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Les autres lieux de la ville : récit d’une exploration

Petite ceinture

“Ils forment le négatif de la ville bâtie, les aires interstitielles et marginales, les espaces abandonnés ou en voie de transformation. Ce sont les lieux de la mémoire réprimée et du devenir inconscient des systèmes urbains, la face obscure de la ville, les espaces du conflit et de la contamination entre organique et inorganique, entre nature et artifice. (…) De tels territoires sont difficilement intelligibles, et par conséquent aptes à faire l’objet de projets, du fait qu’ils sont privés d’une localisation dans le présent et par conséquent étrangers aux langages contemporains. Leur connaissance ne peut être acquise que par expérience directe; les archives de ces expériences sont l’unique forme de cartographie des territoires actuels.”

Stalker, A travers les territoires actuels.

Don't.

Le franchissement des limites

Limite physique, limite légale. Démarcation entre deux milieux d’indices différents. Un autre type d’espace, qui nécessite la protection. Un espace public, un espace privé. Mais pas seulement. Des espaces abandonnés, désaffectés. Dont la limite est aussi marquée par le temps. Un lieu qui a vécu, à présent considéré inutile. Et cette protection contre le danger, celui qu’on pourrait causer à soi-même. Il s’agit de la petite ceinture de Paris, voie ferrée désaffectée, qui autrefois faisait le tour de la ville. Elle est aujourd’hui amputée, mais une longue partie est encore praticable dans le Sud-Est de Paris.

La première étape de cette exploration fût de repérer l’emplacement approximatif de la petite ceinture. Sur tous les plans, elle apparaît grise, sa présence sur la carte est fantômatique. Seul un repérage sur place permettra d’en trouver les accès.

Seconde étape, tentatives vaines d’accéder à la voie. La barrière physique est efficace, la limite bien palpable! Les murs qui entourent cette voie deviennent alors sujet d’une observation accrue, qui s’affûte au rythme de nos pas. Partout, nous tentons de trouver une faille, un verrou cassé, un trou dans un grillage, une entrée dissimulée. Rôdons autour de la voie. Tentons une entrée dans un site de la RATP longeant la voie. Impossible.

Une grille en cache une autre. Et ces panneaux! “Nous vous informons que ce site est placé sous télésurveillance.” Bien sûr la menace de la vidéo surveillance. Ignorer si nous sommes réellement observés, la paranoïa Foulquienne…

Finalement, nous demandons à un “jeune” du quartier. Il connaît un passage, nous fait pénétrer et nous indique une autre sortie, à environ un kilomètre vers le Sud.

L’exploration

Vient alors l’exploration des lieux. Suivons la voie ferrée dans un sens, de toute manière, seulement deux options… Le calme qui y règne. La neige assourdit les sons. Partout, la nature a repris ses droits. Nous sommes pourtant encore dans la ville. Ce qui est d’ailleurs surprenant, c’est le contraste entre le calme du lieu, et l’espace qui le borde. Plusieurs fois, nous avons traversé des ponts au-dessus de rues ou d’avenues. Nul ne semble nous apercevoir, d’ailleurs, personne ne lève les yeux vers ce lieu oublié, devenu invisible.
En réalité, des traces marquent un réinvestissement officieux de cet endroit. Partout, des tags, sur toutes les surfaces lisses, des signatures. Je me remémore les paroles du garçon “Il faut pas aller d’ce côté-là [vers le Nord], y’a un tunnel où il se passe des trucs bizarres ; dans les années 90, des skins et des gangs se réunissaient là-bas le soir”. La vue de ces tags, de cadavres de bières abandonnées, et de traces de pas confirment cette vie dans d’un espace presque parallèle à la ville, qui ne figure pas dans notre géographie mentale, dont on ne parle jamais.

Au loin, Paris

Le froid commence alors à nous ronger le visage, il me semble que nous avons dépassé la sortie indiquée par le garçon. Comment sortir de cet endroit? Nous continuons sur environ cinq cents mètres, peut-être plus. Tout en marchant, nous sondons les côtés de la voie, à la recherche d’une nouvelle faille. Finalement, à la sortie d’un pont, dissimulé par des branchage, un escalier. La fin de l’escalier est condamnée par quelques planches pourries, que d’un geste mou nous poussons. Un squat, quelques matelas, des journaux, abrités par le pont, dissimulé par des déchets et un grillage. Escaladons le grillage raisonnablement haut. Retour à la ville connue. Elle paraît terriblement agitée, le bruit qui nous parvenait là-bas comme un murmure lointain nous envahit. Retour à la foule, retour à la présence humaine, envahissante, presque dérangeante. Nous n’avons aucune idée d’où nous nous trouvons.



La  petite ceinture

Louise Deguine  / Amaury Lefévère / Laurane Néron

Dérive Suburbaine

Cette vidéo présente notre propre dérive suburbaine, notre « apprentissage de la rue » personnel.

A partir de notre point de départ (l’immeuble d’habitation d’Edouard François à Champigny) tiré au hasard, nous avons pris la voiture pour nous laisser aller dans la suburbia. Nous avons tout d’abord emprunté les axes principaux avec de nombreux ronds-points, pour nous amener petit à petit vers des zones plus intimes, des quartiers pavillonnaires, comme des lotissements. N’étant plus dans la même échelle après seulement un virage, nous avons choisi de sortir de la voiture pour continuer cette dérive à pied, comme les situationnistes dans la ville traditionnelle. Après quelques rues et une impasse où nous avons fait demi-tour, nous avons retrouvé la voiture pour ressortir de ce lotissement. Aucune hiérarchie n’est présente entre les rues qui le constituent et en sortir n’a pas été si simple. Ensuite nous avons réussi à rejoindre des voies plus importantes pour longer des zones que l’on pourrait qualifier de « bourgs » ou de « centres-ville ». Ces rues, souvent sinueuses à travers un tissu urbain dense et animé, offrent peu d’alternatives à un changement de routes. Sans trouver d’intérêt à emprunter soudainement une petite voie latérale, notre parcours s’est poursuivi en nous laisser guider jusqu’à une zone commerciale, symbole fort de la suburbia. Nous avons donc décidé de nous arrêter sur un parking et, comme tout bon citoyen de la suburbia, prendre un caddy pour faire ses courses. L’image du caddy constitue pour nous une mise en abime du principe de la voiture en suburbia. Enfin, nous sommes rentrés en voiture jusqu’à l’école en empruntant l’autoroute, autre particularité de la suburbia.

Ce travail met ainsi en évidence à quel point notre univers suburbain actuel est influencé par des données commerciales, économiques et publicitaires de par le paysage offert lorsque l’on parcourt la suburbia dans une voiture. Le grand nombre de « canards », d’espaces commerciaux destinés à être visible en voiture est impressionnant. De même que les quartiers pavillonnaires comme celui que nous avons parcouru à pied : ils sont constitués par un ensemble de propriétés autonomes et refermées sur elles-mêmes accessibles essentiellement par la voiture. Les voiries de desserte au sein du quartier pavillonnaire paraissent très larges par rapport au trafic auquel cette voie doit répondre. On perd la notion de collectivité, l’espace public n’est organisé que POUR et PAR la voiture, un fort sentiment d’individualisme prédomine. La rue, telle qu’on la pratique dans les villages-rues classiques, ne ressemble en rien à la rue pavillonnaire de la suburbia, ni même à la rue que l’on pratique en centre-ville dans la vidéo.

Surtout, ce travail n’est pas intéressant seulement par le diagnostic personnel que l’on en fait, mais également par la méthode de ce travail. Arpenter des univers sans destination précise a un grand intérêt, car cela permet de mieux percevoir les qualités et défauts de ces espaces, sans les rechercher. L’atmosphère d’un lieu est davantage perceptible avec cette pratique. C’est un véritable enseignement pour nous, étudiants en architecture, car c’est une méthode essentielle dans l’appréhension des espaces sur lesquels on peut être amené à intervenir.

Florian Arrivault, Vincent Blactot, Amaury Vaillant

Dérive Suburbaine

Diptyques

A partir du thème Apprendre de la rue et de la lecture de Suburbia de Bruce Bégout et Learning from Las Vegas de Robert Venturi, notre travail consiste à mettre en œuvre un parallèle entre ces deux œuvres pour décrire la ville et la banlieue qu’ils effectuent respectivement au travers de Los Angeles et sa petite sœur Las Vegas.

En s’inspirant de ces lectures et de The view from the road de Kevin Lynch (voir le lien http://mit150.mit.edu/multimedia/view-road-1958-kevin-lynch ), nous avons donc voulu faire notre propre dérive, mais en suburbia. Cela implique donc d’utiliser la voiture, car le piéton est à l’échelle de la ville et non de la suburbia. Nous avons donc voulu flâner dans la suburbia, spécialement pensée par et pour la voiture. Cette dérive nécessite un point de départ. Grâce à la découverte de Dehors Paris : un guide d’architectures à voir et à imaginer de David Trottin, qui recense un certain nombre de projets architecturaux à voir en région parisienne, nous avons donc tiré au sort un des bâtiments du livre : l’immeuble d’habitation d’Edouard François à Champigny. Ce projet est intéressant, car il représente un « canard » selon nous, en écho aux écrits de Robert Venturi. Effectivement, la dimension formelle est très importante : des « maisons types à double pente » sont comme posées sur des logements en barre, eux-mêmes semblant comprimé d’autres habitations en socle.

Ce travail doit nous permettre de faire notre propre expérience de notre univers direct, ce qui nous semble particulièrement important pour nous, étudiants en architecture. Cette expérience sera visible à travers une vidéo que nous posterons dans notre dernier article comme une conclusion de notre travail. Les diptyques qui accompagnent cet article sont une façon pour nous de relier notre travail sur le terrain, notre « apprentissage de la rue », avec les écrits étudiés au préalable.

Florian Arrivault, Vincent Blactot, Amaury Vaillant