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L’épistémologie ou la sociologie de la science – Article de synthèse

Article de synthèse

Notre travail de recherche visait à appréhender les liens entre la science et la société. Nous avions pour but de comprendre comment la société oeuvre dans le milieu scientifique.

Dès lors, pour comprendre ces rapports épistémologiques, nous avons choisi d’étudier la question du clonage. En effet, ce domaine de recherche pose diverses problématiques éthiques et sociales.

Pour comprendre les impacts de la science sur la société et inversement, nous avons d’abord analysé trois cas d’étude, des longs-métrages, afin d’en tirer les principales questions.

Dans le premier cas d’étude, The Island (Michael Bay, 2005), le clonage est thérapeutique.

Il est utilisé afin de guérir des personnes malades, en utilisant des organes, du sang ou des tissus. En revanche, le client, même s’il a consciemment payé pour disposer de ce « don » d’organes, ignore qu’il y a eu nécessité de tuer pour qu’il en bénéficie. Le clonage n’est pas admis par le gratin de la population qui souhaite augmenter sa longévité. Naïvement, ils pensent seulement payer pour quelque chose d’inhumain, dans un état végétatif.

D’autre part, il y a également une réflexion sur la manière dont on élève des clones. Ceux-là ont tout d’humain. Il faut tout prévoir pour qu’ils ne se posent pas trop de questions. Pour ce faire, on leur inculque un souvenir commun qui permet de créer une population unie comme s’ils étaient les seuls survivants. D’autre part, on est obligé de leur inculquer des schémas mémoriels afin de les maintenir conscients de leur corps. Sans esprit vivant, le clone meurt.

Le clone est un produit de consommation qui permet d’améliorer la vie. La production de clones est basée sur des mensonges envers la population « receveuse » et la population « donneuse ». Le clonage n’est pas une science totalement acceptée par la société même si quelques personnes doivent bien se douter de ce qu’il se trame derrière ces opérations.

Dans le deuxième cas d’étude, Le Prestige (Christopher Nolan, 2006), le clonage est divertissant.

Il est utilisé afin de réussir un tour de magie, L’homme Transporté, grâce à des clones du magicien et à une invention. Nicolas Tesla crée une machine à champ magnétique. Le clonage n’est pas admis par la population qui souhaite se divertir. Inconsciemment, ils refoulent le clonage et ils pensent percevoir de la magie.

D’autre part, il faut regarder à quoi le clone est assujetti. Le double devient ici le magicien. Le clone original disparait par une trappe sous la machine. Il se retrouve à chaque fois dans un bocal d’eau géant, fermé à clef par l’ingénieur du magicien lui-même. Il est donc noyé, puis entreposé avant d’être jeté à la mer. Le clone est le prestige. Il est la clé sans laquelle le public n’applaudirait pas au tour du magicien. Pour la population, il ne peut pas utiliser cette science puisqu’elle n’existe pas. Il n’y a pas de questionnement quant au statut des clones, ils comprennent qui ils sont s’ils ne sont pas tués.

Dans le troisième cas d’étude, Moon (Ducan Jones, 2009), le clonage est productif.

Il est utilisé afin d’optimiser la production d’énergie sur la Lune. L’entreprise qui exploite la Lune a besoin d’un être humain pour gérer la base de production lunaire. Il est accompagné par une intelligence artificielle. Le clone a besoin de schéma mémoriel, de souvenirs et d’ambition pour vivre. Sa condition est supervisée par l’intelligence artificielle, programmée pour satisfaire au maximum son bonheur. Le clonage est complètement caché à la population sur Terre et au clone lui-même qui se croit un humain naturel.

Il faut également regarder la façon dont le clone est maintenu dans un état sans curiosité. Il devient curieux que lorsque l’IA n’est plus là, lorsqu’il part de la base pour aller réparer une panne sur un des générateurs. Il découvre alors un être qui lui ressemble. À partir de ce moment, le clone veut des réponses à ses questions. Il cherche l’envers du décor, et tombe nez à nez avec des clones. Même s’il comprend qu’il n’est pas issu d’une reproduction naturelle, il souhaite rejoindre la Terre pour dévoiler au monde son existence.

Le clonage à la possibilité d’être révélé à une population qui ne soupçonnait même pas son utilisation comme un outil de production. Le clonage serait probablement rejeté par la population, mais surement accepté par certains états pour exploiter des « êtres jetables » à des fins purement financières.

Le clonage est caché à la population dans la science-fiction.

Il y a néanmoins quelques complices pour faire fonctionner le business. Le clone est utilisé à des fins individuelles afin de satisfaire une vie plus longue, un meilleur spectacle ou un besoin énergétique. En aucun cas, le clone n’est considéré comme un humain.

Se pose à nous la question du statut du clone dans une société, si celui-ci devait fournir des éléments médicaux. Le clonage thérapeutique offre des perspectives, mais nous posons la question de l’éthique de la création d’un double afin d’en prélever un élément. La création d’organe ou de tissus non issue d’un corps conscient est une alternative envisageable.

Le clone humain représente un fantasme de la société sur l’avenir. Quand sera-t-il lorsque le clone deviendra une réelle possibilité ? Le clone semble être le moyen de résoudre des problèmes humains, seulement ?

Pour avoir plus de matières sur ces questions éthiques et scientifiques, nous avons choisi d’axer notre développement avec trois avis critiques sur le clonage. Ils répondent à certaines questions, mais en posent des nouvelles.

Notre premier intervenant est l’épistémologue Bruno Latour.

Il répond des questionnements politico-sociaux. Le clonage pourrait-il être adopté à partir d’un consensus à la fois politique et scientifique ? « Si les scientifiques sont vraiment bons, ils ne peuvent pas tous être d’accord ensemble. Le consensus scientifique ne permet jamais d’agir politiquement. » Le clonage n’est pas seulement un problème d’éthique, mais il interroge également la politique, les lois, les droits. Il propose d’organiser des parlements internationaux qui permettraient de discuter de ces questions bioéthiques afin d’obtenir des consensus d’homogénéisation des lois. Nous pourrions répondre politiquement à de nombreuses questions mises de côté, car elles ne trouvent pas de réponse si elles ne sont pas discutées. Alors, le clonage serait une des premières questions posées dans ce type de Parlement international.

Où pourrait être tenu ce parlement, puisque le lieu serait symbolique ? D’autre part, toutes les nations voudront-elles y participer ? Combien de questions trouveraient des réponses selon un consensus ? Les états appliqueront-ils automatiquement les décisions prises lors du parlement ? Qui représenterait les états : chimistes, politiciens, scientifiques, citoyens, industriels ?

Notre deuxième intervenant est le scientifique Maurice Wegner.

Le professeur au CNRS nous fait part des avancées du clonage. Selon lui, le clonage a trois avantages à relativiser si on les applique au clonage humain. Il permet de conserver les performances de l’organisme cloné sur le nouvel individu. Il permet d’éviter l’extinction des certaines espèces. Mis en place de façon thérapeutique, il peut sauver des vies.

On peut cloner tout type d’être vivant, mais pas avec la même réussite. Le clonage humain reste très difficile. « Globalement, la proportion d’embryons implantés qui parviennent à se développer jusqu’à donner des êtres viables reste extrêmement faible : moins de 1 % ».

Il rappelle que le clonage humain est interdit aujourd’hui en France, mais ce ne sont que des lois nationales. On retrouve les propositions de Bruno Latour pour la mise en place d’un parlement international. Aujourd’hui, un pays isolé peut autoriser le clonage humain et le développer en interne.

Comment va évoluer la science du clonage ? Le clonage thérapeutique et ses bienfaits pourront-ils passer outre les lois sur le clonage humain ? Quels seront les enjeux politiques de demain sur le clonage ? Le clonage peut-il être bénéfique à la population sans satisfaire des intérêts personnels ?

Notre dernier intervenant convoqué est le sociologue Bertrand Pulman.

Selon lui, les avancées scientifiques posent des problèmes éthiques puisque les données actuelles ne sont plus suffisantes pour répondre à de nouveaux questionnements.

Avant de proposer des réponses aux avancées scientifiques, et notamment au clonage, Bertrand Pulman préconise d’appuyer une réflexion sur des faits avérés. Le simple fait de mettre en place une réflexion prenant en compte tous les paramètres mis en jeux permet d’inhiber la subjectivité et d’enlever toutes les réactions émotionnelles sur le sujet. Il propose une méthode pour organiser la réflexion sur le clonage, qui pourrait être présentée au parlement international voulu par Bruno Latour.

D’abord, il faut définir le clonage. Puis, il faut des arguments déployés et formuler l’interdit. La résultante de cette méthode formera une base qui permettra d’avancer le débat sur ces questions éthiques et scientifiques. Il précise qu’il faut prendre en compte les statuts sociaux des acteurs du débat et leur position. Ses questions reflètent la fascination et la répulsion de la société quant à l’application du clonage à l’espèce humaine. Le clonage signifie une reproduction asexuée dans laquelle sexualité et reproduction n’ont plus rien en commun.

Le clonage n’est pas la seule question qui mériterait d’être posée à un parlement international et indépendant, mais elle est majeure. Cependant, il faut tenir compte des positions de chaque acteur lors des débats. Il ne faut pas non plus penser que cette discussion apportera des réponses. Elle sera bénéfique pour favoriser une entente internationale, une réflexion commune et objective sur des questions à repolitiser.

Dans ces trois avis, la discussion prône. Elle précède la prise de décision nationale et la formulation des lois. Mais quel sera le premier état à prendre des mesures à la suite d’une discussion objective ? Quel impact ce parlement aura-t-il sur les relations politiques entre états ? Comment la société réagira-t-elle à une prise de décision ?

Ces questions ne sont pas propres au clonage au lui-même. Le clonage est un moyen de traiter une partie des relations entre sciences et sociologie. Il n’est que le moyen de révéler la complexité des liens qui unissent ces deux disciplines.

Si nous choisissions d’appliquer toutes nos réflexions et nos recherches à l’ensemble de la science vis-à-vis de la sociologie, il serait alors inévitable d’avoir recours à ce parlement.

Nous pouvons affirmer que les sciences impactent la sociologie, elles la perturbent et remettent ses principes en question. Une recherche scientifique n’aboutie pas à la même réponse suivant son contexte de développement. Un chercheur à Vienne en 1515, un médecin sous l’Allemagne nazi en 1945 ou un scientifique américain contemporain, n’ont ni les mêmes clefs, ni les mêmes outils, ni les mêmes objectifs, ni les mêmes pensées. Les données géographiques et temporelles, la législation, le régime de l’état modifient considérablement la visée et l’aboutissement d’une découverte.

Il en est de même pour la sociologie qui, par ses réflexions, influe sur l’évolution des sciences.

Nous pensons que la société est liée à l’évolution de la science. Ces deux disciplines s’influencent l’une avec l’autre et l’une selon l’autre. Nous ne pouvons pas nous passer de la science aujourd’hui dans notre mode de vie, elle est omniprésente autour de nous. La société devra se réunir pour discuter de son avenir scientifique et, comme le préconise Bruno Latour, ouvrir des réflexions. Les discussions permettrons non pas d’obtenir les solutions, mais de créer une société unie qui réfléchit ensemble sur son évolution.

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L’épistémologie selon Bouygues Telecom : Le progrès vous appartient !

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont

L’épistémologie ou la sociologie de la science – Regard critique n°1

Regard critique n°1

L’avis contemporain de l’épistémologue Bruno Latour

Voir l’interview de Bruno Latour par Slate : http://www.slate.fr/tribune/79240/interview-bruno-latour-gouvernance-mondiale-uzbec

Plus de vingt six ans après la parution de son premier livre introduisant le rapport entre science et sociologie, Bruno Latour exprime son opinion sur des questions de société comme le clonage. Il développe son propos par la relation ambiguë entre science et politique, qui n’est autre qu’un parallèle à l’épistémologie.

« Au XVIIe siècle, avec Hobbes, on a inventé l’idée que la politique pouvait se faire par les sciences. On a établi une constitution du monde avec, d’un côté, la nature, laissée aux savants, et, de l’autre, la politique, qui relèverait des passions. On a dépolitisé les questions de nature. Aujourd’hui encore, on s’adresse aux experts pour savoir si les OGM sont bons ou pas, si le climat se réchauffe ou pas. Mais si les scientifiques sont vraiment bons, ils ne peuvent pas tous être d’accord ensemble. Donc le consensus scientifique ne permet jamais d’agir politiquement. »

Dès lors, pour aller de l’avant, Bruno Latour pense qu’il faut réussir à instaurer un débat mondial autour des questions internationales. Pas comme aujourd’hui, avec les sommets et les G20, car les états sont directement représentés par leurs plus haut dirigent, ce qui entraine une agrégation stérile de pouvoir. Plutôt par la création d’un parlement international, permettant d’échanger sur le long terme dans le but de trouver différents consensus d’homogénéisation.

« Prendre une décision ne signifie pas être arbitraire ou valider l’avis des experts. C’est plutôt voter pour accepter de ne plus discuter d’un certain nombre de connexions. Il y aura toujours des controverses, mais c’est la décision politique qui permet d’agir politiquement dans un temps historique donné (…) Si on avait l’habitude de voir les problèmes ainsi, on serait moins intimidés par leur caractère complexe. D’abord, ils ne sont pas toujours si complexes. Et puis, il faut sortir de l’idée qu’ouvrir la boîte de Pandore de tous ces débats nous empêcherait de prendre des décisions politiques. »

La mise en place d’un Parlement mondial permettrais de repolitiser de nombreuses questions et d’y répondre politiquement par des actes internationaux. Nous pouvons nous interroger sur la faisabilité d’une telle idée dans le monde actuel de par la complexité politique posé par le déroulement d’un tel Parlement. Combien d’états participeraient ? Néanmoins, il est évident que le contrôle du clonage serait l’un des premiers sujets sociaux à traiter.

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont

L’épistémologie ou la sociologie de la science – Article introductif

Article introductif

Bruno Latour, La science en action : Introduction à la sociologie des sciences.

Édition originale : Latour, Bruno, Science in action. How to Follow Scientists and Engineers, Harvard University Press, Cambridge, 1987.
Édition actuelle : Latour, Bruno, La science en action. Introduction à la sociologie des sciences, La Découverte Poche, Paris, 2005, 663p. Traduit de l’anglais par Michel Biezunski.

Dans son premier traité sociologique sur la science en train de se faire, Bruno Latour a pour but de nous ouvrir les yeux sur l’importance de la sociologie dans l’évolution scientifique. Pour ce faire, il dresse sept règles de méthodes et six principes à suivre pour mener à bien le développement d’une découverte scientifique et, par l’intitulé de ces treize points, il démontre que la science est sociale. Ainsi, il nous décortique le processus de construction d’une avancée scientifique et il démontre, par cette description, que la sociologie de la science existe.

Dès les prémices de son livre, Bruno Latour met en exergue la contradiction du sujet auquel il s’attaque. Il veut étudier la sociologie des sciences qui, pour beaucoup, est impossible par nature. « Le rejet de la sociologie des sciences (…) organise depuis toujours la définition française de la rationalité » p12. Pour lui, la sociologie des sciences doit « rechercher empiriquement les multiples différences qui distinguent les sciences les unes des autres et les pratiques scientifiques d’autres pratiques » p 14.

La sociologie des sciences n’est ni idéaliste, ni relativiste, mais réaliste.

Pour certain, le terme social rime avec conventionnel, arbitraire ou idéologique, or la sociologie des sciences se bat contre ce préjugé de la société. « Pour la sociologie des sciences, on ne rabaisse pas un fait à l’arbitraire social, on élève un non-humain en l’engageant dans de nouvelles associations au sein du collectif » p 16. L’essor la sociologie des sciences, mise en place en partie par cet ouvrage, doit remettre en cause la définition de société. Dès lors, Bruno Latour conclu son ouvrage introductif par une ouverture : « Ce livre a été écrit pour un espace libre et un peu d’air frai à ceux qui veulent étudier indépendamment les extensions de tous ces réseaux » p 623.

Ainsi, comment se rendre compte de l’importance de la sociologie dans le développement d’un fait scientifique ? Et à contrario, comment comprendre l’importance de la science de notre société ?

Pour développer notre analyse sur le rapport entre science et société, notre groupe de travail va répondre à ces questions à travers l’étude du clonage. Trois cas d’études, trois films de science-fiction, permettront de confronter le clonage à un avenir possible. Puis, trois avis critiques de sociologues sur le sujet nous aideront à mieux cerner cette problématique contemporaine. Enfin, un article de synthèse conclura sur notre apprentissage de l’épistémologie.

Erwan Guyot – Mylène Gouin – Emilien Pont