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Grand Format

Grâce à la technique du collage de portraits photographiés, JR, un artiste contemporain français, présente son travail au plus grand nombre en choisissant la rue pour s’exposer.

JR le dit, « dans le rue je touche des gens qui ne vont jamais au musée », en effet ce sont de meilleurs lieux d’affichage pour ce genre d’exposition car la visibilité est plus grande.

En 2006, il affiche dans les quartiers bourgeois de la capitale, les visages de jeunes de banlieue. C’est en placardant ses œuvres directement sur les immeubles parisiens qu’il souhaite « amener l’art dans la rue » ; une action illégale qui sera, quelques temps après, approuvée par la mairie de Paris. Ces images, portraits satiriques et grimaçants, attirent l’attention des passants qui font face à la réalité. Les Parisiens sont confrontés à ces visages : d’autres individus, d’une autre classe sociale qui vivent dans la ville d’à côté, voir même dans le quartier voisin. Son travail installe une porosité entre des populations voisines, représentant ainsi des habitants de quartiers de différentes réputations. Cette exposition répond aux idées reçues grâce à la caricature que les modèles font d’eux-mêmes.

La stigmatisation des quartiers populaires, véhiculée par les médias ou politiques, creuse chaque jour l’écart entre ces quartiers sensibles et les quartiers bourgeois. Les stéréotypes sont omniprésents et instaurent une situation de méfiance par rapport aux quartiers concernés.

Ces portraits nous confrontent à leur image, directement, remettant en question les a priori de chacun : « sont-ils vraiment ce qu’on dit d’eux ? ».

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Jean Aubert, Guillaume Clément, Pauline Grolleron, Lorène Sommé

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Métro, Boulot, Dodo

« Je suis l’dauphin d’la place Dauphine
Et la place Blanche a mauvaise mine
Les camions sont pleins de laitLes balayeurs sont pleins d’balais


Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille


Les travestis vont se raser
Les stripteaseuses sont rhabillées
Les traversins sont écrasés
Les amoureux sont fatigués


Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille


Le café est dans les tasses
Les cafés nettoient leurs glaces
Et sur le boulevard Montparnasse
La gare n’est plus qu’une carcasse
Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille


Les banlieusards sont dans les gares
A la Villette on tranche le lard
Paris by night regagne les cars
Les boulangers font les batards


Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille


La tour Eiffel a froid au pieds
L’arc de triomphe est ranimé
Et l’Obelisque est bien dressé
Entre la nuit et la journée
il est est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille


Les journaux sont imprimés
Les ouvriers sont déprimés
Les gens se lèvent, ils sont brimés
C’est l’heure où je vais me coucher


Il est cinq heures
Paris se lève
Il est cinq heures
Je n’ai pas sommeil »

Jacques Dutronc,  1968

166 ans plus tard, Jacky sort du troquet, un petit coup dans l’nez, Jacky s’promène de quartier en quartier. Il croise des silhouettes fuyantes et affairées, la rue n’est plus qu’un passage. Il est bien loin le temps d’Marco, aujourd’hui c’est « métro boulot dodo ». Comprendre les autres dans la rue n’est plus mince affaire. Le théâtre n’est plus. Celui qui montra tant de variétés, est aujourd’hui bien sectorisé.

Jean Aubert, Guillaume Clément, Pauline Grolleron, Lorène Sommé

Retour à la rue

« Pour qui construit-on des villes ? Est-ce pour des hommes, est-ce pour des groupes humains, est-ce pour des sociétés animales ? A qui s’adresse-t-on ? Il ne faut pas construire des villes et voir ensuite quels hommes on mettra dedans, mais voir quels hommes existeront et quelle ville il faut construire pour eux. Ceci paraît une évidence ; cependant, dans beaucoup de circonstances, nous constatons que cette évidence est oubliée. » 

Paul-Henry Chombart de Lauwe

Le paradigme de la ville moderne (des années 50) est qu’elle a refusé la rue dans un souci de fonctionnalisme et de rationalisation de la densité de l’habitat – on peut citer Le Corbusier comme figure de proue de cet urbanisme, notamment lors du CIAM de 1950 : « La rue n’est pas hygiénique. Il faut la peindre en blanc, la passer au lait de chaux, éviter les corridors. […] Une ville doit en remplacer une autre. ».

Ce retour à la rue n’est pas seulement un mouvement urbanistique et architectural, il s’appuie également sur la revalorisation de l’habitat et des modes de vie populaires. Cette revalorisation est nourrie des observations de la sociologie urbaine d’après-guerre ayant observé que les quartiers ouvriers qu’on rasait sans scrupule étaient des lieux de fortes solidarités, comme l’affirment Jean-Charles Chamboredon et Madeleine Lemaire (sociologues) dans leur article Proximité spatiale et distance sociale en 1970 : l’homogénéité sociale des quartiers ouvriers organisés autour de rues populaires provoquait des solidarités communautaires positives pour la socialisation et la survie face aux difficultés.

La rue dite « classique » est le support d’une mixité fonctionnelle (commerces, bureaux) qui est considérée comme le fondement de la vie de quartier. On peut citer Jan Gehl, éminent urbaniste spécialiste en anthropologie, à l’origine de la piétonnisation de Broadway (New York,

2007), qui affirme qu’en zone urbaine dense, une activité en appelle une autre tandis que dans les espaces uniquement résidentiels « Nothing happens because nothing happens« .

Par les villageoises : Alices Jaupitre et Villatte, Jeanne de La Blanchardière, Estelle Jakubowski, Manon Bertoïa