L’individualisme comme processus de l’exclusion : l’exemple de l’habitat pavillonnaire.

Depuis plus d’un siècle, les Français développent un intérêt grandissant pour l’habitat individuel. La forme privilégiée est celle du pavillon. Ce dernier représente à la fois une forme architecturale mais aussi un mode de vie.
Le pavillon est donc une construction individuelle, bénéficiant d’un recul par rapport à la voirie, d’un jardin à l’avant du bâtiment, d’un terrain important à l’arrière et surtout (SURTOUT) le pavillon répond à la contrainte de la mitoyenneté : pas de vis à vis, pas ou peu de proximité avec ses voisins. La cellule habitée apparaît alors protégée.

La création des villes nouvelles en France, à la fin des années 60 (Melun Sénart, Marne La Vallée, …) a vraiment contribué à ce que la forme pavillonnaire soit définitivement marquée par l’individualisme. La zone pavillonnaire, appelée lotissement (parce que c’est plus joli) incarne un idéal fondé sur l’hygiène, la sécurité, le culte de la marchandise et de la propriété privée. Le pavillon fait donc preuve d’un désir et d’un besoin d’identification, d’affirmation de soi.

L’individualisme que représente alors ce mode de vie, autant formellement que psychologiquement, nous avons choisis, dans cet article, de le voir comme un processus conduisant à l’exclusion :

1 – « J’habite en ville mais je souhaite être propriétaire » : la première étape relève plutôt d’une envie, d’une pensée.
2 – « Je décide de quitter la ville pour un endroit moins dense où prendra place mon chez moi, ma propre maison » : la deuxième étape consiste à chercher un lieu où l’on pourra être le plus tranquille possible, hors du centre ville évidemment.
3 – « Je fais construire un pavillon car il correspond à la forme architecturale que je recherche : du calme, de l’espace, pas de mitoyenneté » : la troisième étape consiste donc à mettre en forme la pensée individualiste de la première étape.
4 – « Mon désir d’individualité me conduit à m’exclure, à exclure ma famille des autres et d’une vie sociale constituée de rencontres » : la quatrième étape est donc finalement le résultat de tout ce processus.

Cette exclusion volontaire que représente le pavillon enferme finalement l’imaginaire, accentue le repli sur soi et appauvrit la vie sociale. L’expression d’une relation à l’autre ne se réduit-elle pas finalement au désir mimétique de posséder les mêmes signes de la relation individuelle, ici le pavillon ?

En choisissant un mode d’habitat individuel mais que tout le monde convoite et possède, ne contribuons nous pas à créer une société paradoxale à la fois marquée la volonté d’individualisme et donc d’exclusion mais également un monde où tout le monde détient la même chose …

– Pour aller plus loin :
“Suburbia, une utopie libérale” – Jean Taricat – Paris, éditions de la Villette, 2013 – 160 p.
« Le cauchemar pavillonnaire » – Jean Luc Debry – Paris, éditions l’Échapée, 2012 – 133 p.

Thomas Havet – Solange Montigny – Marion Prévoteau – Alix Sportich

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Un commentaire

  1. Pingback: L’infra exclusion ou l’utopie de l’homogénéité sociétale | socioarchi

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