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Hocus Pocus & Oxmo Puccino – Equilibre

A la limite entre rap et poésie, les vers proposés par Oxmo Puccino et Hocus Pocus explorent la recherche d’un équilibre qu’il est parfois difficile de trouver parmi les milieux défavorisés :

« Dans une main la colombe, dans l’autre le calibre
J’ai beau tendre les bras, je ne trouve pas l’équilibre »

Jérôme MATHIOT, Antoine CARTIER, Paul de ROBILLARD

Toutes les paroles ici :
http://www.parolesmania.com/paroles_hocus_pocus_15730/paroles_equilibre_1038000.html

Le Hip-Hop, domaine du rap « conscient » ou rap engagé

« Le monstre aux yeux verts, synonyme de la jalousie,
Taxe l’eau du Sahel juste pour remplir son jacuzzi.
Et c’est comme ça que ça fonctionne dans ce monde de tâches.
Les gens les plus lâches jettent la pierre et ensuite ils se cachent.
[…]
Mais pourquoi ? Pourquoi ? Parce que c’est la faute au biz !
Aux biftons, fiston. Ton vice est devenu dicton.
Ce millénaire est monétaire. Le peuple est impopulaire.
A croire que le Veau d’Or a une promo à l’échelle planétaire.
Il justifie la traîtrise. La fourberie.
L’économie c’est toujours plus de loups dans la bergerie. »
[…]
Dans les bas-fonds on rêve des fonds du FMI.
Mais au fond on sait qu’les familles sont souvent proches du RMI. »

MC Solaar – RMI

MC Solaar est un des rappeurs français les plus reconnus en terme d’engagement politique. Par sa manipulation savante des mots, jouant de l’allitération, les sons induisent un sens à son auditoire. Ici la critique est au capitalisme. Il met en lumière un ras-le-bol des inégalités économiques constatées en France et ailleurs, l’individualisme provoqué par la couleur de l’argent. Il dénonce la société des privilèges.

La France n’est bien sûr pas la source du rap conscient (cf. notre article « Les racines du Hip-Hop et du Rap sont des rhizomes » sur l’ouvrage Le Rap Est Né en Jamaïque de Bruno Blum).

Dès les fondements du mouvement hip-hop, les textes criaient au délaissement du peuple Afro-caribéen par les Etats-Unis et à la criminalité dans les rues et les ghetto que cette misère délaissée provoquaient. Les armes et la drogue sont les outils de la débrouille et de l’évanescence des esprits hors de cette misère (ce dernier étant fortement enraciné dans la culture rasta).

Ce qui a peu à peu donné lieu aujourd’hui au rap qu’on nommera « inconscient » : celui de l’ego-trip à répétition où des « gangsta rappers » s’affublent de luxueux vêtements, sont entourées de jeunes femmes plus que déshabillées, de voitures haut-de-gammes et de drogues en quantités déraisonnables.
Ils affichent d’une certaine manière leur succès et la richesse obtenue grâce au « game » du hip-hop tout en parlant des quartiers pauvres desquels ils sont issus et des crimes par lesquels ils ont dû passer pour en arriver jusqu’ici.

Alors que les ancêtres du hip-hop dénonçaient les inégalités de notre société capitaliste et prônent la solidarité, les rappeurs, en tout cas états-unien, les plus écoutés aujourd’hui vantent les crimes commis par le passé et l’empire commercial qu’ils ont fondé.

La scène française comptent pas mal de copies du genre gangsta rap, mais heureusement certains n’oublient pas que le rap se doit d’être critique. Le rappeur Disiz dénonce effectivement la divergence des gangsta rappers de la droite ligne du rap, par ces textes :

« Le rap file un mauvais coton comme un esclave du Mississipi
[…]
Ma conscience me suit
Vie sans souci ?
Ca c’est pas possible
Les mecs d’ici
Ceux d’en haut, j’suis soucieux quand ils s’associent
Pas de principe
Tu es leur cible
Consommes leurs sapes et leurs disques
Ils te vendent du rêve, te divertissent
Ton temps de travail ils le convertissent
J’te dis tout ça mais je vends le mien
Pourquoi faire le mal, pour faire le bien ?
Putain est-ce l’époque, est-ce le pays? Pourquoi tu te plains ?
Fais ta Money
J’me dis qu’j’ai pas le droit
Je culpabilise
Je devrais être tuit-gra
Je comptabilise
Bande d’abrutis, pompes à fric
On vous divertit pendant qu’on pompe l’Afrique
Vous êtes bon qu’à kiffer regarder des clips »

Jérôme MATHIOT, Antoine CARTIER, Paul de ROBILLARD