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Célébration de l’héberge par l’art urbain

 

 

 

Le street artiste cherche dans la rue son espace d’expression, le lieu qui l’inspire pour y déposer ses réalisations. Il est à l’affut du support, de la matière, de la surface qui va constituer sa toile, dans les espaces qui caractérisent notre quotidien, l’espace public. L’un des initiateurs français de l’art urbain, Ernest Pignon-Ernest parle de ce choix du lieu:

« Donc voilà, en gros pour préambule : j’étudie les lieux, de cette étude, cette appréhension, naissent des images que je viens coller dans les lieux que j’étudiais. Et mes images doivent jouer dans les lieux où je viens les mettre un peu comme un révélateur, faire apparaître des choses.»

Le mur est le support conventionnel, un espace dégagé, accessible à hauteur d’homme, visible de tous et constituant la limite entre public et privé. Le sol est un support intéressant tout comme les panneaux de signalisation et l’ensemble du mobilier urbain qui compose les rues de nos villes. Mais le support privilégié dans cette série de surface avec lesquels, l’artiste de rue joue, c’est le mur pignon, l’héberge et le mur aveugle. Une surface généralement vierge, inaccessible physiquement, qui s’offre aux yeux de tous les passants qui prennent le temps de lever les yeux au ciel, depuis la rue comme depuis une fenêtre. C’est un espace de choix qui surplombe l’espace public, lieu idéal d’expression et challenge physique à déjouer pour l’artiste. Ces espaces découlent de la composition urbaine des ilots, de l’agencement des édifices entre eux et alors naissent ces surfaces opaques, vides d’expression, affirmés par leur homogénéité et leurs dimensions dans le paysage urbain. Les street artistes, ne sont pas les premiers à avoir pris d’assaut les murs aveugles des bâtiments, les publicitaires d’après-guerre en avait pris possession et s’en servaient comme support promotionnel. Aujourd’hui il ne reste seulement que quelques vestiges de ces fresques murales. Toujours visibles malgré le temps passé, elles offrent aux héberges une image du passé et révèlent une partie de la mémoire de l’édifice.

ImagePublicité savon Cadum, Paris.

À travers une série d’artistes qui utilisent le mur aveugle dans leurs travaux nous cherchons à montrer en quoi la transformation de cette partie d’un édifice créé une richesse dans le patchwork urbain. Les murs pignons sont donc des lieux de prédilection pour les artistes urbains. Ils font naitre par leurs travaux, une nouvelle vision de la ville. Lorsque l’on parcourt la ville, nous sommes confrontés à une multitude d’images, de mots, de formes et de couleur, à ceci s’ajoute le rythme des façades et leurs compositions.  Leurs travaux viennent alors embellir, ou du moins exposer, ces surfaces oubliées. Ces parois continues des bâtiments s’offrent à la ville comme des écrans. L’artiste vient naturellement s’en emparer comme une toile in situ, en relation directe avec son contexte. Visible depuis la rue, cette situation de perchoir sur la ville procure à l’œuvre picturale un atout de plus dans ses jeux. Aujourd’hui, grâce à ces réalisations le caractère du mur pignon vient être réaffirmé, il se transforme en tableau urbain. Ainsi le panorama urbain se voit enrichi. C’est dans ces villes aux tissus urbains denses où les murs aveugles foisonnent que les artistes viennent, à l’aide de différentes techniques, s’exprimer. L’artiste français JR à travers ses collages photo, noir blanc, sur dimensionné sur les pignons des bâtiments. Crée un contraste d’échelle entre les visages humain qui expose et les façades limitrophes.

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Collage de JR, «The Wrinkles of the City», Los Angeles.

C’est un travail, lié aux phénoménales à la grandeur, une plastique particulière et riche en interrogation comme: comment ont-ils fait? De plus, c’est un art de la contextualisation, l’artiste se sert de l’existant dans premier temps pour accéder à cet espace et y travailler et pour composer ses  dessins. L’artiste italien BLU dans ses travaux de fresques gigantesques fait participer l’existant.

ImageFresque de BLU, Berlin.

Cet art crée une nouvelle expression, il valorise un lieu et parfois le rend attractif. Comme on peut le voir dans les dents creuses de certaines villes où viennent s’ornementer les grands murs aveugles, qui sans cette intervention resteraient des espaces en friche. Le couple franco-autrichien d’artistes Jana & JS, travaillent à l’aide de pochoirs et viennent reproduire dans un style de bande dessiné leurs personnages à l’échelle du pignon. 

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Jana&Js, Londre.

L’artiste belge Bonom lors d’interview vidéo fait souvent part de la danse qu’il effectue lorsqu’il dessine, à l’aide de bombe aérosol, ses créatures sur les héberges parisiennes et bruxelloise.

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Créature de Bonom, Paris.

Un autre artiste belge ROA, fait contraster sur les pignons de grands animaux dessinés avec beaucoup de soin et détails tout en jouant du contexte avec lequel il a ‘à faire’.

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Les oiseaux de ROA, Vienne.

 

 

ImageAnimaux de ROA, Johannesburg

L’artiste français Kouka vient habilement transformer les grands murs aveugles des barres de Vitry-sur-Seine par ses guerriers bantus poétiques, qui agissent comme des gardiens de la ville.

ImageGuerriers Bantus de Kouka, Paris.

L’artiste urbain par son style et les dimensions de ses travaux enrichit le mur aveugle. Il réanime les murs oubliés de l’architecture de la ville, le pignon est ésthétisé, il célèbre la création artistique – ou la création artistique célèbre cette surface. Ces réalisations viennent s’initier dans la ville et dans notre quotidien, lors de nos déplacements elles stimulent le paysage urbain. 

Tristan Bazot, J-F Thierry, Charles Allainmat, Geoffroy Lomet

 

Street art maps : – http://www.streetartview.com

 

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Grand Format

Grâce à la technique du collage de portraits photographiés, JR, un artiste contemporain français, présente son travail au plus grand nombre en choisissant la rue pour s’exposer.

JR le dit, « dans le rue je touche des gens qui ne vont jamais au musée », en effet ce sont de meilleurs lieux d’affichage pour ce genre d’exposition car la visibilité est plus grande.

En 2006, il affiche dans les quartiers bourgeois de la capitale, les visages de jeunes de banlieue. C’est en placardant ses œuvres directement sur les immeubles parisiens qu’il souhaite « amener l’art dans la rue » ; une action illégale qui sera, quelques temps après, approuvée par la mairie de Paris. Ces images, portraits satiriques et grimaçants, attirent l’attention des passants qui font face à la réalité. Les Parisiens sont confrontés à ces visages : d’autres individus, d’une autre classe sociale qui vivent dans la ville d’à côté, voir même dans le quartier voisin. Son travail installe une porosité entre des populations voisines, représentant ainsi des habitants de quartiers de différentes réputations. Cette exposition répond aux idées reçues grâce à la caricature que les modèles font d’eux-mêmes.

La stigmatisation des quartiers populaires, véhiculée par les médias ou politiques, creuse chaque jour l’écart entre ces quartiers sensibles et les quartiers bourgeois. Les stéréotypes sont omniprésents et instaurent une situation de méfiance par rapport aux quartiers concernés.

Ces portraits nous confrontent à leur image, directement, remettant en question les a priori de chacun : « sont-ils vraiment ce qu’on dit d’eux ? ».

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Jean Aubert, Guillaume Clément, Pauline Grolleron, Lorène Sommé