sous les mers en 1870, on est très loin de penser que ces rêves de machines sous-marines vont se réaliser au 20e siècle. Spéculations délirantes ou prédictions de l’avenir, la science-fiction se place toujours à mi chemin, mais elle reste cependant un facteur de compréhension de notre société actuelle en ce qu’elle traduit et met en exergue nos habitudes et nos comportements.

En général les œuvres de science-fiction nous invitent à réfléchir à un trait de société en prenant une caractéristique de ce trait et en la poussant à son paroxysme. C’est en se focalisant sur certains aspects que ce genre captive et qu’il représente un intérêt pour la société. À travers les différentes œuvres de science-fiction que nous avons consulté nous avons, de manière générale, ressenti comme un appel à réfléchir sur notre condition actuelle et à la rendre meilleure.

Mieux vaut prévenir que guérir.

Félix Gautherot, Goulven Le Corre et Vincent Macquart

Cosmic Communist Constructions Photographed

L’architecture entre réel et science-fiction

Architecture et science-fiction, on pensera d’abord à l’architecture utopique ;  Boullée, Ledoux, les futuristes Italiens emmenés par Sant’ Ellia, ou plus proche de nous l’agence Archigram. Même un Le Corbusier peut rentrer dans le moule avec son plan Voisin pour Paris ou ses plans pour la ville d’Alger.

Mais, ici, nous voulons traiter d’une architecture construite, réelle, mais cependant relevant d’un imaginaire tout droit sorti des meilleurs films de science-fiction. Frédéric Chaubin au gré des multiples voyages en ex-URSS à collecter une centaine de bâtiments hors du temps et hors de tout contexte politique.

CCCP : Cosmic Communist Constructions Photographed, c’est donc l’aventure d’un photographe français dans les vestiges de l’Union soviétique. Mais de tels bâtiments ont pu voir le jour que sous plusieurs conditions. D’abord, ils datent tous de la fin de l’ère soviétique, ensuite ils sont tous construits dans les états périphériques de l’ex-URSS, ainsi ils étaient moins soumis aux pressions du Moscou totalitaire. L’architecture reproduite dans les photos de Chaubin témoigne d’une expression très forte et distinguée comme pour se démarquer de Moscou et exprimer déjà un désir d’indépendance, un premier jet du démantèlement de l’Union soviétique selon le français. Mais le vocabulaire, celui d’un imaginaire spatial très fort, n’est pas nouveau.

En effet, près de 50 ans auparavant, l’architecture soviétique a produit une génération de jeunes architectes qui ont commencé à s’écarter de la réalité et du réalisable au travers de projets incarnant un « futur » probable. C’est ainsi que Ginsburg qui disait « Pensez avec votre tête, pas avec votre règle », imagine des cités volantes, portables, qui se déplaceraient au gré des saisons, Georgii Krutikov lui pensera des villes volantes. Une vraie relation à la science-fiction anime cette génération d’architectes, Konstantin Melnikov produira le premier des vues à vol d’oiseau pour ses projets, mettant en scène une nouvelle vision de l’espace. Le point de vue totalement imaginaire lui permettra de dessiner des engins volants immenses et d’accentuer la distance pour mettre en place une sorte de théâtralité et de gigantisme dans ses projets. Il dira lui même avoir été très influencé par le travail d’Étienne-Louis Boullée.

Mais les « Cosmic Communist Constructions » sont aussi l’incarnation de la course à l’espace faisant rage entre URSS et USA alors en pleine guerre froide. De nombreux bâtiments font immédiatement penser à des soucoupes volantes, d’autres défient les lois de la gravité par d’énormes porte-à-faux.

L’ensemble du corpus reproduit par le photographe est très loin de l’idée que l’on peut se faire de l’architecture soviétique, ces « monstres » comme Chaubin aime les appeler révèlent selon lui la diminution du contrôle de l’état totalitaire. Ces bâtiments sont comme des symboles très forts dans le paysage des républiques « occupées » (pays baltes). En effet, depuis Staline, l’ensemble des constructions en URSS était commandité par l’État, il n’y avait alors que des commandes publiques, et, les architectures étaient très contraintes formellement par le pouvoir sous l’égide de Lazare Kaganovitch, secrétaire du Comité central du Parti. Le style était clairement défini et on ne dérogeait pas à la règle, le néo-classicisme (ou néo-académisme) au service du réalisme socialiste. Staline fera tout pour effacer les traces des avants-gardes russes du début de l’ère soviétique. Deux livres à ce sujet, le petit livre de Élisabeth Essaïn « le grand tour des architectes soviétiques sous Mussolini » dévoile la position de Staline envers l’architecture et « The Lost Vanguard, Russian modernist architecture 1922-1932 » de Richard Pare avec notamment un essaie de Jean-Louis Cohen à propos des vestiges constructivistes en Russie. (Tous deux disponible à la bibliothèque). Nous mettons également en lien une émission France inter avec l’intervention du photographe Frederic Chaubin à propos de son livre.

En conclusion, la compilation de ces bâtiments, qui ne partagent pas vraiment de style ou de caractère, semble en revanche porteuse d’un véritable message social, celui de se libérer des contraintes du régime soviétique par le biais d’un expressionisme à son paroxysme. Poussés à son extrême et compilés avec le contexte historique et actuel, de véritables ovnis architecturaux ont pu voir le jour en quelques points isolés de l’Union. Leur position très isolée et faisant contrastes avec le tissu environnant, souvent très végétal, renforce leurs impacts et leurs caractères surréalistes ou cosmiques comme le titre l’annonce.

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-urss-vingt-ans-apres-44-puissance-de-reves-ou-monstres-de-beton-comment-se-ge

Félix Gautherot, Goulven Le Corre, Vincent Macquart

Ceci n’est que le début

Tendres Amis et Mies très chères,

Tendu d’une émotion intense, le groupuscule international de coordination étrenne en ce jour l’immatériel recueil de vos précieuses pensées. Confuses ou limpides, mécaniques ou envolées, elles feront l’étoffe de ce qui ne peut demeurer cette pelure dans l’espace glacé du Ternète.

Promptement suivront textes, images, et rencontres enjoignant votre engagement enjoué.