Tagué: rap

Le Hip Hop est revendicatif

Casey – Banlieue Nord

Casey est une rappeuse française qui vit en Seine Saint Denis. Banlieue Nord est tiré de son album Tragédie d’une Trajectoire – sortie en 2006 sous le label Dooeen Damage.

– HIP HOP –

Le hip hop est un art de vivre. Le hip hop possède son langage, ses codes vestimentaires,
et s’est développé à travers ses moyens d’expression : peinture, danse, musique…

Au commencement, il y a le beat, le rythme sur lequel pose le DJ (MC aujourd’hui).

On ne peut pas dire que l’on n’aime pas le hip hop. Ce n’est pas le hip hop, ce sont les hip hop.
Il faut prendre du recul, écouter les paroles, saisir les double sens, les jeux de mots, les références.
Le rap français se développe sur le territoire depuis une trentaine d’année. Venue des rues de New York, il arrive en France et se tient en porte parole d’une génération qui a des choses à
dire. Les enfants d’immigrés, ayant grandi dans la banlieue de Paris. Dans des barres
délaissées par les autorités, proche de la capitale, mais à 1000 lieux de ce qui s’y passe.
( cf. La Haine – Matthieu Kassovitz)

Casey dans ce morceau nous raconte son lieu de vie. La Seine Saint Denis, la banlieue nord, le
9-3 rendu célèbre par Suprême NTM.

Son phrasé, énervé, révèle dès le début l’engagement et l’orientation de son texte. La langue française est riche, si riche en mots, en jeu de mots, en double sens, cette poésie urbaine – même si ce terme est insupportable – est la digne héritière des poètes des siècles passés.

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Hocus Pocus & Oxmo Puccino – Equilibre

A la limite entre rap et poésie, les vers proposés par Oxmo Puccino et Hocus Pocus explorent la recherche d’un équilibre qu’il est parfois difficile de trouver parmi les milieux défavorisés :

« Dans une main la colombe, dans l’autre le calibre
J’ai beau tendre les bras, je ne trouve pas l’équilibre »

Jérôme MATHIOT, Antoine CARTIER, Paul de ROBILLARD

Toutes les paroles ici :
http://www.parolesmania.com/paroles_hocus_pocus_15730/paroles_equilibre_1038000.html

Le Hip-Hop, domaine du rap « conscient » ou rap engagé

« Le monstre aux yeux verts, synonyme de la jalousie,
Taxe l’eau du Sahel juste pour remplir son jacuzzi.
Et c’est comme ça que ça fonctionne dans ce monde de tâches.
Les gens les plus lâches jettent la pierre et ensuite ils se cachent.
[…]
Mais pourquoi ? Pourquoi ? Parce que c’est la faute au biz !
Aux biftons, fiston. Ton vice est devenu dicton.
Ce millénaire est monétaire. Le peuple est impopulaire.
A croire que le Veau d’Or a une promo à l’échelle planétaire.
Il justifie la traîtrise. La fourberie.
L’économie c’est toujours plus de loups dans la bergerie. »
[…]
Dans les bas-fonds on rêve des fonds du FMI.
Mais au fond on sait qu’les familles sont souvent proches du RMI. »

MC Solaar – RMI

MC Solaar est un des rappeurs français les plus reconnus en terme d’engagement politique. Par sa manipulation savante des mots, jouant de l’allitération, les sons induisent un sens à son auditoire. Ici la critique est au capitalisme. Il met en lumière un ras-le-bol des inégalités économiques constatées en France et ailleurs, l’individualisme provoqué par la couleur de l’argent. Il dénonce la société des privilèges.

La France n’est bien sûr pas la source du rap conscient (cf. notre article « Les racines du Hip-Hop et du Rap sont des rhizomes » sur l’ouvrage Le Rap Est Né en Jamaïque de Bruno Blum).

Dès les fondements du mouvement hip-hop, les textes criaient au délaissement du peuple Afro-caribéen par les Etats-Unis et à la criminalité dans les rues et les ghetto que cette misère délaissée provoquaient. Les armes et la drogue sont les outils de la débrouille et de l’évanescence des esprits hors de cette misère (ce dernier étant fortement enraciné dans la culture rasta).

Ce qui a peu à peu donné lieu aujourd’hui au rap qu’on nommera « inconscient » : celui de l’ego-trip à répétition où des « gangsta rappers » s’affublent de luxueux vêtements, sont entourées de jeunes femmes plus que déshabillées, de voitures haut-de-gammes et de drogues en quantités déraisonnables.
Ils affichent d’une certaine manière leur succès et la richesse obtenue grâce au « game » du hip-hop tout en parlant des quartiers pauvres desquels ils sont issus et des crimes par lesquels ils ont dû passer pour en arriver jusqu’ici.

Alors que les ancêtres du hip-hop dénonçaient les inégalités de notre société capitaliste et prônent la solidarité, les rappeurs, en tout cas états-unien, les plus écoutés aujourd’hui vantent les crimes commis par le passé et l’empire commercial qu’ils ont fondé.

La scène française comptent pas mal de copies du genre gangsta rap, mais heureusement certains n’oublient pas que le rap se doit d’être critique. Le rappeur Disiz dénonce effectivement la divergence des gangsta rappers de la droite ligne du rap, par ces textes :

« Le rap file un mauvais coton comme un esclave du Mississipi
[…]
Ma conscience me suit
Vie sans souci ?
Ca c’est pas possible
Les mecs d’ici
Ceux d’en haut, j’suis soucieux quand ils s’associent
Pas de principe
Tu es leur cible
Consommes leurs sapes et leurs disques
Ils te vendent du rêve, te divertissent
Ton temps de travail ils le convertissent
J’te dis tout ça mais je vends le mien
Pourquoi faire le mal, pour faire le bien ?
Putain est-ce l’époque, est-ce le pays? Pourquoi tu te plains ?
Fais ta Money
J’me dis qu’j’ai pas le droit
Je culpabilise
Je devrais être tuit-gra
Je comptabilise
Bande d’abrutis, pompes à fric
On vous divertit pendant qu’on pompe l’Afrique
Vous êtes bon qu’à kiffer regarder des clips »

Jérôme MATHIOT, Antoine CARTIER, Paul de ROBILLARD

Les racines du Hip-Hop et du Rap sont des rhizomes

Tout comme les plantes rhizomateuses, les émergences du rap et du hip-hop dans l’histoire ont des racines connexes de manières souterraines. La métaphore est drôle quand on pense qu’ underground est fréquemment utilisé pour qualifier certains aspects de la scène hip-hop. Pour se plonger dans une recherche des origines de ce genre musical, tournons nous vers Bruno Blum.

Connu pour son savoir riche quant au reaggae et des genres associés, on comprend alors que le mot important dans le titre de son livre Le Rap Est Né en Jamaïque, est le dernier.Et c’est avant tout de son domaine de prédiléction qu’il souhaite nous parler. Il cherche à les valoriser, ou à les revaloriser, tirant prétexte d’un genre aujourd’hui plus populaire, le rap.

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Une bonne partie de ce livre se consacre à retracer l’histoire, palpitante, des musiques jamaïcaines, remontant jusqu’au mento, puis à la naissance, au contact des musiques américaines, des genres caractéristiques que sont le ska, le rocksteady, le dub, et le reggae sous ses différentes incarnations (beaucoup plus diverses que la version adaptée à un public international, popularisée par Bob Marley). Blum aborde aussi, brièvement, ces ragga et dancehall qui émergeront après.

Ce n’est en fait qu’assez tard dans le livre que Blum défend la thèse annoncée, à savoir que le rap serait né en Jamaïque. Si le grand public les ignore, les racines en partie jamaïcaines du rap sont connues des fans les plus avertis, tout comme le rôle de Kool Herc qui, en important dans le Bronx le principe du sound-system issu de sa Jamaïque natale, allait devenir le père de la culture hip-hop. Il est aussi tout à fait juste que l’île caribéenne, plus largement, a eu un rôle décisif dans l’apparition de la culture du DJ et du remix.

Le rap est en fait autant né dans les discothèques que dans les rues du Bronx, grâce à des MCs comme DJ Hollywood, que Blum ne fait que citer. L’auteur mentionne aussi trop rapidement les « raps avant l’heure » des animateurs radio afro-américains, qui ont eux-mêmes influencé les toasters et deeyjays jamaïcains (pour info : à l’origine en Jamaïque, le deejay, ou toaster provenant de la monotonie et la cadence de la voix, est celui qui parle sur la musique que le selecter choisit. Aujourd’hui le selecter est plus communément appelé DJ et le deejay est devenu MC).

Blum, en revanche, conteste la généalogie du rap dressée par Olivier Cachin, qui fait des Last Poets ses véritables géniteurs. Il démontre à quel point la poésie et le spoken word de ces derniers s’en distingue, en tout cas sensiblement plus que le style deejay des Jamaïcains. Il précise que les Last Poets ne partagent avec le rap aucune de ces grandes caractéristiques que sont la récitation de mots en cadence avec la musique, un flot continu de paroles, et une volonté de faire danser.

Là où l’auteur se trompe, toutefois, c’est que ces traits ne suffisent pas à définir le rap. Va encore pour le flot continu et la déclamation en cadence, mais le rap n’est pas substantiellement lié à la danse. Il l’a été aux origines, il l’est redevenu autour de l’an 2000, au moins en partie, notamment chez certaines de ses incarnations sudistes. Mais dans son âge classique, au cœur de la décennie 90, il faisait plus facilement dodeliner de la tête que bouger des jambes.

La vraie spécificité du genre – et la raison pour laquelle il est exagéré de parler de rap jamaïcain – vient en fait de la boucle, du motif minimal et répétitif avec lequel jouent les rimes du rappeur. Ce principe est demeuré au cœur du rap, malgré des évolutions technologiques et stylistiques majeures. Les rappeurs ont commencé par s’exprimer sur les sons de vinyles, puis des musiciens ont joué pour eux, avant qu’ils n’exploitent des samples et qu’ils renouent avec des sonorités basiques issues de synthétiseurs. Cependant, en dépit de quelques exceptions et d’œuvres marginales plus composées, le rap est fondé pour l’essentiel sur ce dialogue rythmique entre la boucle et les paroles.

C’est cela qui le distingue de toute autre musique chantée / parlée. C’est une innovation dont Kool Herc a été à l’origine, certes, quand il a trouvé le moyen de répéter éternellement les mêmes breakbeats à l’aide de deux disques identiques. Mais elle est apparue directement à New York, et non à Kingston.

Le rap a des racines en Jamaïque, c’est indiscutable. Elles sont parfois oubliées ou méconnues, c’est juste, mais il n’y est pas né.

Toutefois, ce livre rappelle à de nombreuses reprises, que la musique n’a pas de frontières ; que ce que l’on dénomme usuellement la musique afro-américaine a toujours été, jusqu’à aujourd’hui, en dialogue avec son pendant caribéen ; que la géographie musicale n’est pas la géographie politique et que, musicalement, la Nouvelle-Orléans, matrice depuis un siècle de tant de genres influents et novateurs, est autant caribéenne qu’étatsunienne.

A la toute fin de son ouvrage, Bruno Blum rappelle que ces échanges n’ont jamais cessé. Ils se sont poursuivis avec l’évolution parallèle du gangsta rap américain et du ragga jamaïcain, deux musiques contemporaines qui ont multiplié les points communs tout en restant distinctes l’une de l’autre.

Il aurait pu noter également les similitudes entre le dancehall et tous ces club-raps et party-raps qui sont nés dans ce même Dirty South ( la culture du sud des États-Unis, se distinguant de la culture West Coast et East Coast ), culturellement si proche des Caraïbes.

On pourrait, plutôt que de chercher en Jamaïque le père du rap, signaler davantage encore qu’en matière de musiques, les cousinages sont plus fréquents que les simples liens de filiation.

Jérôme MATHIOT, Antoine CARTIER, Paul de ROBILLARD