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La crainte de l’homme déshumanisé

 

La science-fiction a toujours était un moyen de projeter les craintes de nos sociétés actuelles vers le futur. Entre récits prospectifs et songes romanesques il s’agit de révéler les défis que nos sociétés seront amenées à confronter. Lorsqu’il visite New York pour la première fois en 1924, l’allemand Fritz Lang est impressionné par la démesure de la ville et s’en inspire largement pour « Metropolis » qu’il sort 3 ans plus tard. La ville prend de la hauteur, du haut de ses gratte ciels elle écrase les masses grouillantes de prolétaires travaillant dans de crasseux sous-sols. A l’époque la mégalopole américaine cristallise les peurs de la société par rapport à cette nouvelle modernité, celle de la mécanisation  galopante et des bâtiments démesurés dans lesquels l’humain est réduit au néant. Lang projette ainsi cette peur de l’aliénation de l’homme par la machine en 2026, dans une ville déshumanisée où l’organisation du travail est réglée de manière scientifique. Par le biais du travail à la chaine on entrevoit inévitablement un lien avec « Les Temps Modernes » de Chaplin dans lequel Charlot se retrouve réduit à assembler des pièces dans une usine à longueur de journée, et ce à un rythme infernal. L’humain n’est plus qu’une partie d’une vaste machine, au même titre qu’un engrenage. Le petit moustachu insiste d’ailleurs sur ce point lorsqu’il tombe lui-même dans la chaine de production, le travailleur est cassé, décérébré et au final perd son humanité. Il est intéressant de noter les différents points de vus que l’on peut avoir sur l’industrialisation lourde au début du XXème siècle. Dans les livres d’histoire on lirait surement que cette période correspond à une amélioration de la qualité de vie et une augmentation considérable des richesses produites ou de l’espérance de vie. Pourtant au même moment nombreux se demandent ce qu’impose à notre quotidien de telles transformations. Il y a un changement d’échelle notable dans la manière de produire, le mouvement amorcée lors de la première révolution industrielle au XIXème siècle s’accentue, la fabrication en série permet de produire des quantités encore jamais atteintes. La masse contre l’individu, c’est l’un des sujets qui va passionner le plus les auteurs de science-fiction au début du XXème siècle.
Si aujourd’hui les moyens ne sont plus les mêmes, on peut toutefois retrouver dans la science-fiction contemporaine cette crainte de l’humain « déshumanisé ». En 1999 dans le film « Matrix » les humains ne vivent plus leur vie que virtuellement, enfermés dans des boîtes contrôlées par des machines. La notion d’intelligence artificielle, une invention récente, inspire de plus en plus les auteurs de S-F. Et si les machines, plutôt que d’être à la solde d’une classe dirigeante réduite comme dans « Metropolis », se mettaient à réfléchir par elle-même. Et si l’humanité entière était asservie à ces machines. Dans « Matrix » aussi les êtres humains ne sont plus qu’un maillon d’une vaste organisation, ils deviennent un simple carburant pompé par des super-ordinateurs.
Dans ces deux cas éloignés de plus d’un demi-siècle, la science- fiction semble montrer que devant la méconnaissance de technologies entièrement nouvelles, l’humain craint de perdre le contrôle de sa propre existence. Les œuvres de science- fiction, influencées par le contexte socioéconomique de leurs époques reflètent les angoisses et les peurs de leurs contemporains.

Félix Gautherot, Goulven Le Corre et Vincent Macquart